ABC News censurée en Russie
Le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé mardi qu'il ne renouvellerait pas les accréditations des journalistes de la chaîne de télévision américaine ABC qui a diffusé récemment une interview du chef de guerre radical tchétchène Chamil Bassaïev, considéré comme l'ennemi public numéro un en Russie.
"Les accréditations des collaborateurs de cette chaîne ne seront pas renouvelées à leur expiration", a déclaré le ministère dans un communiqué.
"ABC est persona non grata pour tout contact avec toutes les organisations officielles russes", a également déclaré le ministère, reprochant à la chaîne une "contribution évidente à la propagande du terrorisme".
La chaîne américaine a réagi avec calme à la mesure qui frappe ses correspondants.
"Je ne pense pas que cela va nous empêcher de couvrir l'actualité en Russie. Je ne pense pas que nous regrettions d'avoir diffusé l'interview", a déclaré mardi à l'AFP une porte-parole d'ABC à New York, Emily Lenzner.
Le ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov, avait été le premier à déclarer dimanche que la chaîne serait exclue de tout contact avec son ministère.
ABC avait diffusé jeudi soir l'interview tournée quelques semaines auparavant dans une forêt des montagnes de la Tchétchénie par le journaliste russe Andreï Babitski, ancien correspondant en Tchétchénie, qui travaille à Prague pour Radio Free Europe.
M. Babitski, connu pour ses reportages critiques sur l'action des forces fédérales russes en Tchétchénie, avait été arrêté en 2000 par les troupes russes qui l'avaient accusé de "participation à bande armée".
Cette interview rarissime du chef de guerre tchétchène Chamil Bassaïev sur la chaîne américaine ABC avait suscité la fureur de Moscou.
La Russie a reproché le lendemain à Washington cette "tribune offerte à un terroriste sanguinaire" qui a notamment revendiqué de la prise d'otages de Beslan, en Ossétie du Nord, dans laquelle 330 personnes étaient mortes, dont 186 enfants, sans compter 31 preneurs d'otages.
Le ministère russe des Affaires étrangères avait convoqué vendredi le chargé d'affaires américain à Moscou, Daniel Russel, pour lui faire part de "la profonde indignation" de la Russie au lendemain de la diffusion de l'entretien.
Le département d'Etat avait alors invoqué la liberté de la presse, de même que la chaîne de télévision.
Au cours de l'interview diffusée par ABC, Chamil Bassaïev, l'homme le plus recherché de Russie, accusait à nouveau Moscou de mener un "génocide du peuple tchétchène" dans la république rebelle du Caucase du Nord.
Ce genre de mesure des autorités russes est, de mémoire d'observateurs étrangers à Moscou, sans précédent depuis la chute de l'URSS.
Le dirigeant de l'Union des journalistes de Russie Igor Iakovenko a qualifié la décision de Moscou d'"arbitraire", ajoutant que l'image de la Russie à l'étranger allait en "souffrir grandement".
"ABC va continuer à informer le public sur ce qui se passe en Tchétchénie du point de vue des terroristes tchétchènes, et l'Etat russe va également continuer à informer, non pas le public américain mais le public russe, sur ce qui se passe en Tchétchénie du point de vue des fonctionnaires russes", a déclaré M. Iakovenko sur les ondes de la radio Echo de Moscou.
Source:AFP


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