Suivie ou honnie, Fox News fête ses dix ans

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Dix ans après sa naissance, Fox News caracole au sommet des chaînes d'information câblées aux Etats-Unis, opposant avec véhémence son positionnement "proche du peuple" aux critiques qui osent l'accuser de conservatisme ou de partialité pro-républicaine.

A son premier jour de diffusion, le 7 octobre 1996, bien peu croyaient pourtant que la chaîne créée par Rupert Murdoch pourrait sérieusement menacer CNN, alors incarnation de l'information en continu.

A l'époque le magnat des médias d'origine australienne imagine une chaîne aux accents populistes, alternative à ce qu'il estime être la tendance élitiste des chaînes concurrentes.

"La plupart des médias sont des monopoles locaux. Ils ont des journalistes élitistes sortis d'écoles de journalisme et ils regardent le public de haut," expliquait-il encore cette semaine dans un entretien au Financial Times. "Ils ne sont pas du tout en prise avec le type lambda de la classe moyenne".

Quand les critiques dénoncent le caractère belliqueux de la couverture par Fox des guerres américaines en Afghanistan et en Irak, Murdoch accuse CNN d'être "de gauche et anti-américaine".

Avec des présentateurs aussi emportés que Bill O'Reilly, Fox est accusée de partialité, en dépit de son slogan "juste et équilibré" sans cesse répété.

Pour Mike Conway, ancien reporter de télévision et professeur de journalisme à l'Indiana University, Fox a eu du génie dans sa stratégie de développement, décidée à prendre de front les sujets controversés et à attaquer agressivement la concurrence.

"Elle cherche à attirer un public en montrant que les médias classiques ont un parti pris progressiste", dit-il. "Ils (Fox News) sont très forts en marketing ... en utilisant des expressions comme 'juste et équilibré' ou 'nous rapportons, vous décidez'".

"Un de leurs atouts est aussi la manière dont ils réalisent leurs reportages: c'est rapide, direct, il y a beaucoup de graphiques. Souvent c'est plus efficace que ce que vous voyez sur CNN," estime M. Conway.

Un bémol cependant selon lui, que Fox partage avec les chaînes d'information câblées: "Elles doivent développer le débat, envenimer les discussions, et elles n'ont cessé de le faire pour retenir l'attention des gens."

A la création de Fox en 1996, l'actualité était dominée par la perspective de la réélection de Bill Clinton à la Maison Blanche. Depuis dix ans, Fox News reste très mal vu des démocrates.

Le mois dernier, Clinton a accusé la chaîne de mener contre lui "un gentil petit coup monté conservateur", tandis qu'Al Gore son ancien vice-président, dans une interview de 2002 au New York Observer, considérait Fox comme faisant partie d'une "cinquième colonne" financée par des milliardaires ultra-conservateurs.

"Il y a cet interminable débat sur 'sont-ils conservateurs, sont-ils une part du parti républicain', et je pense que c'est assez évident", estime M. Conway.

Rupert Murdoch, lui, rejette l'étiquette conservatrice: "En étant juste et équilibré, en présentant les deux côtés tout le temps, nous avons changé l'équation politique dans ce pays," affirme-t-il au Financial Times. "Les gens pensent que nous sommes conservateurs, mais nous ne sommes pas conservateurs".

Le succès en parts d'audience est en tout cas indéniable: le journal du soir glane en moyenne 1,6 million de téléspectateurs, soit deux fois plus que son rival le plus proche, CNN, selon des chiffres de 2005 du Project for Excellence in Journalism.

Aujourd'hui, le président de Fox News Roger Ailes se souvient de l'accueil dubitatif réservé par les observateurs à la création de la chaîne.

"Je me rappelle, à la sortie de la première conférence de presse, il y avait des ricanements. J'ai dit à Rupert 'Je crois que le New York Times se moque de nous'. Il m'a dit 'Ils se moquent toujours de nous au début'".

Agence France-Presse

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