«Chasseur au harpon» de Markoosie Patsauq – Une œuvre humaniste remarquable et touchante

Catégories

Image

Markoosie Patsauq

50 ans déjà se sont écoulés depuis la publication de l’œuvre de Markoosie Patsauq. Considérée comme étant le premier roman en inuktitut, Chasseur au harpon publié chez les Éditions du Boréal est la première traduction française réalisée à partir du texte original en inuktitut. Si ces deux faits ne vous ont pas encore convaincu de lire ce roman, je vais vous présenter un survol de mes impressions comme j’en ai l’habitude de le faire.

Sans plus tarder, plongeons dans l’univers du regretté Markoosie Patsauq!

Lire comme on écoute un conte

J’ai toujours aimé l’art du conte – un art qui, sans support visuel, réussit à nous plonger dans un univers captivant grâce au talent de la conteuse ou du conteur. La lecture permet également cette magie, mais sans l’oralité; nous nous imaginons nous-mêmes l’univers narratif.

Lors de ma lecture de Chasseur au harpon, je vivais la fusion entre les caractéristiques propres au conte et celles de la lecture. J’avais l’impression d’être en compagnie de Markoosie Patsauq qui, à l’intérieur d’un igloo ou à côté d’un feu, me racontait son histoire avec son style singulier et unique.

À la manière du narrateur omniscient, l’auteur met de l’avant les émotions des personnages à divers moments du récit – parfois avec les dialogues, mais bien souvent en explicitant dans un paragraphe le ressenti d’un personnage vis-à-vis sa situation précaire. Il le fait de sorte que nous nous mettons naturellement à la place des personnages et comprenons mieux les enjeux de l’histoire tout en nous poussant à chercher des solutions.

Aussi, étant donné que je ne connais pas les conditions de vie particulières dans le Nord-du-Québec, je me suis régulièrement demandé lors de ma lecture comment un peuple pouvait vivre là-bas et survivre tout en ayant une vie agréable. Chaque fois que je tournais une page, une nouvelle question me venait à l’esprit pour ne former qu’un amas de questionnements et j’ai finalement compris que l’entraide est certainement la clé de la survie – du moins, l’une des clés du trousseau pour survivre.

"Chasseur au harpon" de Markoosie Patsauq

La survie et le présent

Dès les premières pages, le drame s’abat déjà sur le village de Kamik, le protagoniste, lorsqu’un ours blanc attaque les chiens de traîneau en pleine tempête de neige. Jugeant que l’animal est dangereux par son comportement anormal, les hommes décident de le traquer pour éviter qu’il nuise de nouveau à l’écosystème.

Avec un tel résumé, c’est évident que les personnages traverseront une panoplie de péripéties terribles, particulièrement Kamik qui apprendra en même temps comment chasser le redoutable prédateur qu’est l’ours blanc. C’est justement un aspect du livre que j’ai beaucoup aimé; les hommes suivent les traces de l’animal et surmontent les impasses dans un monde blanc – un lieu où les animaux tentent de survivre tout comme ces hommes qui, sans leur harpon, ne bougent pas beaucoup d’air.

La traque est longue et le chemin pour arriver à leurs fins est pentu. Ma curiosité était constamment stimulée puisque je ne m’y connais absolument pas en ce qui concerne la chasse ou la survie dans un milieu comme celui-ci. En lisant le livre, j’étais naturellement portée à en apprendre un peu plus sur la survie et l’importance de l’entraide dans un lieu hivernal hostile. C’était d’autant plus captivant de voir la façon avec laquelle Markoosie raconte son histoire en nous plongeant dans le présent. Un présent où tout peut changer et où on se demande constamment comment les personnages vont y arriver. Il y a des moments où nous retournons voir ce qui se passe au village, par exemple, mais jamais il n’y aura de bonds dans le temps ou de retours en arrière. Nous sommes là, ici et maintenant, et nous devons trouver une solution pour survivre et nous entraider pour aider la communauté.

L’entraide et l’autre

Les valeurs qui sont véhiculées dans le roman sont très nobles et humanistes ce qui nous rapproche comme lectrice ou lecteur des personnages et de leurs motivations. N’importe qui dans une telle situation souhaiterait aider son prochain, surtout quand il s’agit des membres de sa communauté et c’est d’ailleurs ce qui se passe tout au long du récit.

L’entraide est au cœur même des décisions du groupe de chasseurs, mais aussi au sein des membres restés au village avec les enfants. À tout instant, tout un chacun pense à l’autre afin de lui venir en aide en dépit de sa propre vie. J’ai trouvé que le peuple inuit avait une force incommensurable soit celle d’aimer son prochain sans rien demander en échange, celle d’être là les uns pour les autres, celle de travailler ensemble afin de trouver des solutions viables pour la communauté.

Chasseur au harpon de Markoosie Patsauq, c’est un roman novateur et important – un roman qui mérite une place prépondérante au sein de la littérature autochtone, mais aussi au sein de la littérature québécoise puisque nous devons clairement faire une place plus de choix aux arts et à la culture autochtones.

Chasseur au harpon, c’est une œuvre dramatique, mais ô combien remplie d’amour et de valeurs remarquables qui devraient être enseignées à nos enfants à l’école!

Pour vous procurer un exemplaire du roman Chasseur au harpon de Markoosie Patsauq, cliquez ici : https://www.leslibraires.ca/livres/chasseur-au-harpon-markoosie-9782764626566.html.
Pour en savoir plus sur Markoosie Patsauq, cliquez ici : https://inuit.uqam.ca/fr/individu/patsauq-markoosie.

Abonnez-vous ici à l’infolettre de Patrick White : https://patwhite70.substack.com/.