Soir de première chez Duceppe : Un «Minuit chrétien» loin d’être solennel

Vendredi soir dernier, la crème des acteurs du théâtre, de la télévision et du cinéma québécois se sont rendus au théâtre Duceppe pour applaudir leurs camarades et collègues formant la solide distribution de «Minuit chrétien», une pièce de Noël sarcastique et grinçante savoureusement adaptée et mise en scène par René-Richard Cyr.

Une veille de Noël, dans une petite ville, une famille se retrouve pour célébrer. Le père et la mère préparent les huitres, le foie gras, la dinde et la bûche, prévoyant beaucoup de champagne et de vin pour arroser la soirée. Puis, un par un, les invités envahissent la maison. La fille et son conjoint, le fils toujours célibataire et sa meilleure amie venue du grand Montréal, la tante et son mari médecin infidèle et la grande amie veuve et frivole. Au cœur de ce brouhaha des fêtes, une grand-mère confuse, égarée mais bien vivante que l’on commence déjà à dépouiller de ses bijoux et qui ignore qu’elle sera placée dans un foyer pour personnes âgées entre Noël et la nouvelle année. Évidemment, cette veille de Noël tournera au vinaigre avant même que ne sonne l’heure solennelle.

C’est par le personnage de Pascal, le fils, qu’une grande partie de l’action s’impose. Interprété par Vincent-Guillaume Otis (le naïf «Babine» porté avec magie au grand écran), Pascal personnifie la dualité même. Revendiquant l’ouverture d’esprit des membres de sa famille, il est le premier à ne rien vouloir entendre et être fermé aux discussions. Résolu à faire régner une certaine justice au nom de sa grand-mère chérie, il explose lorsqu’il est question de cachotteries et de mensonges. Il avouera donc, sous l’impulsion de la colère et à une famille fermée à double tour, un secret qui viendra détruire le peu de magie des fêtes encore présent dans la maisonnée.

Comme dans la plupart des comédies, les personnages sont caricaturaux à souhait, comiques et souvent vulgaires aussi bien dans leurs propos que dans leurs agissements ou leurs réactions. Bien définis, on retrouve les personnages de la fille travaillante (convaincante Émilie Bibeau) et de son conjoint insignifiant (Bobby Beshro), du fils venu de la ville et de la meilleure amie fille de star (énigmatique Anne-Elisabeth Bossé que l’on a pu voir au cinéma dans «Les amours imaginaires»), de la riche belle-sœur terriblement snob (crédible Monique Spaziani) et de son médecin de mari (Yves Amiot), de la coquine meilleure amie plutôt portée sur la chose (amusante Chantal Baril), du père séducteur (excellent, comme toujours, Gilles Renaud), de la mère rassembleuse (Michèle Deslauriers) et de la grand-mère confuse et désillusionnée (hilarante Adèle Reinhardt).

L’œuvre de Tilly, un auteur d’origine bretonne, est savamment adaptée et mise en scène par René-Richard Cyr. Les décors présentant les nombreuses pièces de la maison sur deux étages et bordées de plusieurs horloges mettant l’accent sur le temps qui passe, pesant lourdement sur chacun des membres de la famille, sont superbes. Les costumes s’accordent parfaitement avec la personnalité de chacun des personnages et l’espace, pourtant très dense à couvrir sur scène, est exploité à sa juste valeur, simplement.

Vendredi soir chez Duceppe de grands acteurs ont foulé les planches et ont comblé la salle, fort probablement soulagés de laisser de côté, le temps d’une soirée, les dialogues lourds et compliqués pour laisser place à la magie d’un Noël non-conventionnel mais amusant et divertissant jusqu’à la toute dernière seconde.

L’événement «Soir de première» du 17 décembre dernier, au profit de la Fondation des Auberges de cœur du Québec, visait à amasser des fonds au nom de la trentaine d’Auberges du cœur situées dans 11 régions du Québec. Les Auberges du cœur accueillent des jeunes en difficulté et sans abris.

Minuit chrétien est présenté au théâtre Duceppe du 15 décembre au 5 février

(Photo: François Brunelle)

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