FANTASIA : L'intégrale de Metropolis prend vie

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29 juin 2010 - 15:35
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Mercredi soir à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, l’euphorie générale était palpable alors qu’était présentée la version intégrale du classique de 1927 «Metropolis» de Fritz Lang.

Rarement la découverte d’une copie perdue d’un classique aura généré autant de curiosité que ces 1 257 plans retrouvés en 2008 en Argentine. Après une incroyable restauration longue d’un an qui a permis de retracer le montage final de Fritz Lang, amputé selon la volonté mercantile des studios, Fantasia à clôt le Festival en dévoilant au public ce chef-d'œuvre de l’expressionnisme allemand avec 25 minutes d’images inédite.

Pour la première projection du montage original à l’est du Canada, le compositeur de renommée internationale Gabriel Thibaudeau avec sous sa direction un orchestre de 13 musiciens, a créé une trame sonore enlevante qui a fait de cette projection un véritable voyage dans le temps.

«Ce film se prête bien à l'expérimentation par la modernité de son propos et de son traitement cinématographique. Un pur bonheur à mettre en sons! A déclaré Gabriel Thibodeau. Afin d’exprimer musicalement la lutte des classes et la dialectique qui sont les fondements de «Metropolis», le compositeur et chef d’orchestre a mis en place deux orchestres de chambre placés stratégiquement à l’opposé l’un de l’autre. «À gauche, l’esprit élitiste de la ville est représenté par un quintette à corde et un clavecin. À droite, un quintette à cuivre et un orgue symbolisent la puissance de travail des ouvriers de la ville souterraine. La percussion au centre fait quant à elle le lien entre ces deux mondes », a ajouté Gabriel Thibodeau qui a reçu une ovation monstre de la part du public à la fin de la représentation.

Depuis sa première projection berlinoise, ce chef-d'œuvre de la science-fiction ne cesse de fasciner et de stimuler les plus grands cinéastes visionnaires. La vision dystopique de Lang a su inspirer de nombreuses villes que l’on voit aujourd’hui sur nos écrans sans y porter attention. D’innombrables références au classique se retrouvent dans les œuvres les plus actuelles telles «Blade Runner», «The Fifth Element», «Superman», «Pink Foyd The Wall», «Back to the Futur», «Star Wars», mais aussi dans des jeux vidéos, des dessins animés et des vidéos clips d’artistes les plus en vogue. L’ampleur de la vision de Fritz Lang (les décors anguleux et démesurés, les jeux de clairs obscurs dramatiques, la scénographie gargantuesque, la distribution de plus de 36 000 figurants et comédiens), fait de «Metropolis» un incontournable inimitable qui mérite d’être redécouvert à chaque nouvelle génération de cinéphile.

Bien au-delà des frontières du 7e art, «Metropolis» a été un véritable pivot dans la culture moderne, permettant une expansion technique à la musique, à l’architecture et à la technologie. La conception acérée de Lang face à l’industrialisation et à la machinisation de l’homme a permis de codifier le discours politique de façon audacieuse tel qu’on peut le retrouver désormais dans de grands films de cinéma de genre.

Ainsi, par son traitement de l’injustice et des classes sociales, «Metropolis» est toujours d’une féroce actualité. Il met en scène un monde rempli d’oppositions telles la richesse et la pauvreté, le travail et le plaisir, la domination et la soumission, le conflit père-fils… Lang affectionne aussi la dualité chez ses personnages en les faisant osciller sur la corde raide entre la folie et la pureté. Tous sont à la fois bons et méchants, humains dans leurs faiblesses par rapport à la rigidité de la mégapole, véritable tout de Babel qui peut s’effondrer à tout moment.

Contrairement à Eisenstein qui donne foi en son peuple qui ressort victorieux de la révolution contre le gouvernement dans le «Cuirassé Potemkine», Lang permet enfin une conciliation entre dirigeants et ouvriers. Il jette ainsi les ponts de la raison entre les deux fondements de la société puisque selon lui, aucun ne peut fonctionner sans l'aide de l’autre. «The mediator between the head and the hand must be the heart».

Fantasia aura donc terminé l’édition 2010 de façon magistrale en célébrant la puissance du cinéma. 83 ans plus tard, on a encore beaucoup à apprendre de ce délice visuel satyre de la mégalomanie humaine et ce, à tous les points de vue.

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