CRITIQUE - « Élizabeth, roi d’Angleterre » au TNM dans une mise en scène de René-Richard Cyr

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Je ne sais plus où avoir entendu ni dans quels termes exacts « qu’on passe la première partie de sa vie à lutter pour « se faire » et la deuxième partie de sa vie pour apprendre à se « déconstruire ». Quelque chose de similaire de toute façon, dans la frappe, qu’est venue me rappeler « Élizabeth, roi d’Angleterre ». La pièce se rapproche d’un huis clos au niveau de l’ambiance, mais on y atteint vraiment depuis l’intérieur d’un point de vue de la relation psychologique entre les personnages.

La nuit du 22 avril 1616, dans une grange de Stratford-upon-Avon, William Shakespeare vit ses derniers jours, se remémore un événement. L’argument de la pièce se réfère à cette rencontre historique entre la reine Élizabeth et Shakespeare en 1601. On raconte que la reine- sans vraiment se distraire, comme on peut le supposer, et tout autant si peu encline à ne changer que le « mal de place » de ses affectations profondes, invita Shakespeare et sa troupe à se produire devant elle. Elle a ordonné l’exécution imminente d’un amant qui a ourdi un complot contre elle.

Mais on peut supposer par ailleurs qu’il y a eu proximité de destins entre une reine, virile, dans le déclin de son règne, Shakespeare à l’apogée de son art alors qu’il entame le cycle d’écriture de ce qui deviendra de « grands drames » et ses tragédies majeures, et Ned Lowenscroft, atteint de syphilis, pure personnage de composition au service de l’intelligence de la pièce, acteur dans la force de l’âge créateur de grands personnages féminins.

En effet, rapidement la fiction s’impose, prend le relais de cette rencontre préliminaire, où la vraisemblance de la fiction le vole à la réalité des faits dont l’Histoire n’a pas gardé trace. La pièce de Findley, traduite par René-Daniel Dubois, investigue par l’art une supposition historique. L’art a cette façon de mentir qui transcende la vie : en déplaçant le discours. Il vise cette possibilité qui peut la transformer, plus près encore du silence qui pèse sur le vrai ou le faux, le mort ou le vivant, le réel et l’inventé- l’empoignant à l’essentiel, révélant la trame du mystère originelle qui module nos secrets comme nos hantises. À cet égard, la juxtaposition du pouvoir et de l’art et du pouvoir par l’art sont significatives. Elles nous exposent à la fascination.

Dans le voisinage des autres, au delà d’une réconciliation avec soi, moins naïvement la pièce de Findley explore la relation des choix indomptables aux mouvements libres de l’intériorité, relation elle-même en porte-à-faux avec ce qu’on ne peut en vivre sans l’assumer : ce qui ne peut se résumer à une tentative d’ « être », mais à se forger un destin. La passion n’est jamais sacrifiée. La prestation remarquable de Marie-Thérèse Fortin, René-Richard Cyr et Jean-François Casabonne, dans leur rôle, exacerbe cette dualité .

« Ce qui finit par surgir de toute cette grange bourrée de contradictions et de conflits émotionnels fut le sentiment que ni le sexe ni l’orientation sexuelle, ni la politique, ni l’ambition n’importent finalement autant que l’intégrité. Au moment où le Mardi Gras se transforme en Mercredi des cendres, une reine, un acteur et un auteur doivent, chacune, chacun, affronter ce qu’elle ou il est véritablement et découvrir sa propre manière de faire face à l’inévitable », dit encore Findley.

Élizabeth, roi d’Angleterre » au TNM de Montréal jusqu’au 12 février 2008

J.-S. BOISVERT
Collaboration spéciale
jeansebb@hotmail.com

À VOIR AUSSI À QUÉBEC:

Élizabeth, roi d’Angleterre
À la Salle Albert-Rousseau pour un soir seulement
Le jeudi 28 février à 20 h

Avec Yves Amyot, Éric Bruneau, Jean-François Casabonne, René Richard Cyr, Benoît Dagenais, Marie-Thérèse Fortin, Geoffrey Gaquere, Roger La Rue, Agathe Lanctôt, Olivier Morin, Éric Paulhus et Adèle Reinhardt.
Texte de Timothy Findley
Mise en scène de René Richard Cyr
Traduction de René-Daniel Dubois

Amateurs de Shakespeare, de révolutions, vous serez comblés alors qu’Élizabeth, roi d’Angleterre sera à l’affiche pour un soir seulement le jeudi 28 février. Dans une mise en scène de René Richard Cyr, également acteur, la pièce met en vedette de grands acteurs, dont Marie-Thérèse Fortin et Jean-François Casabonne.

Shakespeare vs Élizabeth Ire : le choc des titans Une reine tue la femme en elle afin d’assurer le pouvoir. Un acteur, créateur des grands personnages féminins de Shakespeare, n’arrive plus à sortir de son rôle de femme et peut tout jouer, sauf sa propre vie. Élizabeth, roi d’Angleterre nous transporte en 1616, au moment où Shakespeare, reconnu pour ses portraits de créatures plus grandes que nature, est au sommet de sa gloire. Une pièce à voir absolument!

Billets en vente dès maintenant!
À la Salle Albert-Rousseau et dans le Réseau Billetech
Réservations : (418) 659-6710 ou 1 877 659-6710
http://www.sallealbertrousseau.com

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