Counting Crows au Métropolis ou l'art de décevoir ses fans

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J'aurais dû me douter de quelque chose lorsqu'Adam Duritz est entré sur scène d'un pas nonchalant et s'est jeté sur le premier endroit où reposer son corps fatigué (déjà?!) jusqu'à ce que l'intro musicale ne lui laisse plus le choix de se lever et de faire face à la musique. J'aurais dû éviter de prendre à la légère les mises en garde d'un copain (demeuré fan devant l'adversité) qui savait, pour avoir vu les Counting Crows en spectacle à quelques reprises, ce qui nous attendait vendredi soir au Métropolis de Montréal. J'aurais dû m'attendre à être déçue, non seulement de la manière dont le chanteur prend un malin plaisir à modifier ses chansons afin d'arracher aux fans le plaisir de chanter avec lui à l'unisson, mais surtout, de son attitude blasée flirtant (à mes yeux) dangereusement avec l'arrogance. En fait, plus j'y pense et plus je me dis que j'aurais dû rester chez moi, à écouter en boucle les chansons de ce groupe que j’ai beaucoup aimé il y a de nombreuses années, de façon à profiter de cette voix superbe sans avoir à supporter l'irritant personnage principal.

Un spectacle sans âme

Je me dois d'avouer que ce même Adam Duritz, leader échevelé de la formation Counting Crows, possède une voix exceptionnelle. En spectacle, il réussit l'exploit de trop peu d'artistes; chanter aussi bien, sinon mieux, que sur album. C'est sans doute cette solide voix qui a sauvé la peau du chanteur des milliers de fois et qui a empêché les spectateurs de quitter le Métropolis avant la fin du spectacle vendredi soir dernier. Les vrais de vrais fans arrivent peut-être à faire abstraction du fait que Duritz ne se donne la peine de n'avoir pratiquement aucune interaction avec ses six musiciens au cours du spectacle ou que son plaisir à se trouver sur scène semblait proportionnellement inversé au plaisir que nous avions à l'idée de réentendre Mr. Jones, Last December ou Raining in Baltimore live, devant nos yeux.

Il aura fallu attendre quinze chansons avant de voir se faufiler l'ombre d'un sourire sur le visage blasé d'Adam Duritz. Quinze chansons dont Sullivan Street, Good Night Elisabeth et la célèbre Mr. Jones modifiée au maximum et livrée sans réelle émotion, en introduction de spectacle. Quinze chansons entrecoupées de quelques adresses au public dont un très éloquent «Hey, je suis en train de parler ici» lancé bêtement à un spectateur ayant eu «l'affront» de parler en même temps que le Dieu chanteur...

«Nous sommes fu**ing heureux d'être retour, a-t-il déclaré sans grande conviction. J'aime être sur scène avec mes musiciens et chanter, alors c'est ce que je vais faire.»

De Big Yellow Taxi à la superbe Long December au piano, en passant par Omaha, 1492, God of Ocean Tides superbement livrée de façon acoustique, puis Hangingaround où à la fois le band et la foule ont pu savourer quelques instants de joie, le spectacle fut à l'image du chanteur de ce groupe mythique des années 90: inégal, imprévisible et visiblement blasé.

«Nous sommes désolés d'avoir pris autant de temps avant de revenir à Montréal», a ajouté le chanteur avant de glisser quelques fragments de la chanson (MA chanson!) Raining in Baltimore - totalement méconnaissable - entre deux couplets de I Belong.

En interprétant Holiday in Spain en toute fin de soirée, juste avant de présenter enfin les six musiciens qui l'accompagnaient, Adam Duritz s'est assuré d'apaiser les esprits échauffés des spectateurs en très grande partie frustrés d'avoir payé le gros prix pour assister à un spectacle en dents de scie, tristement livré sans sincérité et pire encore, sans apparent amour de la musique.