Une belle mort pour l'opéra Le Consul

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08 mars 2011 - 00:35
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Les chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, sous la direction d’Oriel Tomas (metteur en scène) et de Claude Webster (chef de cœur), présentent depuis samedi dernier leur production en collaboration avec l’École nationale de théâtre du Canada, le Monument-National et l’Orchestre de chambre McGill. Le Consul, œuvre de Gian Carlo Menotti en trois actes, interprétée pour la première fois à Philadelphie en 1950, revient à Montréal après plus de 10 ans d’absence.

L’histoire de cet opéra est loin d’être joyeuse. Une famille vivant dans un pays d’Europe de l’Est en prise avec un régime totalitaire se retrouve menacée par la police secrète. Magda et John Sorel, couple heureux en amour, sont séparés à la suite de la Seconde Guerre mondiale. En effet, John est poursuivi par la milice et tente de traverser la frontière pour gagner sa liberté. Il décide donc de partir en attendant que sa femme obtienne ses papiers au consulat. C’est le début du cauchemar pour Magda, qui en plus de se faire refuser une rencontre avec le Consul, voit tour à tour dépérir son enfant et sa belle-mère. Ne pouvant risquer le retour de son mari, elle se donne la mort. En vain, puisque John est emmené en même temps au poste de police.

Pour un samedi soir, la descente aux enfers est rapide! Le seul moyen de se raccrocher à une lueur d’espoir est de rester attentif à la voix des interprètes et d’admirer leurs déambulations sur la scène.

D’un point de vue vocal, cette création n’a rien à envier aux grosses productions jouées à la Place des Arts. La distribution, axée plus particulièrement sur les voix féminines, sublime le public grâce à la présence de Caroline Bleau (Magda), Christianne Bélanger (La Mère), Aidan Ferguson (La Secrétaire) ou encore d’autres rôles mineurs joués avec talent par Karine Boucher, Chantale Nurse et Emma Parkinson.

Malgré un début timide, la soprano Caroline Bleau livre une performance au-delà des espérances. Du point de vue de la diction, de la puissance et de la modulation de la voix, cette cantatrice québécoise maitrise les aspects lyriques d’un personnage en mal de vivre. Il en va de même pour la mezzo Aidan Ferguson, secrétaire sévère qui se transforme au fur et à mesure du drame en femme sensible et compatissante. Plus qu’une performance vocale, chaque actrice vit son rôle jusqu’au bout des ongles (m’arrachant d’ailleurs une larme involontaire lors de la mort de l’enfant en bas âge). Remarquable!

Pour ce qui est du groupe des hommes, la déception est de mise. Le baryton Étienne Dupuis (John) livre un début de prestation en dent-de-scie. Il se rattrape par la suite en jouant un final remarqué, juste et puissant. Le pire est malheureusement à venir avec les performances de Philip Kalmanovitch (agent de la police secrète), Pierre Rancourt (Mr. Kofner) et Aaron Ferguson (magicien). Inaudibles (problèmes de puissance ou d’articulation), on s’attendait à mieux…

En ce qui concerne les décors du Monument National, quelques petites déceptions pointent aussi leur nez. Au contraire d’une scène amovible comme celle créée pour La Bohème à la salle Pollack (http://patwhite.com/node/12041), Mylène Chabrol mise sur un espace partiellement amovible. Initialement dédié à la maison des Sorel (murs délabrés, mobilier sommaire), le décor se retrouve rapidement partagé par une passerelle menant à l’accueil du consulat, trône de la secrétaire. Lors de la première représentation, le public a pu assister à quelques défauts techniques cocasses (la passerelle qui ne veut pas descendre, le tiroir qui ne s’ouvre pas pendant une crise de rage). De même, la passerelle est pour le moins abrupte, voire dangereuse… On apprécie la volonté de vouloir dépeindre l’accès au Consul comme une marche difficile. Mais de là à frémir lorsqu’un artiste se trouve sur celle-ci…

Une mention spéciale à l’incroyable chef Claude Webster, qui a su réjouir les oreilles d’un public à l’écoute, tout en contaminant la première rangée par son énergie virale.

Au final, on retient de cette pièce les prestations féminines et la théâtralité omniprésente. Deux raisons plus que suffisantes pour venir assister à une pièce qui en vaut le détour!

Le Consul est présenté les 9, 10 et 12 mars prochains à 20 h au Monument National dans un arrangement pour quintette à corde, clarinette et piano.

En anglais – surtitre en français.

Plus de renseignements sur : www.operademontreal.com/fr/atelier-lyrique/le-consul.html

Distribution
Magda Sorel: Caroline Bleau
Jean Sorel: Étienne Dupuis
La Mère: Christianne Bélanger
La Secrétaire : Aidan Ferguson
Agent de police secrète: Philip Kalmanovitch
Le Magicien : Aaron Ferguson
La Femme étrangère: Karine Boucher
Mr. Kofner: Pierre Rancourt
Anna Gomez: Chantale Nurse
Vera Boronel: Emma Parkinson
Assan: Roy Del Valle

Chef : Claude Webster
Mise en scène : Oriol Tomas
Décors: Mylène Chabrol
Costumes : Laurence Mongeau
Assistante mise en scène, directrice de scène : Émilie Martel
Éclairages : Francis Hamel
Direction technique : Jean-François Piché
Pianiste répétiteur : Jérémie Pelletier
Crédit photo : Yves Renaud

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