«CNN à la française» est dans l'impasse

Le ministre des Affaires étrangères français a reconnu jeudi qu'il ne disposait d'aucun budget pour mettre en oeuvre le projet de chaîne d'information internationale. En 2002, Jacques Chirac avait plaidé pour la création d'une «CNN à la française».
Le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, vient de susciter un bel émoi dans le petit monde audiovisuel. Entendu le 21 juillet par la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, il a indiqué qu'il ne disposait, pour l'heure, d'aucun moyen budgétaire pour mettre en oeuvre la chaîne française d'information internationale (CII), cette «CNN à la française» pour laquelle Jacques Chirac avait plaidé, sitôt réélu en 2002.
Un appel d'offres avait été lancé au printemps 2003. Le 9 janvier, le chef de l'État avait réitéré le souhait que la chaîne soit «lancée en 2004». Auteur du rapport de la mission d'information qu'il avait présidée sur ce thème, au printemps 2003, François Rochebloine (UDF, Loire) a interpellé le ministre le 21 juillet. «Cette chaîne verra-t-elle le jour ? La Commission européenne a-t-elle été saisie ? Dans l'affirmative, quand doit-elle donner sa réponse ? Le financement de cette chaîne est-il prévu dans le prochain budget ?», a-t-il demandé.
M. Barnier a réaffirmé que ce projet constitue «une de ses priorités». Mais, a-t-il ajouté, le gouvernement «souhaite se donner le temps de la réflexion». Il a reconnu que «la Commission européenne n'a, pour l'heure, été saisie que de manière informelle». Autrement dit, la «priorité» ne revêt plus un caractère d'urgence.
Les propos de M. Barnier ont d'autant plus alerté les députés que le ministre n'a donné aucune indication budgétaire pour 2005, ni pour 2006. Il a même présenté le projet qui semblait avoir l'aval du gouvernement -- une société anonyme détenue à parts égales par TF1 et France Télévisions -- comme une simple proposition parmi d'autres.
La solution retenue faisait, il est vrai, l'objet de fortes critiques. Inspiré par un rapport de Bernard Brochand (UMP, Alpes-Maritimes) remis en décembre 2003, le projet, qui contredisait les conclusions de la mission parlementaire, était jugé trop soucieux des intérêts de TF1.
La future chaîne internationale aurait dû être dotée, pour sa première année de fonctionnement, d'un budget de 70 millions d'euros et employer environ 200 personnes. Mais, afin de ne pas concurrencer LCI, la chaîne «tout info» de TF1, elle n'aurait pas été visible sur le territoire français.
M. Rochebloine déplore que, «dans cette affaire, on ait trompé tout le monde». Il y voit confirmation des craintes qu'il avait émises quant au montage retenu. «Quel gâchis ! Que de temps perdu !» tempête-t-il.
«Le projet se heurte à un problème budgétaire mais n'est pas abandonné», affirme-t-on au ministère de la Culture et de la Communication. Dans un entretien à l'Agence France-Presse (AFP), mercredi 28 juillet, Renaud Donnedieu de Vabres a expliqué que la préparation de la CII nécessitait de «voir comment s'orchestre cette chaîne et autour de quel périmètre».
Le ministre a ajouté que «le souci est que tous les acteurs, qui sont déjà des intervenants sur le plan de la diffusion internationale, soient bien au coeur du processus. Cela concerne l'AFP, Radio France internationale, Euronews et TV5». M. Donnedieu de Vabres devrait rencontrer M. Barnier après les vacances. Du côté des opérateurs, TF1 et France Télévisions, aucun responsable de ce dossier n'a souhaité répondre aux questions du Monde.
Pour sortir de cet imbroglio, certains relancent la piste de la chaîne Euronews, détenue par un consortium de 19 chaînes publiques européennes, qui pourrait accueillir la CII. Dans cette hypothèse, le rôle de TF1 serait remis en cause.Source: Le Monde

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