Air au Métropolis de Montréal : créateurs de passerelles sonores et Stakhanovistes du vintage.

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C’est donc en ce lundi soir de mars que le duo électronique français offre pour la première fois un concert aux Québécois. La neige a quitté Montréal. Le béton reprend ses droits et l’on peu décemment arborer une paire de bottine sans prendre le risque de s’affaler à chaque coin de rue.

Cela fait 12 ans que Moon Safari, leur premier album, est sorti. Ses tubes interplanétaires rythmés par des synthétiseurs analogiques fracassants ont gardé toute leur fraîcheur. A l’époque j’étais complètement passé à côté, bien trop accaparé à défricher les vieux groupes de garage des compilations Nuggets.

L’accueil chaleureux qu’ils reçoivent ce soir prouve que leur musique a su résister aux années 2000. L’électronique à la française, souvent décriée, ne fut donc pas qu’une mode portée au gibet par les faiseurs de la hype parisienne.

Pour cette tournée, Jean Benoît Dunckel et Nicolas Godin ont fait appel au batteur de Badly Drawn Boy, une pointure, pour marteler les rythmes métronomiques de leur dernier album, Love 2, sorti en octobre 2009.

Le trio ouvre le concert avec Do the Joy, un des morceaux les plus réussis du dernier album, et on comprend tout de suite que leur musique est faite pour mettre en contact house et rock, comme ont su le faire, mais dans un style plus dansant, des groupes anglais comme les Happy Mondays à la fin des années 80 ou Primal Scream ( ah screamadelica !) au début des années 90. On prend des instruments électroniques (synthétiseurs, pédales Electro-Harmonix…), on ajoute quelques samples et on agrémente le tout d’une base rock avec guitare, basse et batterie. La recette peu sembler éculée mais Air a su créer son style. Le jeu de basse classieux, tout en descente de gamme de Nicolas Godin y est pour beaucoup. Les vocodeurs aussi. C’est d’ailleurs une de leur marque de fabrique. Rare en effet sont les morceaux où la voix n’est pas passée au mixer dans l’un de ces petits joujoux électronique.

C’est donc un public mélangé qui est là ce soir. Les clubbers en t-shirts sans manche côtoient les hypsters qui à leurs tours côtoient les jeunes cadres trentenaires. La musique de Air réunit, créée des passerelles entre les genres. Cependant elle n’a pas le pouvoir de fédérer une armée de fans ayant leurs codes propres. En cela elle n’est pas une musique de gang, une musique des guerres adolescentes comme le furent rockabilly, punk ou musique gothique.

Rien de subversif chez nos amis versaillais ? Pas vraiment en effet, mais les atmosphères un peu trop lisses de certains morceaux (je pense à Sing Sang Sung ou Love) contrastent avec des envolées chevaleresques comme sur Eat my beat, tiré Love 2. Joué en milieu de set, ce morceau instrumental avec sa basse rebondissante pourrait illustrer sans problème une horde de Hells Angels cheveux aux vents bravant tout les interdits. Le duo reconnaît d’ailleurs l’influence d’Ennio Morricone, filiation que l’on ressent lorsqu’ils se mettent à jouer Alpha Beta Gaga extrait de Talkie Walkie (2008) qui fait directement référence aux BO des westerns spaghettis.

La set-list jouée lundi soir (22 mars 2010) fera donc appel à toutes les périodes du groupe et c’est sans surprise qu’il jouera à la fin du concert des morceaux de Moon Safari et de la Bo de The Virgin Suicides, le film de Sofia Coppola.

L’interprétation de Playground Love, morceau crève-cœur qui irradie de sa puissance létale le film de Coppola sera très décevante, pâle copie de la version originale, tout comme les deux tubes de Moon Safari, Sexy boy et Kelly watch the stars, dont la puissance capable de faire exploser les dances floors a complètement disparu hier soir.

Pourtant, même si le concert fut un peu mitigé, le groupe a su nous offrir de grands moments, faisant preuve d’une maîtrise et d’une virtuosité instrumentale impressionnante. Ces musiciens aguerris ont su rester fidèles à leur origine. Il est d’ailleurs assez incroyable de voir que leur son si reconnaissable ne doit rien ou presque à la technologie moderne. Sur scène, point de Tenori-on et autres gadgets à la mode, le groupe ne s’entoure quasiment que de matériel vintage. Dunckel continue depuis 10 ans de bidouiller son vieux Korg MS 20 et ses vieux vocoders et pourtant leur son continu de faire l’admiration de beaucoup de ténors de l’électro moderne.

Par Mathieu Germain
http://en.aircheology.com/

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