Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan : Paix, sérénité et recueillement.

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Songs of the Wanderers

C’est devant une salle comble du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts que le Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan a célébré, jeudi dernier, à l’invitation de Danse Danse, la 200e représentation de Songs of the Wanderers.

Inspirée d’un voyage sur les traces de Bouddha, cette oeuvre magnifique, créée il y a maintenant 20 ans et présentée depuis dans une vingtaine de pays, s’avère une expérience inoubliable. Véritable pèlerinage spirituel, ode à la lenteur et au recueillement, l’œuvre du chorégraphe taïwanais Lin Hwai-min ne peut laisser indifférent.

Pendant 90 minutes, le spectateur, subjugué, est convié à cette rencontre sise dans un autre espace-temps. Celui du corps et celui de l’esprit. Celui du moment présent.

En avant-scène, un moine prie, immobile, tandis qu’une pluie de riz doré se déverse sur son crâne rasé. À quelques pas de là, bercés par de sublimes chants géorgiens, 24 danseurs-pèlerins traversent des tableaux façonnés par la précieuse céréale. Au total, ce seront plus de 3.5 tonnes de riz qui seront déversées tout au long de ce périple.

La mécanique du mouvement, pour sa part, repose sur un cycle particulier : lenteur extrême et poses sculpturales, pour ensuite plonger dans des moments de frénésie. Ainsi, marquer le temps, se recentrer, avant de laisser aller complètement et tout relâcher. Un cycle profond, d’une intensité particulière, habitent les interprètes du Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan, lesquels présentent d’ailleurs une force physique et intérieure exceptionnelles.

Une expérience sensorielle résolument unique. Qui littéralement, interpelle. Par sa beauté et sa profondeur.

Une proposition artistique audacieuse qui, l’espace du moment, fait prendre conscience de la fragilité de l’existence et du caractère éphémère de la frénésie quotidienne, comme en témoigne la foule qui, une fois la trame sonore suspendue, les applaudissements terminés et les salutations achevées, est demeurée immobile et silencieuse à observer, pendant de longues minutes, un homme seul en scène tracer, avec précision et minutie, sans ne jamais se relever, une quinzaine de cercles concentriques dans le riz doré.

Nul doute : son mandala invitait au silence, au respect, et au recueillement.