Al Jazeera parle anglais depuis le 15 novembre 2006

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Depuis hier, Al Jazeera, la star des chaînes de télévision arabes, diffuse en anglais à partir des studios de Doha, au Qatar. Le projet de la chaîne qatarie d’élargir son audience, déjà vaste depuis sa création en 1996, à l’espace anglophone, est enfin lancé.

Al Jazeera International envisage, dans un premier temps, selon Wadah Khanfar, directeur général d’Al Jazeera Satellite Network, cité par la presse, de s’adresser à plus de 80 millions de téléspectateurs à travers le monde, y compris ceux branchés sur câble. Aussi, la chaîne sera diffusée sur internet (ADSL), sur IPTV et sur téléphone cellulaire à la demande. Lindsay Oliver, le directeur commercial de la chaîne, a déclaré sur le site d’Al Jazeera que le projet a bénéficié d’un large soutien, notamment des futurs annonceurs.

Selon une étude du magazine américain Forbes, qui s’intéresse aux fortunes et au milieu des affaires, Al Jazeera est en tête des marques dans le monde arabe, sur 80 étudiées. Elle est suivie de la compagnie aérienne Emirates, de la chaîne de supermarchés saoudienne Al Mara’i et la chaîne de télévision Al Arabiya. Al Jazeera International, comme sa grande sœur en arabe, est une chaîne d’information en continu qui émet en live pendant douze heures.

Le reste de la grille sera meublé par des rediffusions d’émissions de débats, talk-shows, reportages et enquêtes. A partir de janvier 2007, la chaîne diffusera H 24 en Full HD (haute définition). Elle sera dirigée par le Britannique Nigel Parsons, ancien journaliste de BBC radio et d’Associated Press TV (Etats-Unis).

Outre Doha, Al Jazeera International, appelée également Al Jazeera English, aura des centres à Londres, à Kuala Lumpur et Washington. Plus de 300 journalistes se chargeront de suivre l’actualité mondiale dans au moins 40 pays. En tout, Al Jazeera est servie par 60 bureaux et correspondants dans les principales capitales. Des pays comme l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Arabie Saoudite ont refusé l’ouverture de bureaux ou l’accréditation de journalistes de la chaîne dont les sujets gênent plusieurs dirigeants arabes.

«Dire que tous mes ennuis proviennent de cette boîte d’allumettes!», a lancé un jour l’Egyptien Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 24 ans. Hugh Miles, ancien journaliste britannique à Skynews, a relevé qu’Al Jazeera est devenue l’entité non étatique « la plus puissante du monde arabe ».

Dans un livre à grand succès, Al Jazeera, la chaîne qui défie l’Occident, publié au début 2006, Hugh Miles, qui est né en Arabie Saoudite et qui a étudié en Libye et au Yémen, a beaucoup voyagé pour raconter l’histoire de cette chaîne.

« La version anglaise d’Al Jazeera devrait avoir un coût d’établissement et des frais d’exploitation moindres que son aînée arabe. De même que le service arabe de la BBC ou de Voice of America consistait en un simple département au sein d’une structure majoritairement anglophone (...) Ce ne sera pas la copie conforme de la chaîne arabe. L’audience visée n’est pas la même. Mais d’un point de vue déontologique, la devise “une opinion et l’opinion opposée” est et restera le principe directeur », écrit-il.

Récemment, le régime de Tunis n’a pas hésité à fermer l’ambassade de Tunisie à Doha pour protester contre un entretien accordé par l’opposant Moncef Marzouki, objet de pressions et de persécutions dans son pays, à Al Jazeera. Tunis n’a fait que suivre « l’exemple » de l’Arabie Saoudite qui a fermé son ambassade en 2002. Période durant laquelle les journaux de ce royaume le plus fermé du monde s’étaient déchaînés contre Al Jazeera l’accusant - formule consacrée - de vouloir déstabiliser le trône de « sa » majesté le roi.
Uu bureau au Maghreb

D’où l’idée de lancement de deux chaînes d’information à capitaux saoudiens, Al Arabiya et Al Ikhbaria, qui devaient chasser sur les terres d’Al Jazeera. La dernière attaque israélienne contre le Liban et la manière avec laquelle la crise a été traitée ont montré « les limites » professionnelles d’Al Arabiya qui ne peut aller au-delà d’un certain courage. Les chaînes américaines Al Hurra et CNBC, qui diffusent en arabe, n’arrivent pas à concurrencer Al Jazeera.

Autant que les chaînes émiraties Abou Dhabi et Dubai TV, ou le bouquet égyptien de Nile TV ou la libanaise LBC. Le groupe MBC (première chaîne arabe à diffuser à partir de Londres par satellite au milieu des années 1990) tente de rebondir. D’abord en se multipliant, à titre d’exemple MBC2 émet en anglais, et se plaçant, ensuite, dans une zone importante, le Maghreb. MBC consacre, sur le satellite Hotbird, un programme spécial pour cette région. Depuis hier, Al Jazeera en fait autant à partir de Rabat au Maroc.

La chaîne qatarie a tenté, à plusieurs reprises, de convaincre les autorités algériennes de lui permettre de s’installer à Alger. Refus inexpliqué. A Rabat, Hassan Rachedi, ancien journaliste à Medi 1, dirigera le bureau d’Al Jazeera Maghreb. Chaque jour, ce bureau préparera un journal sur l’actualité de la région. « Nous serons une chaîne de référence pour le Moyen-Orient et l’Afrique », déclaré récemment le directeur de la rédaction d’Al Jazeera, Omar Bek, repris par les agences de presse.

Des blocages aux Etats-Unis

Aux Etats Unis, Al Jazeera English ne sera reçue que par les foyers dotés de moyens de réception satellite. Les négociations engagées depuis plusieurs semaines avec les opérateurs du câble (principal instrument de diffusion-réception télévisuelle aux Etats-Unis) n’ont pas encore abouti.

Autant qu’en Grande-Bretagne où la chaîne ne sera accessible par câble qu’au milieu 2007. Cette attitude se comprend aisément : la version anglaise d’Al Jazeera va déstabiliser le network américain CNN, qui a beaucoup perdu de sa crédibilité après les deux guerres en Irak, et la chaîne britannique BBC World.

L’ambassadeur US à Doha, Chase Untermeyer, le dit à demi-mot cité par l’AFP : « Les opérateurs de câble aux Etats-Unis ont déjà plusieurs chaînes d’informations dans leur offre comme CNN, Fox ou éventuellement BBC. C’est pourquoi il est difficile pour de nouvelles chaînes d’information de pénétrer ce marché. » Le marché libre a, visiblement, des frontières invisibles ! Il est peut-être utile de rappeler que la chaîne libanaise Al Manar, proche du Hezbollah, est interdite de diffusion aux Etats-Unis et dans une partie de l’Europe.

Le Congrès juif canadien (CJC), selon Hugh Miles, a voulu empêcher la diffusion d’Al Jazeera, même auprès des abonnées payants. Le motif ? « Les programmes d’Al Jazeera sont violemment antisémites et racistes », selon le CJC. La décision des autorités canadiennes n’est pas encore prise. L’audience de l’américain Foxnews, largement favorable aux thèses des néo-conservateurs au pouvoir à Washington et peu indépendant, n’a pas dépassé l’Amérique du Nord.

Conservatrice également, la britannique Skynews n’est pas allée plus loin que les terres anglaises ! En novembre 2005, le quotidien britannique The Daily Mirror avait rapporté que le premier ministre Tony Blair aurait dissuadé le président Bush de bombarder les studios d’Al Jazeera à Doha.

Trois autres journaux avaient été menacés de poursuites s’ils publiaient les détails d’une conversation confidentielle entre Bush et Blair sur cette question. Un véritable scandale, vite étouffé. Un journaliste de la chaîne, Tarik Ayoub, a été tué à Baghdad après l’entrée des troupes US. Al Jazeera s’est distinguée par sa couverture de l’offensive américaine en Afghanistan, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, de l’engagement des troupes US et british en Irak, en 2003, et l’attaque israélienne contre le Liban. Al Jazeera diffuse sur les satellites Arabsat 2C, Arabsat 2D, Arabsat 3A, Nilesat 101, Hotbird 3, Eurobird 1, Astra 1E, PAS 2, PAS 9, Echostar 1, Echostar 3, Echostar 9, Measat 1.

Le groupe Al Jazeera comprend également trois chaînes sportives, dont deux payantes, une chaîne pour enfants et une autre documentaire en cours de création.

Source: El Watan

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