ALPHA BLONDY de retour: nouveau disque et spectacle à Montréal

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Le reggae est devenu une musique planétaire grâce à Bob Marley. Mais si ce genre désormais universel est devenu la voix des sans voix, le CNN des ghettos de la planète et une des musiques les plus prisées du continent africain, c’est aussi grâce à Alpha Blondy, héraut du reggae en Côte d’Ivoire et héros roots jusqu’en Jamaïque.

La Jamaïque où il a été enregistrer depuis ses premiers disques ses hymnes tiers-mondistes qui ont fait danser la planète. Cocody Rock ! en 1984, a en effet bénéficié de la participation du fameux producteur Clive Hunt. « C’est Clive, un Jamaïcain, qui m’a dit de chanter en langue africaine et de créer mon style. Ça a été la naissance du reggae francophone. On a été en studio à Hope Road avec les Wailers », se souvient Alpha. « En deux temps trois mouvements, on a fait Cocody Rock. C’était mixé le lendemain ».

Cette fois, c’est avec l’ex-Wailer Tyrone Downie et les « riddim twins » Sly & Robbie qu’il a conçu son nouvel album Jah Victory, celui qui va le réconcilier avec ses fans les plus exigeants. L’histoire de ce disque inespéré, c’est celle d’une foi. Foi d’Alpha Blondy en sa musique, en sa destinée, en Dieu. Carrément. « À toutes les étapes, Dieu est apparu. On était en studio à Paris pour le mixage et alors que l’enregistrement s’était fait en Jamaïque j’ai eu envie d’ajouter des nouvelles chansons. J’ai dit à Tyrone « si Sly & Robbie étaient là, c’est eux qui feraient la rythmique ». Trente minutes plus tard, quelqu’un passe dans le studio, c’est Tyrone qui l’a reconnu : « Hey Robbie ! What are you doing here? » Il donnait un concert et il venait au studio chercher une basse. Voilà comment Robbie a joué la basse de « Wish You Were Here », plus d’autres chansons encore ».

Pour Jah Victory, tout démarre en Côte d’Ivoire. Puis en France pour les programmations. Ensuite, c’est en Jamaïque que le disque prend forme, au studio Tuff Gong, avec le gang des musiciens de Kingston qu’Alpha appelle «la confrérie jamaïcaine ». Puis les chansons reviennent en France où Tyrone et Alpha enregistrent la kora, les choeurs et les voix. « On a ajouté le côté rumba reggae avec le chanteur Didi Kalombo du Zaïre, et puis tous les apports d’instruments du Maghreb, et l’accordéon ».

Le résultat ? Un album de 19 titres flamboyant, à la fois roots et innovateur, entre émotion et révolte, chanté en Français, en Anglais et en Dioula. Du pur Alpha Blondy. Car qui d’autre que le prophète du one drop aurait pu reprendre la chanson emblématique de Pink Floyd «Wish You Were Here » pour en faire une jam reggae avec de la cornemuse sur le refrain ?

Et que dire de ce titre à la menaçante beauté, « Les salauds », chanson en cinémascope et sans rythmique qui pointe du doigt les « journalistes pyromanes, les politiciens mythomanes, les prêtres corrompus et les imams vendus » sur fond de nappes synthétiques et de guitares en pleurs ? Sans la nommer, Alpha évoque cette guerre civile qui a ravagé la Côte d’Ivoire, paradis africain déchiré par le concept absurde de l’« ivoirité ». Plus dansant, « Bahia » évoque l’amour du Brésil et de sa sensualité à fleur de peau. Un pays où Blondy jouit d’une popularité inattendue. « Je ne savais pas que j’étais aussi connu là-bas. En 1995, on a été invité pour une tournée brésilienne. En arrivant à Bahia, on nous amène au concert. On arrive devant un stade immense, et pour moi le Brésil c’est le football. J’ai demandé au promoteur quelles équipes jouaient, et il m’a dit que c’était pour le concert d’Alpha Blondy. Je pensais que j’allais jouer devant 1000 personnes, et il y en avait 25.000 ! Toujours à l’écoute des nouveaux sons, Alpha garde une oreille sur le rap : avec Bilal, qui pose seize mesures hip hop sur un instru dubbisant, il signe une chanson de dernière minute, « Demain t’appartient », entre reggae et rap avec solo de guitare pour faire bonne mesure. Un autre tube potentiel.

Disciple inconditionnel de Bob et ami personnel de la smala Marley (il a chanté avec Rita et considère Ziggy comme un membre de sa famille), Alpha lui rend un nouvel hommage avec « Sales racistes », adaptation du fameux «Crazy Baldheads ». « J’ai toujours fait ça pour que les gens de chez moi comprennent la teneur des thèmes de Marley, leur puissance. J’avais déjà enregistré « War » et « I Shot The Sheriff », qui est devenu « J’ai tué le commissaire ». Impossible de citer les 19 chansons, qui mériteraient pourtant toutes de l’être : « Ne tirez pas sur l’ambulance » qui évoque le destin de la Côte d’Ivoire, « Mister grande gueule » et ses sonorités africaines, « Le bal des combattus » au parfum de rumba zaïroise à l’ancienne mixé au son roots, «Jésus» et sa mélodie marquée du sceau Blondy « C’est le reggae roots de Bob Marley qui a séduit le monde. Ce reggae-là, sensuel, révolté, c’est le cri du coeur.

Jah Glory en 1982, Jah Victory 25 ans plus tard. Alpha Blondy a de la suite dans les idées, et il ne compte pas s’arrêter. « Je ferai du reggae jusqu’au bout. J’ai toujours envie de créer quelque chose. Pour mes enfants. J’ai enregistré 18 albums, Jah Victory, est mon meilleur ». Et il suffit de l’écouter pour être d’accord avec Alpha.

ALPHA BLONDY
JAH VICTORY
Le nouvel album en magasin le mardi 25 mars

En spectacle au FESTIRAAM
Le dimanche 6 avril
Métropolis / 21h00

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