«Villes mortes» : note presque parfaite pour ces raconteuses modernes et hyperactives

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Présentée dans la salle Jean-Claude Germain au 2e étage du Théâtre d’Aujoud’hui, la nouvelle production d’Abat-Jour Théâtre, Villes Mortes, dresse avec talent et grande énergie le portait de Pompéi la poétique calcinée, de Gagnonville la déracinée disparue, de DIX30 la froide commercialisée et de Kandahar la malheureuse amputée de guerre.

Quatre villes, quatre femmes, quatre histoires. Écrites par Sarah Berthiaume et mises en scènes par Bernard Lavoie, les quatre parties de cette nouvelle création se déroulent dans, par-dessus, en dessous, à travers et à côté d’un lit à baldaquin : haut lieu de confessions et de lucidité pour jeunes femmes urbaines et dégourdies.

Villes Mortes commence en douceur en s’attardant au voyage d’une jeune fille partie rejoindre son amoureux à Naples, en Italie, non loin de la tristement célèbre Pompéi, brûlée vive sous la lave d’un volcan, le Vésuve. En constatant que le dit amoureux n’est plus tout à fait au stade relationnel où elle espérait le retrouver, la jeune femme interprétée par Céliane Trudel tombe de haut. Jolie, touchante et pleine de tendresse, la comédienne est malheureusement tombée sur la partie la moins intéressante du spectacle. Bien que les faits provoquant sa peine d’amour nous soient clairement expliqués, on ne saisit jamais à quel point l’amour qui les unissait était puissant au point de justifier une série de métaphores douloureuses sur le volcan et la brûlure intérieure. Des quatre actrices vues ce soir, Céliane Trudel est également celle à qui l’on a le moins demandé de bouger. À l’exception de quelques mouvements sur le lit, l’actrice semble figée dans une mise en scène trop statique et se démène pour livrer un texte juste un peu trop littéraire pour coller aux émotions de son personnage. On reste sur notre faim.

S’amène alors l’énergique Gagnonville, mise en bouche par l’auteure elle-même, Sarah Berthiaume. On connaissait son talent pour les mimiques et sa capacité à intégrer la nature profonde de ses personnages dans chacune des fluctuations non-verbales de son corps, mais voilà que l’actrice fait également preuve d’un sens inné pour raconter une histoire. Sa jeune fille exilée d’une ville minière ayant vu le jour en 1960 et connu la mort en 1985 est une splendeur d’images évocatrices. Le spectacle décolle officiellement.

Arrive alors la tempête Stéphanie Dawson, dont le personnage de comédienne désespérée accepte de jouer dans un film étudiant sur les zombies, avant de choir au Quartier DIX30 à Brossard, et de se perdre parmi la foule d’automates musclés à la peau orange, qui organisent un concours où elle peut gagner une nouvelle paire de boules. Tentant de fuir ces zombies obnubilés par le culte de la consommation, l’actrice se débat, court, crie, s’essouffle, se pend sur les barreaux du lit et nous transporte littéralement dans son monde imaginaire. Enlevant.

La pièce se termine avec l’interprétation de Joëlle Paré-Beaulieu, alors qu'elle prend les traits d’une employée de Tim Horton qui travaille sur une base militaire de Kandahar, pendant que sa petite fille fascinée par les princesses l’attend au Canada. Grâce à la justesse du jeu de Paré-Beaulieu, il est impossible de ne pas ressentir l’ennui profond d’une mère pour sa fille. On se fait prendre au jeu et on suit avec un vif intérêt tout ce que cette femme est prête à faire dans le pays des seigneurs Talibans pour retrouver la chair de sa chair.

Outre les maladresses musicales trop souvent présentes (les musiciens Géraldine & Navet nous donnent souvent l’impression d’être les clones immatures et trash de Cœur de Pirate) ainsi que la première section moins équilibrée du spectacle, Villes Mortes est une pièce de théâtre hautement divertissante qui sait faire réfléchir sans nous écraser de lourdeur ou de morales à cinq sous.

À voir assurément.

Salle Jean-Claude Germain – 5 au 23 avril 2011

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