CRITIQUE - «De l'impossible retour de Léontine en brassière» de Bernard Dion et Benoît Paiement au Théâtre d'Aujourd'hui, mise en scène de Robert Reid

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« Une actrice est congédiée parce qu’elle est trop vieille pour jouer Léontine en brassière dans un théâtre documentaire sur Paul-Émile Borduas et l’art pictural au Canada français. Dans une suite de courts textes désopilants, le spectacle raconte la vengeance de cette comédienne, tout en revisitant l’histoire de Paul-Émile Borduas, mais aussi celle du Canada, depuis Jacques-Cartier jusqu’à aujourd’hui. »

Amalgame inusité du théâtre, de la performance et du numéro de cabaret, « de l’impossible retour de Léontine en brassières » est un bijou rare. Le spectateur, lentement mais sûrement conquis, apprécie, depuis le plaisir simple des mots, leurs possibilités d’expression qu’il sent sous toutes ses formes. La langue est l’atelier et le révélateur de cette épure du langage.

Partie gagnée, l’ensemble atteint à cet équilibre sans cesse rejoué, du début à la fin, entre formes et expérience. Sans jamais qu’entorse soit faite à la langue au détriment de la compréhension, la syntaxe est phrasée comme une volée de micro-tirades ou un troc endiablé des mots. Mise en bouche : on redécouvre leur matière enrichie par le timbre qui s’en soucie. La netteté des partitions vocales fait tinter un chœur oublié de leur fine ossature. Une grammaire en quadriphonie. Au faîte de l’arête, l’exercice en est un d’ascèse – rythmique, j’entends. Et on ne bredouille pas.

On va très loin dans la spontanéité, et pour mieux dire : l’exploration à tous crins du spontané. Un dialogue se tisse entre la gestuelle picturale de Borduas, l’écriture automatique, la musique contemporaine et la « cru- » auté du corps au théâtre.

La routine des interprètes est tellement bien réglée qu’il y a là le mécanisme invisible de la folie, jamais réellement feinte, sur laquelle improviser. On est ravis par un raffinement déjanté. Les comédiens sont au meilleur de leur art et de leur sport. Allez voir Benoît Paiement, Christophe Rapin, Felixe Ross et Christian E. Roy pour flexions, inflexions et courbatures. Le français y est un ciel qui suit sa courbe inspirée.

Le théâtre, ici, de la compagnie « Groupe de poésie moderne », est rendu à sa quintessence avec un minimum de moyens. Par un moins est « surcompensé » le plus petit plus. En donnant moins à voir, on donne à imaginer ou le complète (l’accomplit) par son pouvoir de suggérer. L’effet n’est jamais extérieur à l’expérience qu’il nous communique. Sur scène, un écran de fond, ou une toile, sur lequel se projette sans retenue notre inconscient et sur lequel tournent les tableaux successifs de la pièce.

Difficile d’imaginer l’outil d’une plus précaire transparence, sans quoi la composition théâtrale, si elle n’est pas défendue par la verve du jeu, s’effondre comme peau de chagrin avec les derniers feux de l’hyperréalisme.

Jusqu’au 31 octobre 2009 au Théâtre D’aujourd’hui

De l'impossible retour de Léontine en brassière en supplémentaire samedi le 24 octobre à 15 H

Collaboration spéciale
J.-S. BOISVERT