Piché: entre ciel et terre prend son envol dans les salles de cinéma

Après avoir passé tant d’années dans un manège de montagnes russes, l’équipe derrière Piché : entre ciel et terre peut maintenant se reposer pendant que le film impose un manège tout aussi intense à ses spectateurs. D’abord, sans Robert Piché, dont la réputation a souvent passé de héros à zéro depuis son jeune âge, ce long-métrage n’aurait tout simplement jamais vu le jour. Puis, son réalisateur s’est vu changé, passant d’un Érik Canuel trop incertain face à un budget soudainement si mince à un Sylvain Archambault désireux de prendre la situation en main. Bref, presque neuf ans après l’exploit médiatisé de Robert Piché, l’homme est aujourd’hui honoré au grand écran comme il aurait dû l’être depuis bien longtemps.
Évidemment, l’événement clé de Piché : entre ciel et terre s’incarne dans la trentaine de minutes destinées à ce fameux Airbus A330 qui, le 24 août 2001, est tombé en panne sèche à la suite d’une fuite de carburant massive. Faisant preuve d’un courage hors du commun, Robert Piché et son équipage ont réussi à manœuvrer l’appareil pour atterrir d’urgence sur l’île de Terceira, aux Açores. Deux autres sphères de la vie du commandant viennent compléter l’histoire cinématographique : Robert Piché, dans sa jeunesse assez délinquante, qui aboutit brutalement en prison et Robert Piché après son exploit, détruit par des médias sans pudeur. Cet événement le mènera, quelques mois après l’incident, dans un centre de désintoxication pour combattre son alcoolisme.
L’histoire de Robert Piché possède tous les atouts pour livrer un film pris dans les nombreux pièges du sentimentalisme extrême. On remercie alors grandement le scénariste Ian Lauzon et le réalisateur Sylvain Archambault de nous avoir épargné les violons pour une grande majorité du film. Le seul moment où ils n’ont pu être évités se trouve dans l’avion, lorsque les passagers ont sérieusement peur pour leur vie. Des plans, loin d’être nécessaires, de personnes complètement paniquées viennent alors tacher le beau réalisme qui s’était jusque là imprégné dans la quasi totalité des séquences du film. Outre ces quelques failles, ce moment passé dans l’avion fait preuve d’une tension et d’une efficacité remarquable. Tout le monde le sait que l’avion ne va pas s’écraser. Pourtant, chacun dans notre siège de cinéma, on a peur et pour vrai! Sinon, l’esthétique cinématographique de Sylvain Archambault se fait valoir particulièrement lors des scènes tournées dans le centre de désintoxication. Des gros plans bien choisis et des couleurs ternes mais frappantes affichent un beau talent de la part du réalisateur.
Côté prestation, les deux acteurs principaux, campant le rôle de Robert Piché mais à une époque différente, offrent une solide performance. Michel Côté est excellent, ce n’est pas nouveau. À quelques moments, même une ressemblance physique s’affiche entre lui et le vrai Robert Piché. Pour sa part, Maxime Le Flaguais surprend par son jeu d’une sincérité rare et intense. Le fils de Michel Côté et de Véronique Le Flaguais ne décroche pas des rôles seulement grâce à ses parents, sa performance le prouve dans Piché : entre ciel et terre. Normand D’Amour mérite également une mention particulière pour son interprétation puissante en thérapeute. Les scènes partagées entre lui et Michel Côté peuvent nous rendre fiers d’avoir de si bons acteurs au Québec. Malheureusement, ce n’est pas toute la distribution qui demeure digne de telles appréciations. Sophie Prégent fait de son mieux, on le sent, mais on ne comprend toujours pas pourquoi certains réalisateurs s’entêtent à donner des accents français aux acteurs québécois. Ça sonne faux et l’on n’y croit absolument pas. Luc Dionne avait fait la même erreur avec son tout dernier film, L’enfant prodige. Par ailleurs, les enfants de Robert Piché, entre autres interprétés par Sarah-Jeanne Labrosse et Jules St-Jean, ne sont pas crédibles. Dommage.
Pour terminer, Piché : entre ciel et terre n’est pas parfait, loin de là. Pourtant, une fois le film visionné, un beau sentiment de sérénité s’empare de nous. Robert Piché inspire par son courage et sa volonté. Mis à part quelques déraillements, la réalisation de Sylvain Archambault vaut le déplacement car tout compte fait, elle est très belle.
Bon cinéma,
*** 1/2
Maude McConnell-Legault
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