Charlotte Gainsbourg à l’Olympia: le ciel peut attendre!

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24 avril 2010 - 00:00
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Vendredi soir, à l’Olympia de la rue Sainte-Catherine, ça sentait l’événement. Compte tenu de l’immense succès de l’album IRM, admirablement concocté par Beck, le concert de Charlotte Gainsbourg était particulièrement attendu à Montréal. Dans l’heure qui a précédée l’apparition de l’artiste, le public était alerte et serein, prêt à croquer la femme des yeux et à savourer sa présence en musique.

Belle comme une enfant, la gracile Charlotte est apparue sur scène parée de la plus grande simplicité, devant le décor illustré d’une autoroute en béton. Elle a dramatiquement amorcé "IRM", la pièce titre de son dernier album, avec un mélange d’aplomb et de timidité - même si cela peut sembler contradictoire. D’emblée, le public l’a acclâmée.

Contrôlant parfois la console électro et maniant quelques percussions, la chanteuse a livré les pièces de son album avec une touchante intériorité, bougeant peu, se gardant cette réserve qu’on lui connaît. Mais le courant passait néanmoins. Entièrement habitée par chacune de ses chansons, Charlotte a plutôt laissé le public s’imprégner de l’ensemble, de la magistrale performance musicale du groupe, comme si elle n’en était pas la vedette. Envoûtante malgré elle, son magnétisme est tel que, même en toute retenue, elle irradie. Là réside tout le mystère de son charme...

Il émane de l’artiste une remarquable sensibilité et pas une once de prétention. Bien qu’elle soit absorbée toute entière, voire repliée en elle-même pendant ses chansons, elle en émerge avec son éclatant sourire, presqu’étonnée de la ferveur du public, rappelant qu’elle en est à ses premiers pas sur scène. “C’est la première fois que je chante tout court.” Elle s’excuse à deux reprises pour quelques blancs de mémoire, s’attirant une vague de tendresse spontanée de la part du public qui lui pardonne tout.

Présence évanescente et regard tragique, tantôt fuyant, tantôt rayonnant, l’aura mystique de Charlotte Gainsbourg s’harmonise à la qualité incontestable de son groupe de musiciens. Ensemble, ils ont créé une atmosphère éthérée, un climat intime et organique, un tableau urbain actuel, d’une poésie à faire pleurer. La voix veloutée de la chanteuse, si elle n’est pas particulièrement puissante, s’avère juste et vibrante. La pièce "Heaven can wait" a soulevé la foule avec cette irrésistible sonorité qui n’est pas sans rappeler les Beatles, tandis que les pièces "In the end" et "Time of the Assassins", d’une infinie douceur, furent de véritables instants de grâce. Elle a choisi de revisiter trois des très belles pièces issues de 5:55, son premier album - notamment l’émouvante "AF607105". Et ô, ravissement, l’artiste a interprété sa version exquise de "Just like a woman", de Bob Dylan, livrée toute en délicatesse.

Gainsbourg-fille a offert "Hôtel Particulier", de Gainsbourg-père, chanson qui lui va d’ailleurs comme un gant (doit-on s’en étonner?). “J’ai réalisé que j’avais, tout près de moi, le plus beau des répertoires: celui de mon père. Au début, je n’aurais pas pensé oser. Puis j’en ai eu envie... et j’me suis pas gênée!” Cette pièce amorce une transition vers la portion la plus rock du concert, alors que s’enchaînent les excellentes "Looking glass Blues" et "Trick Pony".

Le rappel fut servi entièrement en français, d’abord avec "Voyage", suivi du "Chat du café des artistes" de Ferland, oeuvre si bien revampée que Charlotte se laissera même aller à sourire à pleine dent en la chantant. D’ailleurs, la version sur scène va encore plus loin que celle qu’on a découvert avec plaisir sur IRM, avec une touche ludique étonnante et très réussie. Le concert s’est terminé sur le ton de la légèreté - audacieux contraste - avec une autre célèbre chanson de Serge Gainsbourg, "Couleur Café", dont l’esprit festif a emballé la foule.

Une soirée intense et magique, pour le public certes, mais vraisemblablement aussi pour Charlotte. “Je me souviendrai de ce concert!”, a-t-elle lancée avec émotion en quittant la scène. Attachante, intègre, Charlotte remontera sur la scène de L’Olympia ce soir, avant de s’envoler pour New York où elle donnera le dernier concert de sa tournée nord-américaine.

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