Montréal dans les yeux de Julien Coquentin

Tôt un dimanche matin, journal de Montréal. Julien Coquentin
Tôt un dimanche matin, journal de Montréal. Julien Coquentin
Tôt un dimanche matin, journal de Montréal. Julien Coquentin

Aux petits matins et après ses nuits de veille aux urgences, Julien Coquentin a posé son regard sur la métropole québécoise. Ce Français et père de deux enfants, dont une petite franco-québecoise, raconte ses deux ans de vie montréalaise dans le livre "Tôt un dimanche matin".

Patwhite.com : Comment vois-tu Montréal ?

Julien Coquentin : Une ville emplie de poésie, dessinée par ses saisons.

P : Quel rapport as-tu eu avec cette ville ? Ses habitants ?

JC : Un rapport curieux. Il y avait le Montréal de tous les jours, son flux constant, les sourires et la décontraction des Québécois... ce je-ne-sais-quoi qui les façonne si différemment des Français, et qui leur donne tant de charme. Il y avait aussi le Montréal que je photographiais, la ville et ses atmosphères que je contemplais avec avidité. Et puis, il y avait enfin la face nocturne de la ville, aux Urgences de l’hôpital Notre-Dame où je travaillais, la nuit. J’y étais infirmier, là où tout n’est que contacts, rencontres avec les humeurs et les odeurs de ceux qui font la nuit, un monde particulier, l’envers d’un décor, un envers et un endroit que j’aimais tout autant.

P : Comment Montréal traite ses citadins ?

JC : Difficile à dire, j’imagine que cela dépend de ce que l’on attend d’une ville.

P : Comment as-tu vécu l'éloignement avec ton pays pendant ton séjour ici ?

JC : Sans aucune difficulté. Nous avons été très bien accueilli, nous avons travaillé dès notre arrivée, nous habitions le Mile-End que nous adorions, son ambiance toute de décontraction, ses ruelles étroites pleines de vie. La France ne nous manquait pas, chaque jour était un voyage avec son lot de découverte.

P : Tu as emprunté le titre de ton livre à Edward Hopper, quelle influence ce peintre a-t-il sur ton approche artistique de la ville, des citadins ?

JC : Aucune influence. Lorsque nous sommes arrivés à Montréal, en avril 2010, j’ai souhaité commencer un journal photographique. J’avais imaginé l’écriture de ce dernier, comme un exercice exclusivement dicté par le plaisir et le libre exercice, je ne m’interdisais rien, je souhaitais user tout autant du numérique que de l’argentique, de la couleur et du noir et blanc. Et puis très lentement, ce journal a façonné une structure poétique qui devint réellement sensible et solide. Certaines personnes découvrant mon travail sur les réseaux sociaux s’y sont attaché, et l’allusion aux peintures d’Edward Hopper est devenue récurrente. Voilà finalement pourquoi j’ai fini par m’y intéresser, cela relevait d’une curiosité sans doute égoïste puisqu’il s’agissait pour moi de vérifier si nous avions des affinités. Un journaliste de l'hebdomadaire francais Les inRocKuptibles, dans un article récent consacré à mon travail, qualifie Edward Hopper de peintre de la lumière et de la solitude, deux composantes indissociables de mes photos.

P : Où se rejoignent la peinture et la photographie ?

JC : Sans doute dans la lumière.

P : Qu'est-ce que t'inspire "Tôt un dimanche matin" ?

JC : Un matin d’hiver. Je me rhabille après avoir travaillé douze heures aux Urgences. Je sens sur moi, les odeurs de l’autre, sa sueur, peut-être bien son urine. Il fait froid, la ville est vide, les bus absents. Peut-être neige-t-il, doucement, je marche jusqu’au métro, dans le silence. "Tôt un dimanche matin" se sont de délicieuses sensations.

P : Tu as voyagé dans d'autres pays sur lesquels tu posé d'autres regards. Je ne vois rien sur la France, pourquoi ?

JC : Mon sens photographique s’est modifié avec les années, affiné si je puis dire, alors je dissimule sans doute un peu ce qui ne me ressemble plus beaucoup.

P : Après deux ans passés à Montréal, comment a évolué ton regard sur la métropole ?

JC : Il n’a pas véritablement évolué, peut-être que j'éprouve aujourd’hui une tendresse supplémentaire à l’adresse de la ville et ceux qui l’habitent.

P : Est-il plus inspirant d'être étranger ? Pourquoi selon toi regarde-t-on mieux une ville lorsque celle-ci nous est nouvelle ?

JC : Évidemment. Parce que tout est surprenant, tout est visible car exceptionnel. Et puis le voyage est une telle gourmandise... il faudrait être bien ennuyeux pour bouder ce plaisir si particulier, de se sentir vivre intensément. On m’a confié ces jours-ci les mots de Joël Vernet, qui qualifie à mon sens merveilleusement le voyage de la sorte :
"... et c'est lorsque nous ne sommes rien dans les rues d'un pays étranger, n'importe où sur la terre, lorsque nous allons sans projet, peu soucieux du but, indifférent au gain, simplement porté par ce désir de voir, que nous sommes les plus grands, les plus riches. C'est un état, croyez-moi, inracontable. Nul ne nous sait habité d'une telle ferveur et nous glissons sous la peau des jours, anonyme et muet, comparable à ces feuilles de l'automne qui se déposent le long des routes."

P : Quels sont tes projets ?

JC : De retour en France depuis janvier, j’ai pas mal de projets en gestation. J’aimerai photographier la terre de mon enfance, dans ce qu’elle a de plus intime, la raconter le plus fidèlement possible. Et puis pleins d’autres choses sur le feu, des projets un peu plus plastiques que ce que j’ai réalisé jusqu’à présent, un peu plus conceptuels. Bref, j’ai envie de me faire plaisir, tout aussi bien avec des commandes qu’avec des séries personnelles.

P : Un retour à Montréal ?

JC : Un jour c’est sûr, au moins pour que ma fille découvre le pays, la ville, où elle est née. Maintenant, je souhaiterai que mon livre puisse y être distribué, qu’il y est finalement comme un retour, là où tout a commencé.

"Tôt, un dimanche matin, journal de Montréal", de Julien Coquentin. Préface de Gilles Mora, aux éditions Lamaindonne.
Se procurer l'ouvrage ici : http://www.lamaindonne.fr/lamaindonne/tot.html

L'univers de Julien Coquentin est à découvrir sur son site Internet : www.juliencoquentin.com

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