CRITIQUE - « Beaucoup de bruit pour rien » au TNM

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« La joyeuse bande de soldats qui fréquente la maison du gouverneur Léonata débarque chez lui pour fêter une victoire. Le vaillant Bénédict en profite pour reprendre avec entrain la guérilla verbale qui l’oppose depuis toujours à la brillante et indépendante Béatrice.

Quant au jeune Claudio, auréolé de ses exploits, il remarque enfin la beauté de Héro, la fille de son hôte, et tout s’en va vers un mariage, mais un méchant pour la seule satisfaction de sa méchanceté met en péril les épousailles. Même pour de valeureux militaires, la guerre amoureuse s’annonce mouvementée. »

« Beaucoup de bruit pour rien », comédie du répertoire shakespearien pour la première fois portée à la scène du TNM. On y joue pour une vingtième fois une pièce de l’auteur élisabéthain- tous genres confondus.

René-Richard Cyr à la mise en scène a fait une adaptation du texte : y éliminant avec jugement une dizaine de personnages secondaires et y congédiant toute rhétorique à bouffonnerie - superfétatoire. Accompagnant l’oeuvre, lisant de loin cette relecture, les échos d’une remembrance contemporaine sont demeurés fidèles au souci premier de l’œuvre qui commandait hier encore sa juste forme. Beaucoup de bruit en moins ici se signe d’harmonie. Le résultat en est un d’une limpidité imaginée « mêlant le respect et l’irrespect ». Pas de grande profanation. L’histoire est campée dans une allusion de verger plutôt qu’une ville sicilienne de représentation. Voilà une pièce pour désaltérer les sens et rasséréner l’esprit. Les jeux d’esprit pour le loisir de la finesse, il en subsiste une bonne part.

La grosse distribution de la pièce aide à souligner l’ambiance festive et les complots d’une presque allégresse, fomentés dans la sourde animation générale. Le couple de David Savard (Bénédict) et Macha Limonchik (Béatrice) tout en désaveu désirable de maniérismes gonfle encore le jeu comme la gemme sertie de leur préciosité, lui le soldat volontairement bellâtre, elle la soupirante rétive. Les deux habitués savent y faire à la bonne guerre de la séduction. Cela nous apparaîtra plus contrasté et dans un chassé-croisé fécond avec en parallèle l’amour ouvertement déclaré de Claudio et Héro - en candeur éthérée.

Macha Limonchik et David Savard trouvent le ton juste de leur interprétation. La ligne de cœur près des mots est l’interrogation et la réponse à leur atermoiement, cessant de parer ou de buter au revirement de situation - inévitable. En effet, leur orgueil à la fin cèdera à l’amour au contact de Claudio (Maxim Gaudette) et Héro (Sophie Desmarais) s’abandonnant à leur plus simple sentiment.

Les autres comédiens (Robert Lalonde, Vincent-Guillaume Otis, Yves Amyot, Éric Robidoux, Milène Leclerc, Véronique Rodrigue, Olivier Aubin, Frédéric Paquet, Dany Boudreaut et Simon Fréchette-Daoust) livrent une interprétation utile – pas effacée, non, mais contribuant du secours de sa transparence à l’effet « visible » de miroir entre les deux couples, et ce, depuis l’inapparent qui culminera à la fin comme une noce dansante au grand jour.

Les costumes (Mérédith Caron) sont magnifiques et dépeignent par leurs lignes et le coloris, en égard à leur époque, une atmosphère aujourd’hui propice à la lettre frivole de l’insouciance sur scène.

Les éclairages ( Martin Labrecque) et le décor (Pierre-Étienne Locas) sont ingénieux de simplicité facilitant les transpositions de lieux et de temps. Un bon moment.

Jusqu’au 24 octobre 2009 au TNM

J.-S.BOISVERT