Trainspotting au théâtre Prospero: renouer avec de vieux amis déchus

Catégories:

En 1993, le roman d'Irvine Welsh a été reçu comme un véritable coup de poing. En 1996, l'adaptation cinématographique s'est rapidement transformée en film culte fascinant une entière génération. Aujourd'hui, Trainspotting se transporte sur les planches, plus vivant que jamais, dans une adaptation théâtrale plutôt réussie et certainement troublante. Un bon moment passé en compagnie de vieux camarades égarés.

Rester fidèle au mythe Trainspotting

C'est le décor tout d'abord qui plonge le spectateur dans cette ambiance si particulière à la Trainspotting. Un vieux matelas souillé échoué sur le sol en guise de chambre ou d'appartement. La fameuse toilette - la pire toilette d'Écosse, sinon du monde! - entièrement recouverte de matière brunâtre sans équivoque. Une parcelle de chemin de fer pour faire courir et danser les jeunes toxicomanes devant la scène. Un sous-sol pour voir s'engouffrer les âmes en peine. Un échafaud sur lequel monter et descendre au gré des malheurs ou encore du vent. Un toit à travers lequel perce, parfois, la lumière. Et une porte qui se referme sur les moments les plus terribles de ces vies tristes à mourir.

Le pari de porter sur scène un film culte était risqué. Comment allait-on parvenir à traduire ce slang écossais si vulgaire en québécois? Mais surtout, allait-on arriver à reproduire ces scènes excentriques gravées dans la mémoire des cinéphiles? On peut remercier l'ingéniosité et la créativité de Marie-Hélène Gendreau qui signe ici une mise en scène franchement efficace où tout n'a pas forcément besoin d'être montré. Dans ce Trainspotting version théâtre, beaucoup de descriptions s'appliquent à remplacer les actions et quelques objets suffisent à transporter spectateurs et personnages en d'autres lieux (la scène de la recherche d'emploi où une simple chaise crée un bureau entier fait franchement sourire et celle, mythique, du plongeon dans la toilette, se trouve à la hauteur des attentes). C'est ingénieux, puissant et juste assez amusant. Et c'est aussi triste parfois. Souvent.

Adaptée au théâtre par Harry Gibson, puis traduite chez nous par nul autre que Wajdi Mouawad, la pièce parvient, contre toutes attentes, à offrir des dialogues empreints d'expressions québécoises crédibles tout en gardant l'essence du (grossier) texte original. On n'a pas tenté ici d'embellir les propos ou encore de raffiner les phrases lancées par ces héroïnomanes en chute libre et c'est tant mieux. Les dialogues sont vulgaires, scatologiques au possible, choquants, déroutants et criants de douleur et de vérité.

Donner envie d'y croire

Pas facile de s'approprier et de donner vie à un personnage aussi légendaire que celui interprété initialement par Ewan McGregor. C'est pourtant ce que parvient à faire avec brio le comédien Lucien Ratio devenu nouveau visage du paumé le plus connu d'Écosse. Son jeu est juste et sa ressemblance avec Mark Renton (physique, gestuelle…), souvent frappante. On croit à son histoire, tout comme on croit à la vulgarité, la violence et la cruauté de Begbie ou encore à la déchéance tranquille du mélancolique et attachant Tommy.

On aurait par contre préféré un Sick Boy plus fidèle à celui - adoré - du long-métrage ou à une Alisson au jeu plus convaincant. Quoi qu'il en soit, l'ensemble fonctionne et parvient à troubler en nous faisant replonger dans une histoire dont on connaît la triste issue, mais qu'on ne se lasse pas de se faire raconter.

Le long du chemin de fer où ils se rencontrent pour échapper à la réalité sur fond de musique techno, comme dans cette chambre miteuse où un simple matelas se transforme en bouée de sauvetage, puis en tombeau, l'histoire et la réalité de ces amis égarés n'ont pas fini de nous bouleverser; que ce soit sur papier, en images ou désormais, sur des planches de vérité.

-Trainspotting, la pièce, est présentée au théâtre Prospero de Montréal du 26 avril au 14 mai 2016
Pour plus d'informations et pour réserver ses billets: http://www.theatreprospero.com/spectacle/trainspotting/

Partager

Facebook icon
Twitter icon
Google icon

Ajouter un commentaire