CRITIQUE - Chambre(s) d'Éric Jean et Pascal Chevarie dans une mise en scène d'Éric Jean au Théâtre Le Quat'sous

Catégories

Le projet relevant de la danse et de la chanson inscrit l’improvisation au cœur de sa proposition théâtrale.

L'oeuvre met en scène des personnages-acteurs en quête d’eux-mêmes et d’un partage avec les spectateurs.

Une exhibition délibérée de la voix fait ressortir, entre hasard et abandon, une interrogation sur la quête de l’origine dans l’œuvre d’art. La technique d’amplification isole la voix, comme en dehors des résonances naturelles du corps ou de la simple projection. Par un renversement libérant de l’étendue, le micro est joué comme d’un instrument, et intérieur à la voix. Et si on persiste à n’y voir qu’ un objet, ou qu’une façon utile, cela va nous ravir peu à peu en modulant une intimité que l’on peut sonder infiniment dans ses moindres émois - libre des données de la nature. Les sursauts ou tressaillements de la voix se révèlent alors des accidents pleins équivalent à des actes de création qui laissent entrevoir à la fois des saillies d’exploration comme l’épiphénomène de cette technique nous reconnecte avec notre sensibilité - approfondie.

Face à la scène, rien à attendre. Il ne se passe rien. Le spectateur peut être touché par cette expérience sensualiste qui le livre lui-même à l’empire des sens. L’absence d’histoire ou d’une trame forte du récit, fait reposer la réussite de cet « happening » théâtral sur la réciproque disponibilité entre spectateurs et comédiens.

Chacun des comédiens, comédiennes invitent les autres à partager sa « chambre » secrète de fantasmagorie et ose lever le voile sur son ressenti réel que ne lui permettrait pas au théâtre une convention inavouable enveloppant la sincérité du rôle en résonance avec sa propre vie.

Sylvie Drapeau, ici, rehausse son jeu au niveau de l’énigme qu’elle nous pose : « Suis-je si différente au théâtre, ou rencontrée sur la rue ? » D’une étrangeté active à l’expérience, on est suspendus entre la réalité et la scène. N’est-ce pas plus vrai « la réalité de la scène »? L’indécision affine, sans la fondre, une contradiction tonifiante entre théâtre et théâtralité en égard au mystère de l’altérité. Et à ce jeu encore, Sylvie Drapeau s’illustre pour nous confondre.

Il s’agit d’un point de départ. Mais dans « Chambre(s) », où « je ne veux rien raconter, je veux ressentir » nous dit-on, le désir de transparence laisse une impression d’à-peu-près et d’un manque du substance affecté parfois de mièvrerie. On ne peut passer outre ce qui fait obstacle à ce désir de simplicité qu’en épuisant avec vigilance et générosité toutes les ressources données de l’art.

Vouloir le simple, le nu, le transparent à ressentir, n’est pas suffisant pour que cela soit accordé. Le mot « ressentir » n’est qu’une pâle idée de la sensation, essentiellement étranger à sa visée. Et c’est pourtant là que ça se passe.

Avec : Évelyne Brochu, Maxime David, Sébastien David, Sylvie Drapeau, Mathieu Girard, Alexandre Landry, Sacha Samar.

Scénographie : Pierre-Étienne Locas, Éclairages : Martin Sirois, Musique : Vincent Letellier, Assistance au son et sonorisation : Olivier Gaudet-Savard, Costumes : Cynthia St-Gelais, Maquillages et coiffures : Angelo Barsetti, Assistance à la mise en scène et régie générale : Annie Beaudoin

jusqu'au 19 décembre 2009, Le Quat'sous.

J.-S. BOISVERT
Collaboration spéciale