«Toxique» : quand l'humain devient son propre poison

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06 mars 2011 - 00:00
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Jusqu’où peut mener la peur de vivre ? Cette question, que de nombreux terroristes et dirigeants ont décidé de tourner à leur avantage, certains diront depuis le 11 septembre, d’autres depuis la nuit des temps, est la trame centrale de la pièce Toxique, présentée au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 26 mars.

L’histoire débute avec l’entrée en scène d’une Élise Guilbault en état de choc. Cette mère de famille affirme avoir été la victime d’une attaque bactériologique dans un autobus du centre-ville. Selon son souvenir, le criminel est un homme à la peau sombre, peut-être Indien ou Pakistanais. L’enquête de police débute. Les spécialistes ne trouvent rien. Aucune trace d’agent toxique dans le corps de la victime. Pas plus que de l’homme qui semble s’être évanoui dans la nature. Les témoins de « l’incident » se font rares. Les autorités policières et médicales n’ont d’autres choix que de retourner la victime chez elle.

Lorsque cette dernière rentre à la maison pour retrouver mari et fils, on la sent vulnérable, craintive, capricieuse. Le moindre changement la contrarie. Les mauvais rêves se font une place de choix pendant la nuit. Les hallucinations prennent le relais pendant le jour. Le doute s’installe. A-t-elle été réellement victime d’une attaque chimique ou n’était-ce pas plutôt un sursaut de paranoïa raciale ? Les failles de la victime explosent. Quand la fille du couple revient d’un voyage humanitaire en Algérie, les fissures de cette famille très nord-américaine grossissent à vue d’œil.

La mise en scène de Geoffrey Gaquère est remplie de petites trouvailles placées ici et là, qui servent à alléger la structure du texte de Greg MacArthur qui n’aurait probablement pas survécu à davantage de lourdeur. Non pas que l’histoire de Toxique soit pénible à regarder – la balance du drame et de l’humour étant finement maintenue – mais quand un auteur choisit de poser autant de questions confrontantes, il se doit d’être supporté par une mise en scène fluide et rythmée. Mission accomplie.

Du côté des acteurs, la complicité qui unissait Benoit Drouin-Germain et Sylvie De Morais dans Yellow Moon (Espace GO, novembre 2010) est encore plus belle à voir dans Toxique. Monique Spaziani fait office d’échappatoire humain pour le personnage de Guy Nadon. Tout de la blonde actrice respire la légèreté qui fait si cruellement défaut au personnage d’Élise Guilbault. De leur côté, Nadon et Guilbault sont justes, touchants, dérangeants et solides jusqu’à la fin.

Malgré quelques réflexions soulignées à trait un peu trop prononcé pendant la pièce, Toxique est une œuvre brillante, intelligemment construite, agréable à regarder, et qu'il nous est impossible d'oublier.

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