« Another Earth » : existons-nous déjà ailleurs dans le firmament?

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18 juillet 2011 - 09:25
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Dimanche après-midi, il y avait foule au Théâtre Hall de l'Université Concordia. La raison en est fort simple : c'était la grande première canadienne d'un film américain désigné sélection officielle au Festival du film de Sundance, Southwest et Boston 2011, intitulé Another Earth. Et le public avait la chance, hier, d'assister au visionnement du film trois semaines avant sa sortie en salles.

La vie semble sourire pour Rhonda (Brit Marling), cette gentille blonde aux cheveux d'ange, qui, verre à la main, célèbre son admission à l'Institut technologique du Massachusetts. Alors qu'elle revient en voiture d'une soirée un peu trop arrosée, Rhonda, le visage en contemplation, voit dans le ciel une planète étrangement familière qui ne semble pas du tout à sa place dans le firmament. Ses yeux auraient pourtant dû observer plus attentivement le Code de la route, car cette vision d'une autre planète Terre changera son destin à tout jamais: sa voiture heurte de plein fouet celle du célèbre compositeur John Burroughs (William Mapother) et sa famille. L'homme sombre dans le coma, alors que sa femme et son jeune garçon succombent de leurs graves blessures. Rhonda, pour sa part, purge une peine de quatre longues années dans la prison de son comté. À sa sortie, elle désire plus que tout retrouver John Burroughs pour lui demander son pardon. La jeune femme imagine donc un numéro farfelu afin d'obtenir ses bonnes grâces: elle se présente seule, chez lui, en prétextant qu'elle est engagée par une compagnie d'entretien à domicile et qu'elle est prête à lui offrir un essai gratuit. John, quelque peu bourru, accepte de bonne grâce. Au même moment, un contact est établi avec Terre 2, cette étrange planète qui semble en tous points identique à la nôtre. Grâce à un concours dont elle est l'heureuse gagnante, Rhonda voit soudain sa chance ultime d'effacer ses graves erreurs: si elle partait sur Terre 2, serait-elle en mesure de refaire sa vie et de laver ses péchés?

Ce magnifique drame méditatif illumine comme une perle dans son coquillage le paysage du cinéma indépendant d'aujourd'hui. D'une légèreté métaphysique ressemblant à s'y méprendre à Solaris, le grand classique de Tarkovski, la beauté d'un chef-d'oeuvre comme Another Earth est qu'il met de l'avant la profondeur de l'âme et la pensée humaine, en reléguant doucement mais sûrement la science et les nouvelles technologies à l'arrière-plan. Ce procédé peu courant dans l'univers des films de science-fiction permet une observation plus attentive, voire plus profonde du désarroi qui unit la solitude conjointe de John et Rhonda. De cette manière, le drame humain vécu communément par les deux protagonistes est ressenti de façon exponentielle, un peu comme celui qui nous avait brisé le coeur dans 21 grammes, du réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu. Saluons, par le fait même, les performances grandioses de Brit Marling (Rhonda) et de William Mapother (John), ainsi que Mike Cahill, qui a fait, avec Another Earth, ses premiers pas dans le monde de la fiction.

Another Earth est un film qui, par son caractère grandiose, nous force à rêver et à nous demander s'il n'existerait pas, quelque part dans le firmament, un double menant une existence parallèle à la nôtre. Et si Mike Cahill était un visionnaire?

Appréciation générale: ****

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