Zineb El Rhazoui, journaliste de Charlie Hebdo en visite au Québec

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Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République en France; Djemila Benhabib, écrivaine et journaliste, prix international de la laïcité en 2012; Zineb El Rhazoui, journaliste française du journal satirique Charlie Hebdo

L'Association Humaniste du Québec, accueillait, ce matin, Zineb El Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo pour une conférence de presse en hommage aux victimes mais également pour évoquer l'importance de la laïcité et de l'universalisme en France.

« Ils ne sont pas morts pour rien, nous continuerons le combat. Au nom de la laïcité et de l'universalisme », a déclaré Zineb El Rhazoui, journaliste française du journal satirique Charlie Hebdo. Pour la première fois depuis les attentats commis contre le journal français Charlie Hebdo (le 7 janvier dernier), une journaliste du canard s'est exprimée au Québec. Ce matin au centre de l'Association Humaniste du Québec, Zineb, Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République en France et Djemila Benhabib, écrivaine et journaliste, prix international de la laïcité en 2012, ont rendu hommage aux journalistes de Charlie Hebdo assassinés. « Charb était un grand humaniste, défenseur des musulmans et l'une des personnes les plus pro-palestiennes que je connaisse. Il avait appris quelques mots en arabe et s'amusait à crier « Allah Ou Aghbar », c'était son cris de guerre avant certaines conférences de rédaction », se souvient la journaliste engagée. Zineb se trouvait à Casablanca durant l'attaque. « Ce jour là je me suis levée tôt. Un confrère m'a téléphoné paniqué me demandant où je me trouvais. Il m'a par la suite annoncé la nouvelle. Je n'y croyais pas. J'ai téléphoné à Luz qui se trouvait dans les locaux, il m'a dit « ils ont tiré sur Charb, au moins 10 personnes sont mortes ». J'entendais les pleurs de Patrick Pelloux, médecin urgentiste (mais aussi collaborateur de Charlie Hebdo), qui est venu porter secours aux blessés. J'ai ensuite passé ma journée devant la télévision, devant ce chiffre horrible de 12 morts », raconte-t-elle avec beaucoup d'émotion. Malheureusement, ce drame « n'est pas une surprise. Nous le savions. Depuis plusieurs années, Charlie Hebdo, et surtout Charb étaient menacés et placés sous protection policière. Al Quaïda avait mis à prix la tête de Charb. Comment une personne, qui figure dans le top ten des personnes susceptibles d'être victime d'assassinat, n'a pas été plus protégé que ça ? Il y a une faille dans le système de protection ? Nous attendons des réponses des autorités ». Mais malgré sa tristesse, sa colère et son incompréhension, Zineb garde le point levé, ou la pointe de la mine levée. « Nous continuerons. Pour l'instant nous avons tous besoin de repos. Nous ne savons pas quand le prochain numéro sortira. Nous devons refaire la maquette du journal. La place des caricaturistes décédés ne peut pas être remplacée. Ils sont irremplaçables ».

Laïcité et récupération politique du drame

Tout au long de la conférence de presse, plusieurs points ont été abordés. L'importance de la laïcité, de l'universalisme, le combat contre l'intégrisme et le terrorisme mais surtout de la place des politiciens dans le rôle de la réappropriation du drame. « Laïcité ne rime pas avec anti-islam. Au contraire, un pays laïque est l'unique garant de la liberté de culte. L'Islam fait partie intégrante de la France. De part son histoire coloniale, mais il faut que l'islam soit traité de la même façon que les autres religions. L'islam doit se plier à la laïcité et non l'inverse », juge Zineb. Pour cela, il faut donc combattre l'intégrisme et ne pas faire de la « politique d'intégration comme le fait le parti de gauche en France. Ils n'ont plus le courage de leurs opinions sous prétexte d'être jugé de raciste ou d'islamophobe ou autre. Il faut se sortir de ces tabous », estime Patrick Kessel. Car ne pas avoir le courage de ses pensées conduit à l'instrumentalisation politique de ces actes. Lors de la marche républicaine, en date du dimanche 11 janvier, plusieurs présidents de pays ont rejoint le mouvement aux côtés du président de la France, François Hollande. Parmi eux, le président israélien Benyamin Netanyahou, Abdallah Bin Zayed, le ministre des Affaires étrangères des Emirats arabes unis, premier ministre turc Ahmet Davutoglu... « Ce sont des dictateurs qui étaient là, des oppresseurs, qui ne respectent pas les droits de l'Homme dans leur pays, et qui n'autorisent pas la vente de Charlie Hebdo dans leur pays. On s'est découvert de nouveaux copains, qui ne sont pas les nôtres. Ils sont bien évidemment venus pour leurs propres intérêts diplomatiques avec la France », souligne la journaliste.

Charlie. Pas Charlie.

Depuis les événements, la plupart des français se sont tous rassemblés et se sont tous revendiqués « d'être Charlie ». Mais les jours suivants, plusieurs personnes ont contrebalancé la donne, et des mouvements « Je ne suis pas Charlie » ou alors « Je suis Charlie mais... » sont nés. C'est par exemple le cas du philosophe controversé Tariq Ramadan, qui s'est dit « ne pas être Charlie », par rapport aux caricatures du prophète, qui selon lui « portent atteinte aux respects des musulmans ». Zineb lui a répondu ce matin : « Nous sommes contents, moi et mes amis de Charlie Hebdo, que vous le soyez pas Charlie, Tariq. On le savait. Mais nous, nous ne sommes pas Tariq, Tariq ! ». Car pour la journaliste, franco-marocaine, qui a vécu toute son enfance à Casablanca, les caricatures ne sont pas un manque de respect envers la communauté musulmane. A l'inverse de Philippe Geluck, un artiste belge, connu pour être l'auteur de la série de bande dessinée Le Chat, qui a déclaré cette semaine dans les médias français ne pas avoir « envie de blesser la majorité des musulmans dans ce qu’ils ont de plus sacré au nom de la liberté d’expression... La liberté d’expression qui est totale chez nous ne doit pas, pour autant, nier une certaine responsabilité ». Ce à quoi Zineb a répondu ce matin : « Geluck, au lieu de te soucier de plaire aux musulmans, tu devrais lire le Coran. Moi qui ai grandi dans un pays musulman, j'ai lu le Coran, et aucun texte ne fait mention de l'interdiction de dessiner qui que ce soit ou quoi que ce soit ! Il ne faut pas céder à la pression et rentrer dans le jeu des dictateurs, sinon c'est foutu ! Il ne faut pas que les artistes, dessinateurs, journalistes perdent la notion de l'universalité... ».

Mélanie Pinto

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Commentaires

La laïcité.

Zineb et Djemila, deux piliers qui savent de quoi elles parlent pour éclairer le Québec!
Elles ont vécu, elles ont étudié, vu et compris et elles nous parlent de vérité.

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