Trois jours au Festival international de la chanson de Granby J 1

Quand j'ai appris que je partais couvrir les trois derniers jours du festival de Granby, je me suis réjoui immédiatement, n'ayant jamais eu l'occasion de couvrir cet événement dont j'entends parler depuis si longtemps. La vie est parfois remplie de bonnes nouvelles, me voici arrivé en ville en ce jeudi soir très chaud. Accompagné du sémillant Marc-Olivier, qui aura la délicate tâche de s'occuper des journalistes pendant le séjour, j'arrive à la salle de spectacle du premier concert qui se trouve être un zoo ! Je m'en vais voir Daniel Boucher... dans le zoo de Granby. Pardon ? Oui, oui, dans le zoo.
Tandis que nous cherchions l'entrée en voiture, je divaguais en imaginant l'artiste dans la cage au lion, chaque morceau ponctué par les barrissements d'un Dumbo mélomane. Il n'en fut rien finalement, nous arrivâmes sous une sorte de chapiteau et Daniel Boucher est apparu peu après 20 heures. Collé à sa guitare demi-caisse, dans une jolie chemise carreautée et dans des jeans même pas « pattes d'eph », ce qui, avouons-le aurait été de circonstances, le chanteur avait le sourire collé sur la face.
Seul donc, il s'est lancé dans un concert intime face à une centaine de spectateurs assis autour de lampes chauffantes. Le décor est original, le public attentif, et Daniel Boucher en très grande forme. « Je veux qu'on empêche le gorille de dormir » lance-t-il à son public qui apprécie. Le gorille ne se manifestera pas de la soirée, il doit être fan du chanteur.
Le temps filant aussi vite que le puma que l'obscurité du zoo de Granby nous empêchera de voir, on file sous les chapiteaux, un autre lieu de la ville où se déroulent les concerts. J'écoute les premiers morceaux du groupe Canailles, un collectif de sept musiciens donnant dans une musique festive aux accents de country, de bluegrass, de rock et de plein d'autres courants que je n'ai pas le temps d'identifier car déjà c'est l'heure d'aller écouter le groupe français Melissmell.
Je traverse la rue principale et pénètre dans la United Church où des tables et des chaises ont été agencées pour le confort des spectateurs et de leur fragile séant. Premier constat : il fait une chaleur que les fauves du zoo de Granby auraient appréciée. Oui mais voilà, on est pas des lions. Suant à grosses gouttes sur la tablette numérique qui me sert à prendre des notes, je regarde Mélanie, la chanteuse du groupe, s'avancer sur la scène habillée chaudement, un joli chapeau solidement vissé sur le crâne. J'ai chaud pour elle.
Très vite on se laisse porter par la voix velours et légèrement éraillée de la charismatique chanteuse. Son organe résonne fort dans la maison de Dieu, le son est excellent, je me dis qu'on devrait toujours faire des concerts dans des églises. Le public semble sous le charme de ce groupe engagé, sur lequel plane avec bienveillance l'ombre de Brel, de Noir Désir et de Mano Solo.
Malgré un synthé qui a rendu Mélanie (à mon humble avis, il n'a pas apprécié le divin coup de chaud), Melissmell a livré la marchandise, s'est amusé avec le public et est même parvenue à lui faire interpréter une chorégraphie façon boysband pour le moins en décalage avec ses autres morceaux plus intimes.
Je quitte le « United Sauna » pour aller voir Lisa Leblanc la gagnante de Granby 2010. Retour aux chapiteaux où Canailles finit sa prestation sous un tonnerre d'applaudissements. Il ne faudra pas très longtemps à Lisa Leblanc pour mettre le feu au chapiteau. Elle est arrivée avec ses deux musiciens, tous coiffés d'un chapeau de cowboy pour interpréter J'Pas un cowboy. Boom ! Dès les premières notes on est dans son univers, comme happé par son énergie. Tantôt seule à la guitare, tantôt au banjo, aussi à l'aise dans une reprise d'Elvis Presley que dans ses propres chansons, la jeune femme qui connaît bien Granby pour y avoir passé 10 mois dans son école nationale de la chanson, s'est fait visiblement plaisir et c'était pas mal contagieux merci.
Intense ce «début de festival». Il est minuit passé, la température se fait plus douce et le gorille du zoo de Granby dort paisiblement, la main sur l'autographe que Daniel Boucher lui a sûrement fait.
Texte et photo: David Nathan (www.twitter.com/davidnathan // www.somanythingstodo.com // david@davidnathan.ca )





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