Cher Tchekhov, de Michel Tremblay, au TNM : Le doute... signature des grands auteurs.

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Après avoir écrit quelque 33 pièces de théâtre, 15 adaptations pour le théâtre et 9 scénarios pour le cinéma et la télé, l'immense auteur Michel Tremblay doute encore... C'est donc que le doute fait partie intégrante du processus de création, et en est même la signature des plus grands...

Du 3 au 28 mai 2022, le TNM présente « Cher Tchekhov », de Michel Tremblay, dans une mise en scène de Serge Denoncourt et des décors de Guillaume Lord. Cette pièce, d'abord inachevée, se conclut sous nos yeux de spectateurs. Issue du roman « Le cœur en bandoulière » de Tremblay, « Cher Tchekhov » se veut une pièce-hommage au grand dramaturge russe, adulé par notre auteur québécois.

Rancartée par Michel Tremblay il y a quelques années, cette pièce s'est vu ressortir des fonds de tiroir afin de pouvoir terminer son cycle et être mise au monde....(et ainsi laisser dormir Michel Tremblay en paix...) Comment résoudre l'équation « Rendre hommage à Tchekhov, tout en laissant les personnages se critiquer âprement entre eux et ne pas donner l'impression que l'auteur détestait les comédiens »? Tel était ce qui a d'abord semblé être « la quadrature du cercle » pour Michel Tremblay...

Installé dans un coin à l'avant de la scène, Jean-Marc (Gilles Renaud), l'alter ego de Michel Tremblay, nous invite au voyage qu'il s'apprête à faire : réécrire, annoter et terminer la pièce qu'il a commencée et dont il doute tant... « Suis-je encore pertinent ou dépassé par la nouvelle génération d'auteurs? » Ainsi, devant nous, la troupe de comédiens jouera en temps réel les répliques de Tremblay, s'arrêtant lorsque l'auteur s'arrête, reprenant à mesure les nouvelles répliques écrites et terminant enfin la pièce...

Argument

La famille d'artistes a décidé de se réunir pour l'Action de Grâces. Une table est dressée dehors, pour accueillir 7 personnes : Benoît (Henri Chassé), le frère aîné, renommé dramaturge en mal d'inspiration, son chum Laurent (Patrick Hivon), une vedette de la télévision, Claire, (Anne-Marie Cadieux), une star adulée du public, qui a invité, au grand dam de la famille, son nouvel amoureux, Christian (Mikhaïl Ahooja), un critique de théâtre, ayant écrit « un article peu flatteur sur un texte de Benoît » (communiqué), et enfin les sœurs Gisèle (Isabelle Vincent), Marie (Maude Guérin) et Benjamin (Hubert Proulx), qui ont des carrières mineures. La table est mise pour une joyeuse empoignade... Le souvenir de la mère, qui fut autrefois une grande actrice – la remarquable Arkadina dans la mouette de Tchekhov – flotte comme un fantôme sur toute la pièce. Pendant que frères et sœurs règlent leurs comptes, l'auteur se demande, lui, comment terminer sa pièce... On entre littéralement dans la tête de Tremblay, en entendant ses réflexions, ses commentaires, ses changements de répliques et de mises de scène...

C'était bien la première fois que j'avais accès aussi directement, en tant que spectatrice, à l'univers d'un auteur et à sa création en direct. Cela m'a beaucoup plu et intéressée. Les décors jouent aussi un rôle très important dans la pièce. Au début, la maison n'est pas complète. Ce n'est qu'en cours d'écriture que la deuxième partie de la maison sera jointe à la première. Et, à la fin de la pièce, la maison disparaît complètement, nous laissant voir les coulisses, métaphore de l'inconscient mis à nu de l'auteur. Il faut quand même, paradoxalement, avoir une grande confiance en soi et en son talent pour montrer ainsi ses doutes, ses hésitations et ses incertitudes au public. Cette humilité est également le signe distinctif des plus grands...

Merci Michel Tremblay, de nous avoir, une fois de plus, régalés de votre immense talent...

Une pièce à ne pas manquer!

Crédit photo : Yves Renaud

https://tnm.qc.ca