« Le Mécanicien » à la salle Jean-Claude Germain : cible manquée

Le jeune auteur Guillaume Corbeil a lié ses aspirations artistiques à celles du jeune metteur en scène Francis Richard, le temps de créer « Le Mécanicien », présenté à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, du 11 au 29 septembre. Bien qu’elle ne dure qu’une heure, la pièce incite bien des spectateurs à regarder leur montre en espérant que les aiguilles avancent plus rapidement qu’à l’habitude.

Deux amoureux interprétés par Anne-Hélène Prévost et Pier-Luc Léveillé arrivent dans leur nouveau condo, après un détour chez le mécanicien, où ils ont vu l’homme abattre sauvagement un écureuil à coups d’outils sur le crâne. D’abord concentrées sur des banalités sans saveur, leurs conversations se tournent vers l’acte barbare dont ils viennent d’être les témoins. Pendant qu’elle s’abjecte et qu’elle refuse d’oublier, il propose de passer à autre chose, d’ouvrir une bouteille de vin, d’écouter de la musique sirupeuse et de se faire une petite soirée.

Selon le point de vue privilégié par le spectateur, il est possible d’analyser la première moitié de la pièce comme une grande métaphore du Québec d’aujourd’hui. Pendant qu’une frange de la population veut réagir et prendre parole, une autre la ralentit et la rabroue en se confortant dans l’ignorance et l’égocentrisme d’un quotidien où l’Autre a autant d’importance que certains idéaux de grandeur, c’est-à-dire bien peu. À l’opposé, il est tout aussi possible de voir ce qui se passe sous nos yeux comme du babillage entre une « Germaine » et un mou : du réchauffé lassant, agaçant et peu intéressant.

Vient alors un semblant de revirement de situation où la dynamique du couple se transforme en jeux de pouvoir sadomasochiste. Inattendu, un brin absurde (ce qui n’est clairement pas le but des créateurs) et peu crédible, le changement de registre pousse même certains spectateurs à quitter la salle. Quand un aspect de la mise en scène nous donne ensuite l’impression que le théâtre de création sans budget vient de subir l’influence de Blair Witch Project ou d’un célèbre « démembreur » montréalais, on rêve à notre tour de quitter la salle.

On accepte l’idée de réfléchir à la triste fascination de l’horreur de certains de nos concitoyens, mais pas n’importe comment.

La Salle Jean-Claude Germain est un endroit de création où les essais et erreurs sont de mises. Même si Corbeil et Richard semblent avoir raté leur cible, souhaitons que ces tentatives de travail symbolique leur soient profitables pour leurs futurs projets.

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