Critique du film "La Désintégration" de Philippe Faucon

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Il semble que depuis le 11 septembre, le cinéma d’action souligne l’omniprésence de la menace terroriste. Que ce soit de façon subtile ou flagrante, que ce soit par le drame de guerre ou par la science-fiction, on peut détecter cette peur du radicalisme et de l’extrémisme. C’est difficile de passer à côté d’une réalité qui s’étale tous les jours dans les journaux et qui influencent bien sûr le cinéma de partout. Il ne s’agit pourtant pas d’un phénomène nouveau, disons plutôt qu’il est plus visible.

Philippe Faucon est un cinéaste français né au Maroc qui a déjà signé la réalisation de huit longs-métrages, dont L’Amour (1990) qui s’est démarqué à Cannes avec le Prix de la section Perspectives du cinéma français. Visiblement sensible au sujet du sort des immigrés, thème récurrent pour le réalisateur, La Désintégration aborde un sujet très actuel mais l’explique aussi finement.

Une cité dans l’agglomération Lilloise, aujourd’hui. Ali, Nasser et Hamza, âgés d’une vingtaine d’années, font la connaissance de Djamel, dix ans de plus qu'eux. Aux yeux d'Ali et ses amis, Djamel apparaît comme un aîné aux propos acérés et au charisme certain. Habile manipulateur, il endoctrine peu à peu les trois garçons, connaissant mieux que quiconque leurs déceptions, leurs failles et leurs révoltes face à une société dans laquelle ils sont nés, mais dont aucun des trois ne pense plus désormais faire partie.

En projection spéciale au cinéma du parc, la Désintégration a fait sa première québécoise le 12 février au cinéma du parc grâce à une initiative de Possibles Media. On comprend tout de suite la pertinence du film sorti en salle en France en 2012. Bien actuel, le film témoigne de la dure réalité de l’immigration auxquelles font faces les cultures étrangères. Changer son nom de famille, est-ce vraiment nécessaire pour obtenir un stage ? La frustration et la haine peuvent rapidement envenimer même de bonnes personnes. En tout cas, pas de doutes là-dessus après avoir vu La Désintégration.

Nasser quitte l’école, persuadé de ne jamais obtenir un stage. Enragé, il crie « France de merde, tous des racistes ! » alors que l’enseignant l’oblige à quitter la salle. La scène est frappante puisqu’il semble ridicule de traiter de racistes une classe entière constituée de plusieurs personnes d’ethnies différentes. Faut-il aussi souligner qu’eux aussi cherchent un stage encore ? Est-ce une rage injustifiée de la part de Nasser ? Ou bien est-ce aussi anormal d’accepter que la discrimination ethnique existe bel et bien ?
Le plus fascinant est certainement l’évolution des propos. Comment Ali, Nasser et Hamza laissent tout derrière pour se vouer à une vengeance. On n’est pas même surpris de la tournure des évènements que l’on suit de près dans le film. Pourtant, il reste une question tout de même… est-ce normal ? Non, on est d’accord.

La Désintégration nous ramène à un enjeu majeur du radicalisme religieux et il s’agit du racisme. Il semble que les plus grands dommages qui sont causés sont amenés par la haine de cette différence physique et idéologique et envenimés par l’ignorance et le désespoir. Le problème est souvent plus complexe que ce que l’on peut observer, et l’islam n’est pas extrémiste par définition. Ce film n’est ni une histoire basée sur un opinion tranchée ou une idée préconçue, c’est simplement une histoire qu’il faut être prêt à entendre.