Bédessiné l'anorexie

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13 juillet 2010 - 12:20
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Flavie Deschênes, 15 ans, souffre d'anorexie mentale. Dans La Fille Invisible, on assiste aux ravages de cette maladie. Cette bd ne se veut pas mignonne. Et heureusement. Contrairement à ce qui est galvaudé, ce ne sont pas les magazines féminins et l'hypersexualisation qui sont les causes de l'anorexie chez les adolescentes. Alors, qu'est-ce que l'anorexie ? Émilie Villeneuve, jeune rédactrice en chef de Clin d'oeil, qui signe le scénario, décrit bien la détresse d'une jeune fille qui rejette sa propre féminité. Puisque c'est de cela qu’il s'agit quand on parle d'anorexie : le refus d'être femme. C'est aussi un suicide lent.

La Fille Invisible est la première bande dessinée de l'illustratrice Julie Rocheleau. Avec un style nerveux et rebelle, elle nous dessine des personnages anguleux et tout en finesse. L'ocre, le noir et le vert olive dominent dans cette bd éducative. Elles renforcent les émotions qui déchirent le personnage principal.

J'ai contacté l'illustratrice qui était disponible en cette période caniculaire.

M.R. : Quels ont été vos influences en tant qu'illustratrice ?

J.R: Il y en a tant !... Jeff Lemire, De Crécy, Pédrosa, Will Eisner, le Push Pin Studio, l'art déco, les impressionnistes, les collages dada, blablaba... et je suis une fan fini de Franquin.

M.R. : De quel artiste vous sentez-vous le plus proche graphiquement et pourquoi ?

J.R. : Dans le cas de la Fille Invisible, je crois que mon dessin serait plus proche de Pédrosa et de Crécy, mais on m'a fait d'autres remarques... alors, je sais pas !

M.R.:Vous signez votre première BD. Quel a été le processus de création ?

J.R.:Premièrement, j'ai lu plein plein de BD, ensuite, j'ai essayé de me mettre dans la peau d'une ado qui tomberait sur le livre: qu'est-ce que j'aurais envie de voir, de quelle façon j'aimerais qu'on m'approche. Et finalement, je me suis amusée à essayer différents trucs avec ce nouveau médium qu'est pour moi la bd.

M.R.: Vous avez un style non conventionnel. J'aime beaucoup et ça cadre bien avec le sujet. J'aime bien aussi les couleurs. Pourriez-vous m'expliquer comment vous avez choisi vos couleurs ?

J.R.:Les gens me disent souvent que ma bd fait "cinéma". Je crois que c'est parce que j'ai tendance à approcher les ambiances et la lumière comme s'il s'agissait d'un film, voir comme si les dessins allaient bouger, être animés. Ça peut donner un dessin un peu brouillon parfois, mais je trouve que ça donne du mouvement, de la personnalité. Les couleurs reflètent les états d'âme des personnages, donnent le ton... Ça raconte quelque chose, quoi.

M.R. : Est-ce de la gouache, de l'aquarelle ou de l'encre que vous utilisez ?

J.R.: C'est un mélange encre/lavis, crayons de plomb, et la couleur est ensuite ajoutée sur l'ordinateur, ce qui laisse une grande flexibilité pour trouver des ambiances nouvelles et pouvoir les modifiées par la suite.

M.R.: En terminant, quel est votre prochain projet de création ?

J.R.: Je suis en train de réaliser mon second court métrage de dessin animé, "Les Saintes Pelures". Ensuite, j'aimerais illustrer un autre album de bd. On m'a déjà proposé quelques scénarios... on verra bien!

La narration a été écrite d'après les conseils du Dr. Jean Wilkins, spécialiste des troubles de l'alimentation au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine (Montréal). Mentionnons également que pour chaque album vendu, un dollar sera versé à la fondation CHU Sainte-Justine.

Faire une bande dessinée non-moralisatrice sur cette maladie est un véritable tour de maître. C'est une BD peu ordinaire qui plaira certainement à toute jeune femme en devenir.

Scénariste : Émilie Villeneuve
Illustratrice :
Julie Rocheleau
Collection: Glénat Québec
EAN/ISBN : 9782923621197

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