«Comme un chef» : une comédie très digeste

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Quand on regarde l’engouement absolument incroyable pour tout ce qui tourne autour de la bouffe, cours de cuisine, livres de recettes à la douzaine (par semaine), sans parler des émissions de télé-réalité culinaires où si tu n'as pas réussi à la perfection ton tartare de radis bulgares aux asperges blanches fourrées au jus de coriandre naine tu es éliminé avec un coup de cuiller en bois sur la toque, on peut s'étonner de ne pas voir plus de films sur le sujet. OK, il y a eu Ratatouille, Julie et Julia, et quelques autres exemples, mais la carte du septième art reste néanmoins assez vide pour le moment.

« Comme un chef » ajoute donc une ligne sur le menu, un film à déguster en salle à partir du 23 mars 2012. Bon, ce n'est pas la comédie de l'année, mais ce n'est pas non plus un ratage, loin de là. Commençons par le pitch: d'un côté il y a Jacky Bonnot, lui c'est le « Mozart du piano de cuisine » un foodie version autiste qui rêve d'ouvrir un jour son propre restaurant, hyper doué mais rattrapé par les contingences de la vie de famille qui l'éloignent de sa passion. De l'autre il y a Alexandre Lagarde, lui c'est le plus grand chef étoilé de la planète, mais qui est sur le point de perdre sa troisième étoile, faute de ne pouvoir se renouveler, un has-been des chaudrons. Les deux hommes étaient faits pour se rencontrer, ça tombe bien c'est ce à quoi les scénaristes ont pensé.


Pour jouer le chef étoilé on retrouve Jean Réno, l'acteur français le plus connu aux États-Unis, du moins avant que Jean Dujardin ne vienne casser la baraque hollywodienne. Et pour incarner le jeune surdoué de la béchamel, Michaël Youn, ancien trublion des émissions télé reconverti ensuite en chanteur-parodieur-en-série puis en acteur.

Contre toute attente, la sauce prend plutôt bien et le résultat est une comédie légère qui se laisse regarder autant que sentir. Le rythme est assez bon, on regarde plus ce qui se passe en cuisine que sa montre et le duo d'acteur fonctionne finalement très bien à l'écran. Après le buddy-movie, on assiste à la naissance du foodie-movie. Michaël Youn, qui nous a habitué à en faire parfois des tonnes à l'écran, campe ici son personnage avec une certaine justesse. Jean Réno en statue du commandeur de la cuisine traditionelle ne surprendra personne, il fait du Jean Réno, imposant, affirmatif mais assez monocorde d'un rôle à l'autre.
 
On regrette en revanche quelques invraisemblances de scénario et trop de sucreries sirupeuses, de bon-bons sentiments qui auraient mieux convenu à une comédie sur la pâtisserie.

À l'occasion de la projection presse qui a eu lieu lundi matin au cinéma Odéon, le distributeur avait invité plusieurs chefs à voir le film dont Giovani Apollo (Apollo), Daren Bergeron (Decca77), Jean-Luc Boulay (Les Chefs!) et Martin Juneau (La Cabane, Le Pastaga). Les journalistes et les chefs se sont ensuite dirigés au restaurant Zero8, à quelques mètres de là pour déguster des petits fours et se prêter au jeu des interviews. Honnêtement à part le thème de la cuisine, je cherche encore le lien entre le film et ce cocktail dînatoire, les chefs présents n'ayant pas été à ma connaissance impliqués dans la création du film. Heureusement que nous n'étions pas allés voir Seven, sinon au aurait eu le droit à un cocktail en présence de serial killers... ouf !

Texte de David Nathan (david@davidnathan.ca // www.twitter.com/davidnathan)
Distribué par Remstar, COMME UN CHEF prendra l’affiche le 23 mars prochain.