« Chante avec moi » au FTA : l’équivalent artistique du concert de casseroles

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Il est quelque chose comme 20h10, je marche en direction de l’Usine C et j’entends résonner le tintamarre des casseroles, qui se fait de plus en plus bruyant au fur à mesure que j’avance. Cinq minutes avant que le ciel ne se mette de la partie en crachant son fiel, je me prépare pour le spectacle-événement dirigé par Olivier Choinière, qui a convié 50 comédiens sur scène pour nous brasser la cage dans la bonne humeur.

Les lectures de « Chante avec moi » sont multiples, mais la première qui me vient en tête est d’ordre festif. Attirés par une pulsation rythmique qui mobilise leur attention, des comédiens issus du public descendent vers la scène un par un, avant d’être rejoints par quelques dizaines d’autres dans un élan d’absurdité et de spontanéité. Tous ensemble, ils se donnent le droit de fredonner la chanson, de tatillonner l’instrument, de déhancher le bassin et de laisser libre cours à leur joie de vivre enfantine et entrainante. Répétant inlassablement les mêmes paroles et les mêmes chorégraphies, les 50 comédiens s’amusent comme des fous sur la scène de l'Usine C.

Pour le reste, il me semble bien difficile de ne pas saisir la critique de cette société qui fixe le rythme, qui impose la pulsation d’un système et qui rend acceptable une pensée condamnable, à force de répétition. Une société se reposant sur le concept voulant que l’individu rêve secrètement de s’oublier dans la masse, de faire partie du lot et de se laisser engloutir par le dénominateur commun, le prévisible et l’aseptisé.

Que ce soit par la musique, les mouvements, la troupe attachée comme du bétail qui tourne en rond, la reprise en accéléré des deux premiers tiers du spectacle - pour s’assurer d’aliéner ce qu'il nous reste de libre arbitre -, pratiquement tous les éléments du spectacle de Choinière réussissent à nous abrutir de béatitude et à nous faire réfléchir sur notre condition dans la même minute.

« Chante avec moi », c’est beau, brillant, festif, subversif, hautement divertissant et ô combien pertinent, en cette ère où le Québec se réveille d’une vieille torpeur tranquille.

Usine C – 25, 26, 27 mai