Saison 2017-2018 de l’Usine C : sous le signe de la résistance et de l’espoir!

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Danièle de Fontenay et toute l’équipe de l’Usine C conviaient aujourd’hui médias, artistes et fidèles au dévoilement de la saison 2017-2018. Armés de beauté, de révolte, de fragilité et de poésie, les artistes invités cette année s’engagent à bras le corps pour nous offrir une saison sous le signe de la résistance et de l’espoir.

« L’expression artistique ne doit connaître aucune limite, ni la censure ni le mépris. Elle se permet d’aller où personne n’oserait. Elle révèle les peurs, les fantasmes, les traumatismes, interroge la mort et les pulsions enfouies. Elle est ce langage universel qui seul peut relier les êtres par-delà leurs différences », déclarait Danièle de Fontenay, qui concluait en citant André Malraux « L’art c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme. »

Ainsi, l’invitation est lancée :
Aventurez-vous sur les sentiers non balisés de l’Usine C !

LES SPECTACLES DE LA SAISON 2017-2018

La rentrée s’amorcera avec l’exubérance d’Olivier Py, metteur en scène français incontournable, auteur, acteur et directeur du prestigieux Festival d’Avignon, qui mettra le feu à la scène avec ses talons hauts, ses chansons d’amour, revendiquant le droit de déployer ses ailes étincelantes dans un monde qui préfère garder en cage les oiseaux exotiques. Les premiers adieux de Miss Knife plongent dans la vie fantasmée d’une diva sulfureuse, son alter-égo féminin. Des cabarets berlinois aux cirques de fortune en passant par les grands casinos, Miss Knife raconte, pleure et danse la vie « de l’être en scène ». Cet hymne à la liberté est un touchant moment de vérité. Du 13 au 15 septembre, présenté exceptionnellement hors les murs au Cabaret du Lion d’Or.

Ce sera ensuite au tour de Nicola Gunn, performeuse et metteure en scène d’Australie, de nous livrer avec intelligence et beaucoup d’humour ses réflexions existentielles sur la morale et l’éthique de nos jours. L’anecdote de départ est ordinaire : en voyage à l’étranger, elle aperçoit un homme et ses enfants lancer des pierres à un canard. Sa tentative d’intervention sera la source d’un échange violent et la genèse de Piece for Person and Ghetto Blaster. À l’impuissance de l’individu, elle oppose la force rassembleuse de la création comme espace de réponse, de réparation, de conscience. Une occasion rare de prendre le pouls de la jeune scène australienne, du 27 au 29 septembre.

Poursuivant l’analyse de nos comportements humains complexes et détraqués, Angela Konrad sera de retour à l’Usine C du 10 au 21 octobre avec un nouvel opus : Last Night I dreamt that somebody loved me. Porté par l’acteur Éric Bernier, le texte puise aux paroles de chansons pop et dénonce les affres du narcissisme et la quête insatiable du bonheur. Entre tragique et pathétisme, ce huis clos réunit un comédien, quatre danseurs et un chien pour philosopher en musique sur le sens de la vie.

Les 31 octobre et 1er novembre, le couple belge Mossoux-Bonté habillera la scène de son univers délicat, à la croisée de la danse et du théâtre. La courte forme Vice Versa constitue le premier volet d'une série de miniatures révélant nos démons intérieurs. Deux danseuses, chacune l’ombre de l’autre, font corps contre la brutalité et l’oppression de l’intime dans une complainte hypnotique en clair-obscur. En seconde partie de soirée, c’est la jeune et acclamée Daina Ashbee qui portera à la scène la voix des femmes avec sa dernière création Serpentine. Seule et vulnérable, l’interprète Areli Moran lutte tout à la fois avec son corps, la fatigue de la répétition et la puissante partition d’un orgue électrique. Cette pulsation prend la forme d’une résistance au dictat de l’histoire sur ses racines Cri et métisse et sur sa condition de femme. La sensualité de la danseuse couve une violence brûlante qui déferle sur la scène pour la décaper des traces de la colonisation.

Subjugué par la violence des traumatismes, Denis Lavalou nous transportera dans un théâtre radical où les mots ne sont pas tendresse. Avec Un si gentil garçon de l’Espagnol Javier Gutiérrez, qui relate la descente aux enfers de Polo, rattrapé par les drames de son passé. Lavalou nous entraîne dans les bas-fonds de l’underground musical de Madrid dans les années 1990, où s’entremêlent drogues, alcool et fureur des instincts. Une fresque multisensorielle saisissante d’actualité où le désir dérape en crime sexuel. Présentée du 7 au 18 novembre.

Autre exutoire jouissif, la clique de Frédérick Gravel revient avec Some Hope for the Bastards, grande forme saluée au FTA plus tôt cette année. Dans la lignée de ses œuvres collectives précédentes, le chorégraphe impétueux nous invite ici à une sombre fête. Duos, mouvements de groupe, musique live et adresses au public s’enchaînent à une allure effrénée. Neuf danseurs livrent bataille au dépérissement et à la noirceur d’un siècle qui semble sans issue. Mus par une pulsation intérieure irrépressible, l’espoir est l’unique salut pour ces bâtards. Pour deux soirs seulement, les 29 et 30 novembre.

L’année 2017 s’achèvera sur une proposition singulière de l’auteur-compositeur-interprète Antoine Corriveau, offrant en collaboration avec Alexia Bürger un écho théâtral et multidisciplinaire à l’univers de son dernier disque. Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter développera sous une forme originale une réflexion sensible sur la mort, la fascination qu’elle exerce, l’équilibre précaire entre peur et désir. Ce rendez-vous inclassable alliant musique, arts visuels, danse et théâtre aura lieu le 7 décembre.

Dès janvier 2018, Brigitte Haentjens renouera avec la poésie brute et engagée du célèbre dramaturge français Bernard-Marie Koltès en adaptant Dans la solitude des champs de coton. Sur le terrain glissant des rapports de pouvoir et de marchandisation, la metteure en scène convoque Sébastien Ricard et Hugues Frenette, deux comédiens d’exception, à s’affronter dans cette habile joute oratoire. Du 23 janvier au 10 février.
De retour une deuxième fois dans la saison, Angela Konrad poursuivra sa recherche de formes scéniques particulières en intentant cette fois un essai scientifico-philosophique. Les robots font-ils l’amour ? convie divers experts autour du thème des nano- et biotechnologies et de l’impact de l’informatique sur le vivant. Colloque fictif déjanté, le spectacle témoigne autant d’une science en délire que d’une psyché humaine gravement atteinte. La réalité dépasse la fiction du 27 février au 10 mars.

Lauréat de nombreux prix, le compositeur Gabriel Dharmoo soutiendra à l’Usine C une performance surprenante intitulée Anthropologies imaginaires. Sous la facture d’un simili-documentaire sur la musique et les mœurs de populations fictives, commentées par de faux spécialistes, l’interprète mime, bruite et improvise un surtexte truculent de sons et de gestes. Exploration humoristique et dérangeante du post-colonialisme, du post-exotisme, de l'extinction culturelle, de la globalisation, du racisme normalisé et de l'appropriation culturelle, ces anthropologies seront l’occasion d’un tourisme excentrique et nécessaire, les 7 et 8 mars.
Avec Moon Missions Lunaires, l’auteur Evan Webber et le metteur en scène Pierre Antoine Lafon Simard embarquent pour une destination longtemps rêvée : la Lune. Ils remontent le temps et la trace de Wernher Von Braun, concepteur de la roquette V2 et père de la mission Apollo, qui a envoyé l’Homme dans les étoiles. De la conquête historique de l’espace au fantasme futuriste des voyages intergalactiques, Moon Missions Lunaires fait dialoguer faits et fiction dans un récit multimédia passionnant. Une expédition prévue du 14 au 16 mars.

Autre découverte théâtrale en vue, le jeune et brillant Jocelyn Pelletier revisite Phèdre de Sénèque. Le célèbre mythe, relatant la tragédie d’un amour interdit et sa répression, devient ici l’occasion de questionner les notions de liberté et le besoin d’affranchissement des artistes. Deux acteurs embrassent un kaléidoscope de personnages, de l’Antiquité à aujourd’hui, rendant au théâtre son rôle ancestral de miroir cathartique et dialectique de la condition humaine. De l’instant et de l’éternité sera à l’affiche du 21 au 23 mars.

Au cœur du printemps, l’Usine C sera honorée de rendre hommage à Raimund Hoghe, éminent chorégraphe et homme de théâtre allemand qui fut le dramaturge de la grande Pina Bausch. Deux de ses œuvres seront présentées, Pas de deux et La Valse, ainsi que des projections et une classe de maître en lien avec sa carrière majeure. Les 10 et 11 avril, en duo avec l’admirable Takashi Ueno, le chorégraphe se saisit de la figure du pas de deux en ballet classique pour en extraire la plus pure expression de l’être à deux. Une rencontre captivante entre deux silhouettes, deux âges, deux trajectoires, simplement unis par la présence.
Puis, les 13 et 14 avril, c’est au rythme de La Valse que les cœurs s’emballeront, devant des corps de douleur qui portent paradoxalement la douceur jusqu’au bout de leurs doigts — la douceur comme une offrande au ressac du temps. Confrontant des œuvres fondamentales de l’histoire de la musique et de la danse, Raimund Hoghe s’empare de la pièce éponyme de Ravel en l’ancrant dans la tourmente contemporaine. Migrants, réfugiés, rescapés et orphelins sont les témoins d’une débâcle sans fin, dont l’Histoire joue la sempiternelle ritournelle.

Le public recevra comme un cadeau le retour de Cold Blood, succès incontesté du couple Michèle Anne de Mey et Jaco Van Dormael, et de leur collectif Kiss & Cry. Présenté à guichet fermé à l’Usine C en 2016, ce spectacle est un veritable éloge à la vie, au cœur même d’une figuration de la mort. Ces tendres jardiniers du 7e art reproduisent des univers sensibles et ludiques, comme autant de semences de mondes meilleurs à faire germer dans nos esprits assoiffés. À ne pas manquer, du 25 au 28 avril.

Lamelles, création du scénographe et concepteur lumières Cédric Delorme-Bouchard, viendra clore la saison en beauté du 2 au 4 mai. Entre théâtralité et abstraction spatio-temporelle, cette œuvre d’une esthétique raffinée explore les notions de seuil et de limite telles que théorisées par les plus grands architectes contemporains. Sept performeurs frayent sur scène avec un rideau de lumière, jouant avec les frontières sensorielles, le passage du dedans au dehors, la révélation et l’inconnu.

Véritable incubateur d’idées ouvert sur le monde, l’Usine C œuvre aussi en coulisses à l’année longue et contribue à l’effervescence du milieu artistique par de nombreuses activités. Parmi celles-ci, le programme de résidence d’artistes offre à des créateurs, sur une période de trois ans, un soutien dans leurs recherches et la collaboration à la diffusion d’œuvres inédites. Angela Konrad, Dana Michel, Annabel Soutar et Philippe Boutin bénéficient actuellement de cet accompagnement.

Forts de leur succès, les Rendez-vous Art & Politique seront reconduits cette année, à l’occasion de trois rencontres conçues et animées par Angela Konrad qui réuniront des chercheurs, journalistes et artistes autour du thème des transmutations. Ces moments précieux de réflexion et de dialogue mettent de l’avant l’importance des arts vivants dans le développement social de la communauté.

Pour une troisième année, Les Entretiens Jacques Cartier seront accueillis à l’Usine C pour deux jours de conférences et discussions ouvertes au public, les 16 et 17 octobre dans le cadre de leur 30e édition. Scientifiques, artistes et experts de domaines pluriels prendront parole sur le thème des changements d’échelle qui marquent le monde actuel et les pratiques et perceptions en arts de la scène.

Lectures de textes critiques, présentations publiques, discussions et observations de travaux en cours, Les projets du 3ème étage animés par Yves Sheriff interrogent les problématiques reliées aux processus de création, engageant tous les participants à se questionner sur la forme et le langage chorégraphique, mais également sur les contextes politiques et sociaux de leurs travaux. L’initiative a permis ces dernières années de présenter des expérimentations de plus d'une douzaine de chorégraphes, dont Maria Kefirova, Ellen Furey, Adam Kinner, Dorian Nuskind-Oder, Sybille Müller, Sarah-Ève Grant, Andrew Tay, Hanako Hoshimi-Caines, Simon Portigal et Kelly Keenan.

Le Plancher, espace de travail partagé, demeure par ailleurs ouvert aux travailleurs culturels et aux compagnies de création qui souhaitent développer leurs projets dans un lieu inspirant.

Enfin, l’Usine C est heureuse de renouveler sa collaboration avec Alexa-Jeanne Dubé et Marie-Philip Lamarche, de la compagnie À DEUX pour leurs soirées de création spontanée NICE TRY (belessai) qui sont devenues le rendez-vous incontournable des artistes de la relève montréalaise et de leur public. Une première mouture a souligné de façon festive le lancement de la saison 2017-2018 ce 24 août, et deux autres soirées ponctueront l’année à venir.

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