Compte rendu de La République de Platon

Québec, le 15 février 1990

I- Objet du texte

L'objet de La République de Platon est la construction d'une Cité idéale devant conduire au règne de la justice. En d'autres mots, ce texte décrit la meilleure organisation sociale possible. C'est aussi une oeuvre qui a pour but de donner une explication rationnelle à la politique. Le texte s'articule donc aussi essentiellement autour de l'idée de justice. La Cité idéale y apparaît comme le milieu le plus propice à la plénitude de la justice. La question éthique de la justice s'élargit assez rapidement en une question sociale. Platon tente aussi de créer un lien entre les effets de la justice dans la société et dans la vie de l'homme.

Puisqu'il parle de la construction d'une Cité idéale, il est clair que Platon présente ici un modèle théorique de Cité idéale, un concept. Cependant, il décrit les moyens et les structures pratiques qui devront être mis en place pour la réalisation cet Etat parfait.

II- Argumentation de Platon

La méthode argumentative de Platon se veut dialectique. C'est-à-dire que son texte n'est pas écrit à la manière d'un essai qui tente de démontrer des énoncés. La République est une discussion en progrès où évolue Socrate et ses amis. Cette notion de discussion s'oppose à celle de démonstration des idées (les textes d'Aristote par exemple). Cette discussion se veut quand même très méthodique, logique et rigoureuse. Nous tenterons donc de décrire ici les différentes parties du texte avec leurs arguments principaux.

Le dialogue commence par la recherche d'une définition de la justice à partir de la vie de tous les jours. Platon tente de savoir, par le biais de Socrate, si la justice est sagesse et vertu et si elle comporte des avantages en comparaison de l'injustice. Les compromis sont de mise. Socrate en vient à conclure que l'homme juste peut se comparer à l'homme éduqué et sage alors que l'injuste peut se mesurer à l'inculte, au mauvais. Cette recherche d'une définition de la justice s'avère toutefois vaine, selon l'aveu de Socrate, parce qu'il s'est "détaché du problème en cause".

Il apparaît à Socrate que l'idéal serait de trouver une définition à la justice en l'envisageant dans une société idéale. Puisque dans les faits une telle société n'existe pas et n'a jamais existé, il lui semble clair qu'il faut la créer de toutes pièces, l'imaginer. Socrate et ses collaborateurs décident donc d'analyser en profondeur l'organisation de l'Etat, les qualités qui conviennent aux gardiens de celui-ci et le type d'éducation qu'ils devront recevoir. Puisque les hommes doivent s'entraider pour vivre ensemble, la division du travail devient absolument nécessaire pour l'harmonie de la Cité. Elle permet l'articulation des besoins et de la raison en autant qu'elle implique la spécialisation stricte des fonctions. Pour satisfaire la multiplication de ses besoins, la Cité doit aussi augmenter sa puissance. Pour satisfaire cette soif d'ambitions et considérant que "le territoire qui suffisait jadis à nourrir les habitants de la Cité sera devenu exigu" (p. 920, Ed. de La Pléiade), la Cité devra entrer en guerre avec ses voisins. Cette guerre entraîne automatiquement la venue d'une nouvelle classe sociale: les gardiens de l'Etat.

Un bon gardien devra être "amoureux du savoir, ardent, prompt et fort" (p. 925). Pour cela, un programme d'éducation doit être établi à son intention. Ce programme doit amener tout d'abord les gardiens à cultiver leur âme par la composition littéraire en autant que la sélection des textes mythologiques soit rigoureuse. Les récits mythologiques présentés aux jeunes doivent être censurés pour ne pas troubler leur naïveté. Ces récits doivent donner une image positive des Dieux et aussi ne pas permettre l'expression des sentiments excessifs tels le rire et la colère. Cette première éducation des gardiens comportera par ailleurs des cours de musique. On entend ici par musique l'ensemble des arts inspirés par les Muses (poésie, chant, instrument). Cette culture par la musique adoucira les moeurs des jeunes et leur inculquera le sens de l'harmonie et du rythme. Enfin, la gymnastique doit aussi "servir à la formation des jeunes gens" pour que le corps soit en bonne condition et pour les préparer à leur difficile mandat de défenseurs de la Cité. Il devra, selon Socrate, y avoir équilibre entre la gymnastique et la musique pour que l'homme soit en parfait accord avec lui-même. De plus, pour que les gardiens jouent vraiment leur rôle de serviteurs de l'Etat, ils devront vivre en communauté selon Socrate afin de bien comprendre que l'intérêt général de la société l'emporte sur leurs intérêts particuliers. Cette abolition de la contradiction entre ces deux intérêts est ce qu'on appelle tout simplement le communisme.

Pour que la Cité soit heureuse, elle ne doit pas engendrer des conditions économiques extrêmes, soit la pauvreté et la richesse qui favorisent tous deux le désordre et l'anarchie. Pour la Cité, le juste milieu est que l'Etat possède toujours une unité. Cette unité entre les trois classes sociales (les gouvernants, les gardiens de l'Etat, les travailleurs manuels) est indissociable du salut de la Cité. Les citoyens se feront dire qu'ils sont tous frères en tant que fils de la Terre...

Cette Cité que Platon veut fonder doit être parfaite. C'est pourquoi elle est forcément sage, courageuse, tempérante et juste. Socrate entreprend ici de distinguer la justice des trois autres vertus afin de cerner ce en quoi elle peut bien consister. Il cherchera dans un premier temps à étudier ces trois vertus et leur raison d'être dans la société idéale. La vertu qui demeure à la fin sera manifestement la justice. Les investigations de Socrate et de ses amis concluent que chacune des classes de l'Etat doit accomplir le mandat qui lui est attribué. En fait, Socrate aboutit à la conclusion que la justice constitue la condition même de nos trois autres vertus.

A partir de l'étude de la justice dans l'individu, Socrate décèle la présence de deux fonctions qui s'opposent dans l'âme: la raison et le désir. Ceci engendre des conflits intérieurs chez l'être humain. Une autre fonction existerait ainsi au sein de l'âme pour prendre parti lors de tels conflits: l'ardeur du sentiment. Cette fonction médiatrice opte pour la raison. L'injustice devient ainsi une maladie de l'âme. Les formes de ce mal varient mais il y en a quatre qui existent et qui sont des copies des quatre régimes politiques défectueux, étudiés dans le livre VIII.

Par la suite, Socrate et ses amis s'entendent sur certains points indispensables à une Cité bien gouvernée: la communauté des biens, la communauté des enfants et de l'éducation. Pour Socrate, bien qu'il soit évident que la femme soit plus faible que l'homme dans tout, il reste tout de même qu'elle partage tous les travaux de l'homme. Il ne doit exister donc aucune occupation qui revienne spécialement à l'homme . La femme peut ainsi travailler dans l'administration de l'Etat et recevoir les mêmes enseignements que l'homme. L'élite de l'Etat peut être aussi bien composé d'hommes que de femmes. " C'est ce qu'il y a de plus excellent pour une Cité" de toute façon conclut Socrate.(p. 1029)

Conséquence logique de l'abolition de la propriété privée et de la communauté des fonctions, de nouvelles formes de communisme adaptées à la famille doivent prende place: on doit abolir la famille parce qu'elle est une sorte de division sociale qui favorise l'existence d'un patrimoine. Les femmes doivent être communes à tous les gardiens pour favoriser "les mutuelles unions" (p. 1031). Dans ce nouveau cadre, l'Etat devra ainsi décréter la limitation du mariage pour que la race conserve sa pureté. L'eugénisme sera aussi de mise dans le but de favoriser les sujets d'élite et de réglementer de façon stricte la durée des périodes de procréation. Puisque les enfants ne connaîtront pas leurs parent et vice-versa, l'égoïsme qui provient des relations familiales serrées sera éliminé. Ces prescriptions qui peuvent sembler surprenantes découlent du principe établi par Socrate pour construire l'Etat parfait: "réaliser la justice dans l'association politique et dans l'âme humaine par l'harmonie, au sein d'une pefaite unité, des éléments qui composent l'une et l'autre" (p. 1032-1033).

Les gens doivent de plus posséder des occupations communes en temps de guerre et en temps de paix. Enfin, la royauté dans la Cité doit revenir aux citoyens qui sont devenus les meilleurs dans la philosophie et dans l'art de la guerre. Ces chefs ne peuvent être propriétaires puisque leur devoir consiste à veiller à la fois sur eux-mêmes et sur la Cité. Cela permet l'éradication de l'égoïsme. Pour Platon, l'Etat idéal doit être dirigé par des philosophes authentiques sinon il ne pourra se débarrasser des maux. Une fois donnée la définition de ce philosophe-type, il compare la connaissance et l'opinion pour élaborer la notion de philosophe-gouvernant Nous développerons ce concept dans la troisième partie du travail.

Constatant que peu de personnes peuvent réellement gouverner cet Etat modèle étant donné les exigences incroyables que demande cette tâche, Socrate et ses collaborateurs décident d'étudier la nature du bien. En le comparant au Soleil, qui serait l'image du bien, ils concluent que le principe de l'intelligence "procure la réalité aux objets de connaissance et confère au sujet connaissant le pouvoir de connaître" (p. 1097) : elle est la nature du bien. Le bien apparaît donc comme l'objet suprême de la connaissance.

Ensuite, le mythe de la Caverne du livre VII montre la nature des hommes "sous le rapport de la culture et de l'inculture" (p. 1101). A l'aide de sa comparaison, Platon se forge une opinion: tout le monde a la puissance de la connaissance au dedans de soi mais la pupart des gens ne saisissent que les apparences des choses. Ainsi, l'Etat doit faire parvenir ultimement son élite à l'extase du "Soleil" de la connaissance afin qu'elle puisse diriger les orientations des Cités.

Pour cela, les philosophes-magistrats doivent s'initier à la culture scientifique (science des nombres, géométrie plane, astronomie, géométrie des solides, musique conçue comme science pure). Ils accèdent ainsi à un programme d'éducation supérieur à celui présenté auparavant: une sélection des dirigeants se fait donc déjà. Ces objets d'étude vont éveiller la réflexion des véritables philosophes et permettre les abstractions. Ainsi, habitués à travailler avec la raison, les futurs chefs de la Cité vont pouvoir considérer attentivement la notion du bien. Ce programme d'éducation a comme aboutissement l'étude de la dialectique: la science des sciences qui permet de comprendre l'essence de chaque chose. Il est divisé en cycle d'études. Enfin, lorsque les philosophes-roi seront au pouvoir, Socrate suggère d'envoyer tous les gens de plus de dix ans dans les campagnes pour que les jeunes ne subissent aucune mauvaise influence.

Après coup, Socrate reprend la discussion qu'il avait entreprise au livre V sur les cités corompues. Il porte son regard sur quatre régimes politiques défectueux contribuant à la ruine des Etats afin de les comparer à l'Etat parfait. Pour Platon, ces "maladies de l'Etat" ont les mêmes origines et les mêmes conséquences chez les citoyens qui peuplent ces Etats. Il existe donc des tempéraments sociaux particuliers pour chaque régime politique. Socrate décide ici de partir de la Cité idéale et étudie ses transformations dans leur ordre chronologique, envisagé comme un ordre de corruption croissante. Résultant de l'aristocratie, les régimes de la timarchie, de l'oligarchie, de la démocratie et de la tyrannie se succèdent.

L'examen de la notion de tyran va donc être l'essentiel du livre IX. Il apparaît que le tyran est tourmenté intérieurement par plusieurs maux. Il semble puissant alors qu'il est esclave à deux niveaux: esclave de ses plus mauvais désirs et de ses "flatteurs les plus dépravés" (p. 1186). L'âme du tyran est la plus malheureuse du monde. Ainsi, Socrate démontre bien que l'âme juste du philosophe-roi se hisse au sommet de tout et qu'elle surpasse en bonheur et en vertu celle des âmes timarchiques, oligarchiques, démocra- tiques et puis tyranniques. Pour terminer ce livre IX, Socrate présente une deuxième preuve du bonheur reliée à la justice qui est une déduction de la théorie des trois parties de l'âme ( la raison, le courage, l'appétit sensuel). Après diverses remarques, il ressort que seul le philosophe a connu dans sa vie à la fois l'expérience de la sensualité, du courage et celle du savoir.

Socrate revient par la suite sur la condamnation de la poésie(présentée au livre III) et l'explique davantage. Puisque la justice est immanente au savoir, il convient de proscrire la peinture et la poésie puisqu'elles sont des "faiseurs d'illusion", des "apparences" de la réalité. Après s'être interrogé sur les fonctions de l'âme, il conclut que celle d'une personne juste ne connaîtra pas de sanctions dans l'au-delà mais qu'elle sera récompensée. En fait, l'âme est immortelle parce que son propre mal, l'injustice, ne la détruit pas. De plus, elle pourra se choisir une nouvelle destinée en sélectionnant un nouveau corps pour retourner sur la Terre.

III- Concepts utilisés pour construire l'analyse

Pour cette troisième partie, nous allons regarder brièvement sept concepts utilisés par l'auteur dans sa démarche: la justice, le philosophe-roi, la Cité, l'âme, le bien, la vertu et aussi le bonheur.

En utilisant la notion de justice, Platon l'oppose régulièrement à celle de l'injustice pour mieux faire comprendre la distinction entre les deux. Au tout début de l'oeuvre, Platon discute des théories courantes de l'époque sur la justice et il tente plus tard d'en donner une définition rationnelle: la justice entretient la concorde et l'amitié. Par la suite, nos sommes confrontés à la conception platonicienne de la justice: dans l'Etat et dans l'individu. Dans l'Etat, la justice se veut la condition même de la sagesse, du courage et de la tempérance. La justice consiste plus précisément à n'occuper dans la Cité qu'une seule tâche et à ne détenir que nos propres biens. Chaque individu doit donc aussi remplir sa propre tâche. La justice ne régit donc que les affaires intérieures de l'homme.

En ce qui concerne la notion de philosophe-roi, il est clair pour Platon que ceux-ci sont le remède idéal aux maux des Cités et du genre humain. Tant que les philosophes ne gouverneront pas dans les Cités, il est impossible de concevoir un bonheur pour l'Etat et les particuliers. Il suffirait en fait qu'un seul philosophe-roi dirige une Cité pour que tout change à l'intérieur de celle-ci: les citoyens se conformeraient à ses nouvelles lois et institutions. En résumé, Les meilleurs gardiens de la Cité sont des philosophes. Ces chefs devront être fermes, courageux et beaux.

Si on regarde cette fois-ci du côté du concept de Cité, Platon va droit au but: l'impuissance de l'individu à se suffire à lui-même donne naissance à la Cité. Elle se veut ainsi une multiplicité de besoins où s'assemble en un même endroit une grand nombre d'associés et d'auxiliaires. Elle devra être organisée en fonction d'une stricte division du travail. Inévitablement, la Cité prendra une forte expansion et c'est pourquoi elle devra être réformée par l'instauration du communisme, l'établissement de gardiens de l'Etat et la création d'un gouvernement.

Le concept d'âme revient souvent dans La République. Elle est considérée comme le principe de la vie. Elle possède des relations avec le corps. Dans son état actuel, l'âme apparaît composée de trois éléments: la raison, l'orgueil et la concupiscence. C'est la justice qui harmonise ces trois éléments. Elle confère à l'âme la plus parfaite unité dont elle soit susceptible dans la vie présente, lui assurant ainsi le vrai bonheur. Dans son essence, l'âme est immortelle. Cependant elle est sujette à des retours successifs sur Terre. Avant sa réincarnation, elle est toutefois libre de choisir sa destinée.

Le bien, revient aussi fréquemment dans le dialogue. Considéré comme l'objet de la plus haute des sciences, le bien devient le roi du monde intelligible. Il est la source de toute existence et de toute essence. Le bien est la lumière qui éclaire les idées et permet à l'âme de les contempler. Il est le principe "anhypothétique" qui fonde en certitude la vraie science. La beauté du bien est indescriptible.

La vertu est aussi un concept qu'on retrouve souvent dans les discussions entre Platon et ses amis. La vertu selon Platon se suffit à elle-même et rend libre. Elle assure le bonheur. Conçue tantôt comme une excellence, tantôt comme une qualité de modération, elle s'identifie avec la santé et la beauté de l'âme. Elle se place sous la garde de la raison.

Enfin, il nous semble intéressant de jeter un petit coup d'oeil du côté de la notion de bonheur. Celui-ci découle de l'harmonie des trois éléments de l'âme. Sa forme supérieure consiste en la contemplation de l'idée du bien.

IV- a) Evaluation des intentions idéologiques de Platon

Essentiellement, les idées de Platon sur les notions plus fondamentales de l'être humain ne rejoignent que partiellement les miennes. Lorsqu'il commence à parler de l'immortalité de l'âme, je décroche un peu. Je crois sincèrement du profond de mon coeur que l'étude de la métaphysique est une perte totale de temps. Parler de choses qui ne sont pas vérifiables et qui ne sont que de la pure spéculation philosophique me semble vain. L'immortalité de l'âme nous est démontré par Platon en deux temps trois mouvements , on ne voit rien passer (j'exagère). Non, ce qui m'agace donc est de parler de choses qui dépassent l'entendement humain. C'est le cas de l'immortalité de l'âme.

En ce qui a trait à l'idée que Platon se fait de la science (ou de la connaisance), j'appuie règle générale ses prises de position. Je pense aussi que la connaissance est la clé du politique. La connaissance nous éclaire dans la vie

b) Evaluation des intentions politiques de Platon

Etant donné que les hommes et les femmes sont ce qu'ils sont pour le moment, c'est-à-dire imparfaits, il me semble totalement impossible d'appli- quer le projet d'Etat que suggère Platon. Le modèle de société offert par Platon est un contraste en soi: un projet théorique déconnecté de la réalité de la condition humaine. L'homme et la femme ont des limites. Ils ne peuvent, à mon sens, atteindre le degré de sagesse, d'excellence, d'habilité physique idéalisé par Platon.

Nous disions en classe que le modèle d'Etat construit par Platon était l'Etat idéal et qu'on ne devait pas nécessairement l'apparenter à une utopie. Je crois au contraire que ce modèle de Cité est une utopie de A à Z. Le programme d'éducation est exagérément élitiste, la description des régimes politiques défectueux est un peu caricaturée et les obligations des gardiens de l'Etat sont telles qu'elles vont détruire leur psychologie. Ca me fait penser exactement à un article découpé dans LE SOLEIL récemment où un journaliste de l'Agence France-Presse constatait l'état désastreux de la psychologie de l'Allemand de l'Est moyen suite aux 60 dernières années de stalinisme, de nazisme et de communisme totalitaire. Voilà. J'ai trouvé ce que je cherchais toute la semaine. Le régime politique proposé par Platon me fait penser à un pouvoir communiste de bonne volonté qui aboutit en fin de compte à un désastre à long terme, tel celui de la Roumanie.

Si je regarde à nouveau le programme d'éducation suggéré par Platon. Le processus de censure de certains récits mythologiques me rend très perplexe. Ca ressemble étrangement à la falsification des documents et de informations qui est illustrée dans le livre 1984 de Georges Orwell. Ce processus favorise la prédominance d'une idéologie, d'une vision de la vie. Platon a peur de montrer à ces étudiants la réalité de la vie telle qu'elle s'exprime dans la poésie de l'époque. Il veut les ménager. En les ménageant, il les empêche de vivre pleinement et de réfléchir de façon critique par eux-mêmes.

Enfin, l'idée de la régulation étatique des naissances pour écarter les êtres inférieurs me semble tout à fait contre nature. Je ne comprends pas pourquoi il faudrait punir les gens qui ont des enfants hors des périodes permises par le gouvernement. C'est absurde. La notion d'eugénisme, de pureté de la race a aussi déjà fait ses preuves au cours du XX ème siècle et les résultats n'ont pas été beaux à voir. De plus cette idée d'abolition de la famille me glace un peu. Surtout que Socrate dit à un moment donné que cette politique va permettre l'éradication de l'égoïsme dû aux liens familiaux trop étroits. Pourquoi parle-t-on d'égoïsme au sein de la famille ? S'il y a bien une structure dans la société où l'on est amené à être altruiste c'est bien la cellule familiale: faire des sacrifices, faire plaisir à..., tenir compte des intérêts des autres. Décidemment, je ne suis pas sur la même longueur d'ondes que Platon.

Cette Cité idéale camoufle ainsi un système totalitaire, selon moi. Je le rejette donc mais je reconnais que l'exposé de Platon est brillant, éloquent et quelquefois presque convaincant.
connaissance, pour comprendre le bien et le mal. J'aime beaucoup aussi quand Socrate distingue la connaissance et l'opinion.ˇ

La connaissance surpasse de beaucoup l'opinion: elle n'est pas entachée d'erreurs et d'approximations . Enfin, je crois aussi que la connaissance n'est pas un objectif en soi. Les gens qui se cultivent uniquement pour se cultiver et pour bien paraître sont généralement des intellectuels frelatés et détestables. Ils manquent de substance et ont tendance se placer au-dessus de tout.

Avant de terminer cette partie, je voudrais évaluer brièvement l'idée que se fait Platon de la science. Je ne comprends pas pourquoi les futurs dirigeants de la Cité pourraient s'élever du monde des ombres à celui qui est éclairé par l'étude des mathématiques. Platon avance que celles-ci aident les philosophes à se dégager des apparences pour arriver à comprendre la nature d'un phénomène, d'un concept. C'est ce que nous avons vu en classe. Platon ne met-il pas les mathématiques sur un plateau d'argent? Possiblement. En quoi un individu qui a suivi des cours de géométrie et d'astronomie (qui peut donc faire des abstractions) sera-t-il un meilleur dirigeant? Cela m'intrigue.

Copyright @ 1990. Patrick White. Université Laval

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