Votre sélection de vin hebdomadaire, par Patrick Desy

On me demande parfois par où mon amour du vin a commencé. Je pourrais vous parler de cette bouteille de Mouton Rothschild 1987 ouverte par papa, un soir de mai pour souligner un important moment de vie mais… je vous mentirais un peu. Le vrai déclic pour moi a été le nez !

Aussi bien vous le dire : c’est là que le vin commence. Par ses arômes, par son intensité, sa précision, son invitation au plaisir. Et habituellement, lorsque le nez charme, la bouche suit et vient confirmer vos impressions initiales. L’inverse n’est pas impossible. Comme pour les fromages – l’époisses par exemple - on peut tomber sur certains vins dont les odeurs peuvent paraître rébarbatives. On peut penser au durian, ce fruit exotique d’Asie du Sud-est qu’on va jusqu’à interdire dans les transports en commun tant il pue (!), au pipi de chat, ou encore aux notes d’acidité volatile et de térébenthine. Sauf qu’une fois en bouche, on se rend compte que le vin n’est pas si mauvais, bien qu’on parle ici d’une minorité de vins. Règle générale, quand c’est beau au nez, c’est rarement mauvais en bouche !

J’en veux pour preuve, les quelques vins que j’ai retenus pour vous cette semaine. De belles bouteilles qui chantent dès le bouchon extirpé. Alors, suivez vos sens et laissez vous porter par les arômes et le plaisir qu’ils procurent !

Les bons achats de la semaine

Bricco Paolo Conterno Barbera d'Alba 2009
(16,60$ - code SAQ 11035874)
Le nez explose littéralement ! Un fruité juvénile, frais et direct. On est sur des tonalités de cerise noire, de cuir et de fleur séchée. Il faut dire que le producteur est reconnu pour ses barolos de haute voltige. La bouche montre une certaine rigueur, mais l’ensemble demeure assez riche, frais et la longueur tout à fait satisfaisante. On se fait plaisir avec le risotto aux champignons sauvages. **1/2

Domaine de la Janasse Vin de pays Principauté d'Orange 2006
(16,75$ - code SAQ 10258881)
Les vins du Rhône ont cette particularité d’offrir des nez fabuleusement parfumés. On est bien souvent sur les petits fruits noirs mais aussi sur la violette, le poivre noir, la garrigue et l’eucalyptus. On sent un côté légèrement rustique en bouche mais la matière est là. C’est juteux, croquant, et l’aspect gouleyant charme sans détour. Un producteur de premier plan à Châteauneuf du Pape qui offre beaucoup d’amour dans vos verres. **1/2

Domaine Les Grands Bois Cuvée Maximilien Côtes Rhône Village 2009
(21,50$ - code SAQ 11167375)
Un vin pas mal plus solide que le précédent. Le nez est puissant, voire serré. On a l’impression qu’il se présente tel un bloc. L’aération (je vous suggère de le passer en carafe une trentaine de minutes avant le service) lui fait grand bien : on perçoit la mûre, la framboise sauvage, la réglisse et de jolies notes poivrées. La bouche est charpentée par des tanins virils, on distingue une matière dense et un côté chaleureux qui se projette dans une finale de bonne persistance. Un vin qui devrait donner le meilleur de lui-même après un séjour de 3 ou 4 ans en cave. Bref, une belle occasion de mettre la main sur un vin de garde à prix d’ami. ***

Marsanne Tahbilk Nagambie Lakes Central Victoria 2009
(16,00$ - code SAQ 865436)
La marsanne a son habitat naturel dans le Nord du Rhône, notamment à Hermitage où on l’assemble avec la roussane pour donner parmi les plus grands vins blancs du monde. Sur papier, on pourrait croire que la chaleur australienne fera ressortir les défauts du vin en lui faisant gagner des degrés alcooliques et lui donner cette impression de lourdeur. Or, surprise! C’est tout le contraire. Dès qu’on y plonge le nez, on sent une belle énergie, ces notes très florales d’acacia et de lys avec, en arrière plan, un mélange de miel chaud et d’épices orientales. La bouche surprend par son côté droit et élancé. La matière est douce, fraîche sans jamais sembler onctueuse. On sent une petite amertume en finale et on se demande vraiment si on est en Australie. Qualité exceptionnelle pour le prix. Mon seul regret est de savoir que c’est présentement l’unique vin de cette maison disponible à la SAQ. Coup de cœur de la semaine ! ***

L’aubaine

Château la Mothe du Barry Bordeaux supérieur 2009
(13,45$ - code SAQ 10865307)
Je vous disais lors d’une précédente chronique que 2009 à Bordeaux avait déjà été sacré millésime mythique tels les 1945, 1961 et 1982. Or, pas besoin de casser la tirelire pour goûter du bon. La preuve, cet excellent bordeaux supérieur remarquablement vinifié. Le style est généreux avec une dimension peu commune dans ce genre de vin. Un nez offrant des senteurs de cassis, de fraise fraîche et une touche de tabac blond. La bouche est souple, friande, avec un volume de bon niveau. Du bonheur à revendre ! **1/2

Genoli Rioja 2009
(12,60$ - code SAQ 883033)
Je partage avec vous cette recommandation faite par mes amis du forum www.fouduvin.ca pour cet excellent petit blanc espagnol élaboré à partir du cépage viura. Ici encore, les odeurs chatouillent agréablement les narines et titillent le bulbe olfactif : on est sur la fleur de pommier, le citron frais et le melon. La bouche est bien construite, juste assez vive pour soutenir un ensemble passablement gras tout en restant bien sec. Une très belle réussite. **1/2

Le grand vin

Chardonnay Löwengang Lageder Alto Adige 2006
(44,00$ - code SAQ 10264608)
Ceux qui croient que les blancs ne peuvent aspirer au titre de grand vin auront tôt fait de ravaler leurs paroles. À nouveau, c’est le nez qui déclenche les sensations. On y resterait des heures. C’est distingué, puissant sans jamais être imposant. Profitant du climat frais du Nord-est italien, il affiche des notes fines d’agrume, de silex, de tilleul et de menthe. La bouche suit avec maestria. On sent une impression riche, presque grasse mais l’acidité rattrape habilement le tout pour lui donner de la vigueur – ce qui pénalise bon nombre de chardonnay italiens qui tombe dans la lourdeur et, ultimement, perde en finesse. Un vin d’esthète et de plaisir donnant place à une longue finale un peu sur des notes amères et salines (c’est souvent perçu comme une qualité puisque l’accord avec la nourriture se fera plus facilement). Lorsqu’on pense aux prix élevés des vins de Meursault, ou encore aux blancs qui ceinturent la commune mythique de Montrachet en Bourgogne, on ne peut que s’agenouiller devant la beauté de cette bouteille. ****

Cabernet-Sauvignon Woodward Canyon Artist Series Columbia 2007
(49,75$ - code SAQ 10708272)
Assurément l’un des vins m’ayant le plus impressionné lors de mon séjour dans l’État du Washington*, l’été dernier. Un bouquet profond, intense et éminemment charmeur indique que l’on est en présence d’un vin sérieux : fruits noirs, balsamique, charbon, liqueur de cassis et havane. La bouche est une parfaite synthèse entre la richesse énergique des cabernets californiens et l’élégante droiture des meilleurs vins du Médoc. Accessible dès maintenant, on pourra l’oublier sans crainte pour une dizaine d’années sauf que… c’est tellement bon qu’il sera difficile de tenir aussi longtemps ! Au moment d’écrire ces lignes, il ne restait que quelques dizaines de bouteilles aux deux SAQ Signature. Dépêchez-vous ! ****

À faire ce week-end

À ne pas manquer ce dimanche et lundi à Montréal, puis mercredi 17 novembre à Québec, le Salon des vins d’importation privée. C’est l’occasion rêvée de découvrir les perles de petits producteurs qui font souvent grand et que l’on ne retrouve pas à la SAQ. Quelques vignerons/vigneronnes sur place et des représentants passionnés qui détonnent par rapport au circuit parfois trop commercial du vin. Bref, la chance de pleinement sentir l’authenticité qui fait l’essence du vin. On se renseigne au www.raspipav.com (Photo).

* Pour en savoir plus, je vous invite à lire mon reportage paru dans la revue Cellier de la SAQ ou à cliquer ici: http://publications.saq.com/doc/MagazineCellier/cellier_hiv_2010_fr/2010...

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