Marc Hervieux à l'Opéra de Montréal dans La Chauve-Souris‏ de Johann Strauss fils

Début de l'événement: 

26 janvier 2013 - 00:00
Catégories:

L’Opéra de Montréal poursuit sa 33e saison de manière pétillante en présentant ce bijou de l’opérette viennoise, La chauve-souris (Die Fledermaus) de Johann Strauss fils. Quelle meilleure façon de lutter contre les froids de l’hiver ! Mélodies envoûtantes, rythmes entraînants, humour contagieux… ce concentré de charme et d’humour viennois est le plus grand succès de celui qu’on surnomme encore « le Roi de la valse » ! Une production de l’Opéra de Montréal d’après une production originale d’Opera Australia, présentée les 26, 29, 31 janvier et 2 février prochains à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

Pour honorer le roi de la valse, rien de moins que le prince de nos ténors : le Montréalais Marc Hervieux, dans le rôle de Gabriel, qui conjuguera voix et humour. Autour de lui, une distribution composée de la crème des jeunes chanteurs québécois, dont plusieurs remarqués lors de leur passage à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal : les sopranos Caroline Bleau (Rosaline) et Marianne Lambert (Adèle), le baryton Dominique Côté (Falke), le baryton-basse Alexandre Sylvestre (Frank), le ténor Thomas Macleay (Alfred) et la mezzo Emma Parkinson (le Prince Orlofsky). Dans le rôle parlé du gardien de prison Frosch, le populaire comédien Martin Drainville fera ses débuts à la compagnie. Les rôles de Blind et de Ida seront respectivement chantés par le ténor Aaron Ferguson et le baryton Jonathan Bédard. Enfin, une invitée surprise fera son apparition, incarnée par la soprano Chantale Nurse.

Le metteur en scène Oriol Tomas, très applaudi pour son Trovatore la saison dernière, a transporté l’action dans le Montréal des années 30. L’Orchestre symphonique de Montréal et le Chœur de l’Opéra de Montréal valseront sous la baguette du maestro Canadien Timothy Vernon. Les décors de Richard Roberts et les costumes de Angus Strathie seront éclairés par Anne-Catherine Simard-Deraspe.

Chaque représentation est précédée d’un préOpéra par le musicologue Pierre Vachon au Piano Nobile de la salle Wilfrid-Pelletier à 18 h 30 (en français avec résumé en anglais. Gratuit pour les abonnés, 5 $ pour les non-abonnés).

L’histoire

Condamné à passer quelques jours en prison, Gabriel décide d’aller faire d’abord un tour au bal masqué du Prince Orlofsky. Sa femme Rosaline s’y retrouve aussi, de même que sa servante Adèle, ainsi que le directeur de la prison Frank… Coïncidence? Non : c’est un plan organisé par Falke pour se venger de Gabriel qui l’a ridiculisé autrefois. Au cours de ce bal échevelé, personne n’est tout à fait lui-même : Gabriel est ridiculisé par une jeune actrice, qui n’est autre qu’Adèle… il entame une conversation avec un noble chevalier, sous le masque duquel se cache son geôlier Frank… et il séduit une mystérieuse comtesse hongroise qui est en fait sa femme Rosaline! Tout le monde flirte, tout le monde ment, tout le monde danse… et tout le monde se retrouve en prison. Mais personne n’est vraiment puni, puisqu’il n’y a qu’un seul coupable : le champagne!

La valse de père en fils

Johann Strauss père était déjà un compositeur fêté, auteur de valses et de polkas, mais surtout de l’insubmersible Marche de Radetzky, au programme de tous les concerts populaires encore de nos jours, qui a le don de faire taper des mains la foule. Trois de ses fils seront compositeurs : Eduard, Josef mais surtout Johann II, sans conteste le plus doué. Johann II connaîtra une gloire mondiale, avec une série de titres qu’une bonne partie de la planète peut fredonner instantanément, à commencer par Le beau Danube bleu [An der schönen, blauen Donau]. Mais on connaît aussi par cœur Les légendes de la forêt viennoise [Geschichten aus dem Wienerwald], Aimer, boire chanter [Wein, Weib und Gesang] ou La valse de l’empereur [Kaiser-Walzer]… Autant de pièces destinées à faire danser les foules, mais que leurs qualités musicales a amenées à être jouées aujourd’hui surtout au concert. Les plus grands compositeurs ont salué le talent de Strauss II, à commencer par Verdi qui honorait en lui « un de ses collègues les plus doués ».

À la même époque (deuxième moitié du 19e siècle), l’opérette connaît une vogue remarquable. Jacques Offenbach règne sur toute l’Europe avec ses œuvres joyeuses, qui essaiment de Paris vers toutes les grandes capitales, dont Vienne. Déjà quadragénaire et auteur de plus de 300 morceaux de danse, Johann Strauss II se laisse convaincre de tenter sa chance à l’opérette pour concurrencer Offenbach. Ironiquement, son plus grand succès dans le genre est basé sur une pièce de Meilhac et Halévy, les librettistes habituels de l’auteur de La belle Hélène. La chauve-souris – composée en six semaines, selon la légende – connaît des débuts hésitants à Vienne en 1874. Mais elle s’envole bientôt à la conquête de Berlin, Londres et Hambourg, où Gustav Mahler la dirigera en 1894. Plus tard, ce sera un autre Strauss au pupitre, Richard, l’auteur de Salomé, qui affirmait avoir plus de plaisir à diriger La chauve-souris que bien des symphonies à quatre mouvements… et avouant s’être inspiré du « génie souriant de Vienne » pour son Chevalier à la rose : « Johann Strauss est, de tous les musiciens bénis par les dieux, celui qui donne le plus de joie ».

Charme, chansons et champagne…

Au cœur de l’œuvre, la valse, ces trois temps inlassablement scandés qui traversent tout le 19e siècle et une partie du 20e. Les valses de La chauve-souris sont célèbres, mais l’œuvre regorge d’autres rythmes dansants – polkas, galops, marches – auxquels même les pieds d’aujourd’hui ont bien du mal à résister. Les plus belles mélodies de l’œuvre sont concentrées dans la magistrale Ouverture, souvent jouée en concert. Parmi les perles de la partition, on remarque l’air que chante Adèle à son patron pour se moquer de lui ; surnommée en anglais « The Laughing Song », il fait les délices des sopranos coloratures, avec ses éclats de rire en forme de vocalise ; les sopranos plus lyriques se lancent plutôt dans la magnifique csárdás que chante Rosaline pour prouver qu’elle est bien une comtesse hongroise… La mélodie du finale de l’acte II, qui chante la fraternité et l’amitié, s’imprime instantanément dans les mémoires.

La musique de Strauss II exerce un charme tel que bien des grandes cantatrices se laissèrent tenter par elle. Des Norma, des Tosca, des Traviata, endossèrent sans rougir les robes d’Adèle ou de sa patronne, tandis que maint grand chanteur wagnérien mit volontiers de côté son armure pour aller s’amuser au bal du Prince Orlofsky… Jamais, malgré tout son talent, Johann Strauss II n’aura autant de succès au théâtre, que ce soit avec Le baron tzigane [Der Zigeunerbaron] ou Une nuit à Venise [Eine Nacht in Venedig]. La chauve-souris est l’opérette la plus représentée de tout le répertoire, devançant même La veuve joyeuse de Franz Lehar et tous les grands succès d’Offenbach. Et c’est La chauve-souris, triomphe absolu du genre, qui fait de Strauss II le deuxième compositeur autrichien le plus populaire après Mozart !

La chauve-souris (Die Fledermaus)

Opérette en 3 actes de Johann Strauss fils (1825-1899)

Livret de Carl Haffner et Richard Genée, d’après Le réveillon de Henri Meilhac et Ludovic Halévy

Créée au Theater an der Wien (Vienne), le 5 avril 1874

Chantée et dialoguée principalement en français, avec surtitres français et anglais

Production : Opéra de Montréal (production originale Opera Australia)

Dernière production à l’Opéra de Montréal : mai 1993

--

Source: Alain Labonté communications
Crédit photo: Julien Faugère

Partager

Facebook icon
Twitter icon
Google icon

Ajouter un commentaire