Kyoto, mon amour!

Textes et photo : Geneviève-Isabelle Caron
Kyoto, ceinturée de vertes montagnes en différents paliers, traversée en son cœur, du nord au sud, par la rivière Kamo et maints autres petits cours d’eau, semée de temples à l’infini, moins bétonnée, plus verdoyante, pleine de gens merveilleusement accueillants, souriants, qui ne parlent alors là, pas du tout anglais, mais qui vous expliquent tout en japonais, malgré votre air ahuri et qui vous prennent par la manche pour vous aider à vous orienter, à vous sortir de l’impasse. Une ville où l’on sent que les gens ont une vie réelle.

Là où les êtres humains ont des loisirs, du plaisir, savent relaxer et profiter de la vie. C’est étrange mais à Tokyo, les gens ont toujours l’air d’aller travailler ou d'en revenir. À Kyoto, les gens font du vélo, du jogging, prennent l’apéro sur des terrasses (oui, des terrasses!), pêchent dans la rivière, s’allongent et caressent de petits chats errants, se saoulent aux abords de la rivière et sourient à la vie. Ah, quel doux bonheur!

Cette belle aventure commence à Tokyo, dimanche matin à 9 heures du matin sur le quai numéro 17 de la Tokyo Train Station. Nous prenons place à bord du Nozomi, le train le plus rapide du Japon : 516 km en 2 heures 21 minutes, pile-poil! Quand ce train passe dans un tunnel, vous avez les oreilles qui se bouchent, c’est tout dire de la vitesse de croisière qu’il peut atteindre! À notre grande joie, trois lutteurs sumo sont assis derrière nous, yukatas (kimonos d’été en coton), chevelure noire bien gominée et coiffée en une belle grosse queue de cheval savamment ramassée et chaussée de getas (sandales de bois hautes) et de tabis (petits bas courts avec le gros orteil séparé des quatre autres). Ils sont trois, il y a trois bancs mais ils prennent la place de 5, pauvres eux-autres. Le yukata du plus petit des trois arbore le dessin de petites grappes de cerises. Il est trop mignon. Je l’imagine en train de manger des céréales en pyjama à cerises, le samedi matin devant les dessins animés. KAWAII!!! (cute!).

En chemin pour Kyoto, les sumos quittent le train, et voilà, c’est à notre tour d’arriver sur place! Il fait chaud et humide, ayoye! On hèle un taxi, on s’entasse et on prend la route vers le Nishiyama Ryokan, notre hôtel. Un ryokan, c’est un hôtel typiquement japonais (le nôtre est à cheval entre le traditionalisme et le modernisme, toutefois) où l’on dort sur un tatami et futon, où l’on a tout le kit nécessaire pour se faire un thé, où les repas sont servis dans la chambre et munis d’un grand bain commun bouillant où l’on peut se détendre le soir venu.

Hotel Nishiyama : http://www.ryokan-kyoto.com

Vite fait, on s’enregistre, on dépose les bagages et on court s’acheter un éventail et un petit bout de tissu joli pour s’éponger des grosses gouttes de sueur qui ruissellent sur notre visage!

En ouvrant le journal, oh! Quelle chance! Dans 3 heures, c’est le grand spectacle annuel des geishas et maikos (apprenties-geishas) de Kyoto; par ailleurs, c’est le seul endroit où il reste encore des geishas dans tout le Japon et aussi, là où cet art s’enseigne encore. Non mais quelle chance! Nous accourons à cet endroit, faisons la file dans l’espoir d’obtenir des billets et regardons le pré-spectacle qui se découvre devant nos yeux à l’entrée de la salle : des dizaines de femmes affublées de magnifiques kimonos font leur entrée, des hommes aussi en yukatas indigo (teinture naturelle pour les yukatas masculins), des geishas, (des vraies!) des maikos, des Japonais qui courent d’une geisha à l’autre pour les photographier et quelques étrangers curieux, qui comme nous, ne savent pas trop à quoi s’attendre.

Pour nos yeux, nos oreilles et tout nos sens en éveil, durant 2 heures 30, se sont produites pas moins de 98 geishas et maikos, à tour de rôle, accompagnées d’un orchestre féminin composé de 5 chanteuses et de 3 joueuses de shamisen (genre de guitare japonaise), en plus d’un joueur de percussions et d’un chanteur qui faisait de drôles de bruits gutturaux! Splendeur et raffinement de ces femmes magnifiques qui dansent joliment et savent jouer de leurs éventails et de leur branches de cerisier (en plastique) comme pas une! Parfois seules, en petits ou gros groupes, elles nous ont présenté les quatre saisons vêtus de somptueux kimonos aux couleurs et aux agencements inédits et très vifs. Elles ont même joué de la musique avec l’orchestre : percussions et tambourins de toutes sortes et petites flûtes aux accents des plus orientaux, si j’ose dire! Et toujours cette manche de kimono qui se replace avec grâce par-dessus l’instrument pour que nul n’ose voir le poignet (celui-ci étant autrefois classé zone érogène), une démarche à petits pas menus pour ne pas trébucher sur cet ourlet de kimono beaucoup trop long, des génuflexions à n’en plus finir, des mains gracieuses comme des oiseaux qui se posent sur la branche d’un arbre en fleur imaginaire, etc.

J’ai adoré! Non mais quelle évènement des plus fortuits pour la néophyte que je suis…

Retour au Ryokan, on se prépare maintenant à sortir à Kyoto-by-night!

Exploration du centre-ville, marche dans le Food Market qui est couvert comme une Plaza St-Hubert Japonaise, souper dans un tout petit resto de grillades avec vue sur un canal au son de la musique des Beatles (!) et grande marche dans le quartier des plaisirs : Gion, qui ce soir, malheureusement ne s’amuse pas fort mais dort car nous sommes dimanche. Merde! Et nous qui aurions aimé voir des hommes d’affaires fricoter avec des geishas… On en a juste vu une qui parlait au cellulaire et qui s’achetait une canette de Coke dans une machine distributrice. Ouin…! Par contre, cette belle marche nous fait entrevoir des rues pavées à l’ancienne et une architecture d’une autre époque et bien différente de celle de Tokyo, plus moderne et résolument plus futuriste. Et tout ces petits canaux qui coulent perpendiculairement à la rivière Kamo, des dizaines de jolies petites ruelles à plafonds bas. Superbe.

Le lendemain, on déjeûne à la française chez Angélina Café où l’on boit un semblant de café quand même acceptable et où l’on se régale de toasts au fromage. On prend le métro, le train et en quelques minutes, nous sommes au sanctuaire de Fushimi, un tout petit peu à l’extérieur de Kyoto. C’est que dans ce sanctuaire, sis à flanc de montagne, il y a un grand sentier couvert de Torii rouge saignant.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Torii

Ceux qui ont vu le film Geisha, de Spielberg, on pu voir LA geisha en question, courir dans cette allée de Torii. Moi, je n’ai pas vu ce film mais LES Torii, oui! Et du Torii, il y en a! Et moi qui croyais qu’il y en avait une cinquantaine tout au plus… Détrompez-vous chers amis. Des kilomètres et des kilomètres de Torii. Le frappant, bien que magnifique, contraste entre la nature toute verte et ces Torii écarlates est saisissant et plutôt magique. Nous avons donc parcouru la montagne sous ces immenses dédales rouges, bu un thé matcha dans une petire maison de thé bordant ce chemin, admirez la vue de Kyoto, regardez s’ébattre des carpes et tortues dans un lac et finalement, sommes redescendues charmées et fin prêtes pour de nouvelles découvertes.

Nous avons ensuite refait le monde au gré d’une promenade sur «Le Chemin de la Philosophie». Cet étroit petit bout de route serpentant au pied des monts Higashiyama était autrefois le lieu de prédilection d’un certain Nishida Kitaro, professeur de philosophie à l’Université de cette ville et c’est à la profession de ce professeur que le chemin doit son nom. Il louvoie gaiement, bordé qu’il est de cerisiers en feuilles plutôt qu’en fleur, et épouse la forme d’une petite rivière qui coule sans bruit où s’ébatent des canards, carpes, tortues, autres poissons et où même une aigrette s’est livrée à nous en spectacle. Un pléthore de boutiques ont pignon sur Chemin tout au long de la promenade et les terrasses multiples appellent les Montréalaises en mal de rue St-Denis que nous sommes!

En soirée, direction l’Allée de Pontocho.

Autrefois gué de la rivière Kamo, le banc de sable commença à être exploité en 1670 pour devenir une allée où le plaisir a cru avec l’usage! Elle est fréquentée par des jeunes en mal d’alcool et d’accolades, des homosexuels et des curieuses, comme nous. Il faut aussi dire que les restaurants qui la bordent installent, une fois l’été venu, des yukas, i.e. de grandes terrasses en bois sur pilotis derrière leurs établissements donc, directement sur la rivière. Sans trop savoir où nous allions aboutir mais tenaillées par la faim, nous nous retrouvons dans un restaurant où il n’y a que nous quatre, une famille où tous portent kimonos ou yukatas (hommes et femmes) ainsi qu’un monsieur édenté sur hautes getas qui veut absolument s’occuper de nos souliers et de deux mamies en yukatas, elles aussi, qui finissent par nous faire comprendre, de peine et de misère qu’il n’y a pas de menu ici. Ce qu’on consommera sera un prix! On choisit le prix du milieu et on se prépare au meilleur comme au pire. À la grâce de Dieu, Bouddha et Mahomet, le pire n’a jamais été rencontré par nos papilles qui plutôt, se sont régalées du «12 services» auquel ces dernières avaient été invitées. Douze services de nourriture divine! Tout d’abord, que dire des couverts laqués magnifiques ou en raku (technique de céramique japonaise) de la plus jolie finesse. Des présentations créatives qui supplient les yeux de regarder avant de toucher, des odeurs délicates et inconnues, des textures , des couleurs (certains légumes étaient colorés rose ou jaune foncé) et un ravissement en bouche. Bercées par la douceur de la brise nocturne et par le bruissement du débit de la Kamo, un vrai rêve! Un repas délectable servi par nos deux mamies avec lesquelles il fut impossible de communiquer, hélas, mais qui ont toutefois finit par nous faire comprendre qu’elles nous nommaient le nom des plats en japonais et qu’elles aimeraient bien qu’on le répète après elles. Gros efforts et moqueries entre nous à se redemander 5 minutes plus tard : qu’est-ce qu’on mange donc? Ça s’appelle comment? Impossible de s’en rappeler.

Après avoir marché et roulé jusqu’à notre lit – je dis bien rouler car après autant de nourriture, vous imaginez bien la forme de nos panses bien repues. Nous choisissons deux dernières visites avant le départ, avant la séparation. Tout d’abord, Nijo Castle. Un VRAI château de shoguns, je me plais à les imaginer agenouillés devant le chef des shoguns dans toutes les pièces de ce château que nous visitons avec beaucoup d’intérêt. Je vous donne la description de mon livre qui explique bien ce qu’est ce château :

Nijo Castle est dénué des grandioses fortifications qui parent les châteaux japonais. Il est réputé pour ses pièces au décor exceptionnel et aux planchers «rossignol», conçus pour trahir les intrus, en émettant un grincement évocateur d’un cri d’oiseau au moindre pas [NDLR : c’est fascinant, ça couine et fais couic-couic à chacun de nos pas.] Cet ensemble crée par Tokugawa Ieyasu (1543-1616) symbolisait le pouvoir et les richesses du shogunat nouvellement établi à Edo (ancien nom de Tokyo). Le château est décoré dans presque toutes ces salles par des fesques de l’école de peinture de Kano, toutes en feuilles d’or.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nijō-jō

Visite charmante et intéressante, il va s’en dire.

Dernier stop, le jardin Zen du temple Daisen-In dans le Nord Ouest de la ville.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Daisen-in

Il est tout petit et vraiment mignon. Il est bien sec, c’est–à-dire tout en roche, cailloux et caillasse, parfaitement râtelé pour évoquer l’écoulement de l’eau. Toutefois, il y a de la verdure : des mousses, un gardenia, des petits cèdres mais le tout, gardé bien sous contrôle, un peu à la façon des bonsaïs. Nous nous asseyons sur le parvis du pavillon sis en plein centre du jardin âgé de 499 ans et laissons, sans un mot, nos esprits divaguer sur la signification de ces ondes dans le sable. Il est dit que nul ne peut réellement percer le réel symbolisme de ce jardin zen qui est, semble-t-il, le plus beau du Japon. Il est aussi dit que le destin de l’Homme, ses relations avec la nature et sa place dans l’Univers s’expriment dans ce chef d’œuvre de conception du jardin sec. Je suis bien, j’oublie le temps qui passe, je respire, je médite presque et je vis le moment présent, jusqu’à en oublier l’heure qu’il est. C’est pas des blagues, on va rater le train!

Finito le zen, il faut sauter dans un taxi, ramasser nos bagages et s’en retourner illico vers le béton et la foule de Tokyo. J’ai les yeux et le cœur plein de bonheur. Mon esprit, bien que très loin du parfait état zen est pourtant calme et sain. Quel voyage merveilleux; j’ai vraiment connu l’amour, le vrai!

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