S'initier à l'opéra avec Dialogues des Carmélites

Crédit photo: Yves Renaud
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Crédit photo: Yves Renaud

Le rideau s'ouvre, dévoilant trois personnages gravitant autour d'un mini décor. Une chaise, une petite table. Tout simplement, au centre d'une scène immense. Lentement, on plonge dans l'histoire de Blanche de la Force (touchante Marianne Fiset), cette femme qui, mue par la peur, entrera dans les ordres. Pour celle qui sera rebaptisée soeur Blanche de l'agonie du Christ, le Carmel tient lieu de forteresse. Un moment du moins, car peu de forteresses s'avèrent ultimement totalement infranchissables.

Je ne suis certainement pas une experte en opéra. En fait, Dialogues des Carmélites s'avère ma première véritable incursion dans ce monde aussi intrigant qu'inconnu. Je serais ainsi mal placée pour faire une critique éclairée de ce que j'ai vu samedi soir à la Place des Arts. Par contre, mon statut de non-initiée peut sans doute offrir un regard neuf et original sur cette expérience unique qu'est une soirée en compagnie d'amateurs d'opéra.

Je crois connaître un grand nombre de gens qui se serait tout d'abord laissé décourager. Par la lenteur de la mise en place de cette histoire loin d'être haletante il faut le dire, par ces sous-titres qu'il faut parvenir à suivre afin de saisir l'essentiel de ce qui se déroule sous nos yeux, par ces paroles (divinement) chantées auxquelles il faut assurément prendre le temps de s'habituer, par la poésie particulière des mots, puis évidemment, par ce thème entièrement religieux.

C'est ce qui aurait pu, dans mon cas, se produire en début de soirée. Pourtant, je suis fière de dire que j'ai tenu bon et que - particulièrement à partir de l'acte 3 -, je me suis laissée prendre au jeu de l'opéra. Une suite de moments d'une grande force musicale qui, doucement, est parvenue à m'envelopper, à me faire vivre autre chose, autrement et en chantant.

Amatrice de théâtre, j'ai tout de suite été séduite par la mise en scène simple et efficace de Serge Denoncourt. Sur la scène inclinée, les religieuses du Carmel ont formé des rangées de fidèles découpant des fonds lumineux tour à tour ensoleillés puis nuageux. Des chaises de bois, quelques tables, des lampions, un cercueil, la projection d'une croix géante; la simplicité de chaque scène - aux allures de tableaux où chaque personnage était parfaitement à sa place - ne pouvait que me charmer. Derrière les rideaux transparents partageant parfois la scène, les lieux, personnages et contextes étaient évoqués, pouvaient tour à tour être imaginés. Mon œil de photographe a pris tout un tas de clichés mentaux, dont cette vision parfaite de deux religieuses discutant, fleurs à la main, sur un superbe fond immaculé.

Heureux sont ceux qui, comme moi, ont la chance d'être accompagnés par un amateur ou un connaisseur lors d'une première sortie à l'opéra. Merci à mon père, qui avait étudié l'histoire des Dialogues des Carmélites, d'avoir éclairé mes interrogations, de m'avoir confié que les amateurs d'opéra connaissent bien souvent déjà l'histoire qui s'apprête à être chantée devant eux. De m'avoir appris qu'il est bon de se présenter à une soirée d'opéra en étant légèrement préparé...

Pourtant, l'histoire formant ces Dialogues des Carmélites est plutôt simple en soi. Afin de contrer ses peurs, une femme décide d'entrer au couvent du Carmel, un endroit qui, croit-elle, la protégera du mal s'emparant doucement du monde extérieur. Elle tentera ainsi de dissimuler ses craintes derrière Dieu, fera fausse route, puis prendra la fuite pour mieux revenir disparaître en martyr. Le tout sous fond de panique et de révolution.

Oui, mes pensées ont parfois glissé au-delà de l'histoire et des chants lors de cette représentation. Oui, une soirée à l'opéra est aussi (du moins, dans mon cas) un effort de concentration, de laisser-aller et d'ouverture. Mais oui, je peux dire que l'expérience s'avère aussi particulière qu'enrichissante.

Ma première incursion dans le monde de l'opéra m'a fait faire un plongeon dans un univers où des religieuses formaient des rangées de femmes identiques rassurées par l'idée de Dieu. Un monde où les mères supérieures délirent parfois en fin de vie, où les draps blancs sont, comme les jours, repassés à l'infini. Et où la révolution et surtout la peur, font fi de la religion.

-L'opéra Dialogues des Carmélites est présenté les 31 janvier ainsi que les 2 et 4 février 2017 à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

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