L'Opéra de Montréal entame sa rentrée 2006

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C’est avec du chant et des émotions que l’Opéra de Montréal donne le coup d’envoi de sa 27e saison : Il tabarro (première à la compagnie) et Suor Angelica, deux des trois opéras en un acte du Triptyque de Giacomo Puccini. Le premier est campé sur les bords de la Seine, dans le Paris du début du XXe siècle, et le second dans l’atmosphère de la vie monacale italienne du XVIIe siècle, deux univers bien distincts qui témoignent du sens dramatique du compositeur et de son appartenance à la grande école italienne, de par le lyrisme de sa partition.

Dans les rôles principaux de cette production, deux étoiles québécoises : le ténor Marc Hervieux, dans le rôle de l’amant Luigi (Il tabarro) et la soprano Marie-Josée Lord en S¦ur Angelica. Le baryton américain Grant Youngblood incarne Michele, le propriétaire de la péniche, et le rôle de sa femme Giorgetta est interprété par la soprano norvégienne Turid Karlsen qui fait ses débuts à la compagnie (Il tabarro). La mezzo américaine Robynne Redmon est Frugola (Il tabarro) et la Princesse, tante de S¦ur Angelica (Suor Angelica). Jean-Marie Zeitouni dirige l’Orchestre symphonique de Montréal et le Ch¦ur de l’OdM. La mise en scène a été confiée au Canadien Alain Gauthier, les éclairages à Anne-Catherine Simard-Deraspe, la conception des décors et des costumes à Tereza Przybylski du Canadian Opera Company (Il tabarro) et à l’Opéra de Montréal (Suor Angelica).

Il tabarro
« Si l’amour nous fait vivre, il nous fait mourir aussi… »

Évoquant le Paris des faubourgs parisiens d’Émile Zola, ce drame social se déroule du crépuscule à la nuit noire, sur une péniche ancrée au bord de la Seine. La vie de Giorgetta et de Michele coule comme un fleuve tranquille. Les débardeurs travaillent, l’atmosphère est glauque. Giorgetta verse à boire aux mariniers qui se mettent à danser. Pensant tromper un moment la surveillance de son mari, Giorgetta convient avec Luigi, son amant, d’un rendez-vous plus tard dans la nuit. Mais Michele, resté seul sur la péniche, surprend Luigi, venu rejoindre Giorgetta. La querelle éclate entre les deux hommes. Jaloux, Michele étrangle Luigi et dissimule sous sa houppelande le cadavre de l’amant assassiné. Giorgetta parait aussitôt, inquiète. Devant elle, horrifiée, Michele laisse tomber le corps inanimé de Luigi. Le manteau d’abord protecteur, symbole de l’appartenance au lien familial, finit par dissimuler le meurtre odieux qui vient tout juste d’être commis.

Suor Angelica
La mort plus belle que la vie ?

L’action se déroule à la fin du XVIIe siècle, dans un couvent, près de Florence. S¦ur Angelica y est entrée sept ans auparavant, après qu’elle ait donné naissance à un enfant hors mariage. Ses seules joies, elle les trouve au jardin. Elle reçoit un jour la visite de sa tante, une princesse, venue régler l’héritage familial, car la jeune s¦ur d’Angelica se marie. Elle demande à Angelica de signer une renonciation, ne manquant pas de lui rappeler sa faute passée, le déshonneur qui a rejailli sur la famille et son devoir d’expiation. Angelica lui réplique qu’elle a tout sacrifié à la Vierge, mais qu’elle ne peut oublier son enfant. La Princesse lui annonce alors que son fils est mort depuis deux ans. Atterrée, elle s’effondre, sous le regard impassible de sa tante. Restée seule, Angelica, implorant le pardon de la Vierge, se donne la mort avec un poison qu’elle a concocté à partir de plantes toxiques.

Puccini, peintre de l’âme humaine

Puccini est le dernier représentant d’une certaine tradition de grands compositeurs italiens. Ses ¦uvres ont été présentées sur les plus grandes scènes d’opéra et témoignent d’un instinct théâtral, d’inventions mélodiques somptueuses et d’innovations musicales. Son goût prononcé pour la mélancolie s’exprime au travers d’une harmonie chatoyante. C’est aussi un émouvant peintre de l’âme humaine.

En 1918, Puccini finit la création du Triptyque : Il tabarro, Suor Angelica et Gianni Schicchi, trois opéras en un acte, au style propre et aux sujets différents, mais écrits pour être chantés dans une même soirée. Complètement indépendant, ces trois opéras ne constituent pas une suite narrative et n’ont en commun que le thème de la mort. Les théâtres ont depuis pris l’habitude de proposer l'un ou l’autre des trois opéras.

Avec Il tabarro, d’après la pièce de Didier Gold qui fût l’un des grands succès parisiens du début du vingtième siècle, Puccini signe son ¦uvre la plus authentiquement vériste, dans laquelle les sentiments s’expriment dans toute leur violence, ancrant son opéra dans l’univers difficile du quotidien des débardeurs. Témoignant de l’extrême difficulté physique de leur travail et de la dureté du contexte social, il livre ici, de façon crue, une sordide histoire de jalousie et de meurtre, tout en montrant des personnages attachants. Le climat naturaliste étant de plus souligné musicalement par l’utilisation d’objets sonores symboliques et banals destinés à renforcer l’atmosphère (sirène de la péniche, cris et expressions répétés…).

Avec Suor Angelica, mélodrame sentimental, Puccini décrit un monde de femmes qu’il connaissait bien puisque sa s¦ur Iginia vivait dans un couvent. La distribution de Suor Angelica est d’ailleurs entièrement féminine. C’est la seule ¦uvre de Puccini conçue uniquement pour des voix de femmes et pour la première fois, un personnage féminin incarne la malveillance : la Princesse, un personnage de glace que rien ne peut ébranler et dont la force dévastatrice réside dans la cruauté mentale, blesse mortellement l’âme sensible de S¦ur Angelica.

La création du Triptyque a lieu au Metropolitan Opera le 14 décembre 1918, sous la direction de Roberto Moranzoni, sans la présence de Puccini qui n'avait pas voulu risquer la traversée un mois à peine après la fin des hostilités de la première grande guerre; et en Europe le 11 janvier 1919 au Teatro Costanzi de Rome, sous la direction de Gino Marinuzzi. Au Canada, les trois opéras ont été parfois présentés séparément, notamment à la télévision de Radio-Canada. La première montréalaise du Triptyque a eu lieu le 29 novembre 1971.

Distribution

II tabarro

Michele Grant Youngblood, baryton américain, est une des étoiles lyriques montantes. Ses rôles : Sharpless (Madame Butterfly) au San Francisco Opera; le rôle-titre de Don Giovanni, Scarpia (Tosca), Germont (La traviata), Marcello (La bohème) et Escamillo (Carmen) au New York City Opera; Dapertutto (Les contes d’Hoffmann) au Washington Opera; Figaro (Le barbier de Séville) au Dayton Opera; le rôle-titre de Rigoletto au Virginia Opera; Valentin (Faust) au Portland Opera; Silvio (Pagliacci) au Florida Grand Opera; les quatre vilains (Les contes d’Hoffmann) au Central City Opera. Il a enregistré l’opéra The Song of Majnun de Bright Sheng (Delos, 1997). À l’Opéra de Montréal, il participe au 8e Gala (2003) et est de la distribution d’Aïda (Amonasro, roi d’Éthiopie) qui clôt la saison 2005-06.

Giorgetta Turid Karlsen, soprano norvégienne, appartient à la troupe de l’Opéra de Karlsruhe de 1985 à 1992 où elle chante Pamina (La flûte enchantée), la Comtesse (Les noces de Figaro) et Donna Elvira (Don Giovanni). Par la suite, elle est engagée à l’Opéra de Bonn en 1992 et ajoute à son répertoire des rôles comme Violetta (La traviata), Mimì (La bohème), Micaëla (Carmen), Antonia (Les contes d’Hoffmann), le rôle-titre (Jenufa) et Elettra (Idoménée). Elle fait ses débuts américains en 1998 en Donna Anna (Don Giovanni) au Baltimore Opera. Tout aussi présente au concert, elle a chanté avec l’Orchestre symphonique de Montréal et l’Orchestre symphonique de Québec. Récemment, en 2005, elle incarnait Helmwige (Die Walküre) au De Nederlandse Opera. Elle fait ses débuts à l’Opéra de Montréal.

Luigi Marc Hervieux, ténor canadien (Québec) connaît une ascension fulgurante, depuis que l’illustre Valery Gergiev l’a choisi pour sa production de La traviata à Saint-Pétersbourg. Il reprend Alfredo sous Zubin Mehta et le New Israeli Philharmonic et, plus récemment, fait ses débuts comme des Grieux (Manon) à l’Opéra de Québec, Pinkerton (Madame Butterfly) au Edmonton Opera, Edgardo (Lucia di Lammermoor) au Pacific Opera Victoria, et Roméo (Roméo et Juliette) au Calgary Opera. Récemment, il est Alfredo (La traviata) à Opera Ontario et avec le Israel Philharmonic, et Rodolfo (La bohème) au Edmonton Opera. À l’Opéra de Montréal, il chante Rodolfo (La bohème), Chevalier de la Force (Dialogues des Carmélites), le Duc (Rigoletto) et Alfredo (La traviata), entre autres. C’est en Des Grieux (Manon) à l’Opéra de Malaga en Espagne qu’il fait ses débuts européens. On le retrouve également dans le rôle-titre (Les contes d’Hoffmann) à l’Opéra de Québec et Cavaradossi (Tosca) au Pacific Opera Victoria. Dernière présence à l’OdM : Le Gala, 10e édition (2005).

Frugola Robynne Redmon, mezzo-soprano américaine [voir sa biographie ci-dessous]

Suor Angelica

S¦ur Angelica Marie-Josée Lord, soprano canadienne (Québec), connaît un succès énorme depuis quelques années. Stagiaire de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal de 1999 à 2002, gagnante au Concours international de chant de Verviers en 2001, et lauréate du Prix Raoul-Jobin remis par la Fondation de l’Opéra de Québec en 1998, elle fait ses débuts comme Prêtresse (Aïda) au Vancouver Opera en 2002. À l’Opéra de Montréal, elle est Vénus (Le couronnement de Poppée), Mimì (La bohème), Annina (La traviata), Liù (Turandot) et Laoula (L’Étoile). En novembre 2004, la critique encense son incarnation de Marie-Jeanne dans la version symphonique de Starmania. Dernière présence à l’OdM : Le Gala, 10e édition (2005).

La Princesse Robynne Redmon, mezzo-soprano américaine, a une voix parfaite pour le répertoire italien. Sa voix d’une beauté plastique admirable, sa musicalité sans faille et sa présence scénique convaincante ont été fortement acclamées partout dans le monde, du Metropolitan Opera, du Lyric Opera of Chicago, du Dallas Opera et du San Francisco Opera au Teatro alla Scala et au Bayerische Staatsoper. À son répertoire, des emplois tels Adalgisa (Norma), la Haine (Armide), Carmen, Inez (La favorite) et Lucrèce (Le viol de Lucrèce). En 2003, elle créait le rôle-titre dans Madame Mao de Bright Sheng au Santa Fe Opera. Au cours de la saison 2005-06, elle chante Waltraute (Die Walküre) au Lyric Opera of Chicago et Jane Seymour (Anne Boleyn) au Teatro Regio de Turin. Au concert, elle se produit dans la IIe Symphonie, «Résurrection», de Malher avec l’Orchestre symphonique de Montréal (2004). Dernière présence à l’OdM : Le Gala, 2e édition (1997).

Direction musicale et chorale
Jean-Marie Zeitouni (Canada, Québec) a été chef assistant et chef de ch¦ur à l’Opéra de Montréal, de même que directeur musical de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal jusqu’en 2006. En 2004, il est nommé chef associé des Violons du Roy après seulement trois saisons comme chef en résidence. Au printemps 2005, il fait ses débuts américains à la tête du Oregon Symphony Orchestra. Au cours de la saison 2005-2006, il dirige L'Étoile à la compagnie et au Cincinatti Opera, et The Turn of the Screw, une production de l’Atelier lyrique, et dirige à nouveau l’Orchestre symphonique de Montréal. À l’été 2006, il dirige le Requiem de Fauré au Festival de Lanaudière et La flûte enchantée au Banff Center Festival. Jean-Marie Zeitouni a également été directeur musical de plusieurs ensembles : Ch¦ur Contrapunctus, Théâtre d'art lyrique de la Montérégie et Ch¦ur de Laval. Musicien polyvalent, il ¦uvre également au sein de plusieurs organismes dont le Festival du Centre d’arts Orford, les Jeunesses musicales du Canada, la CBC, l’Ensemble Amati et Le kiosque à musique à titre d’arrangeur. Dernière présence à la compagnie : Aïda (2006, chef de ch¦ur).

Mise en scène Alain Gauthier (Canada, Québec) est directeur de scène à l’Opéra de Montréal depuis 1997. En juin 2006, il monte L’Étoile de Chabrier pour le Cincinnati Opera, production qu’il a aussi montée pour l’Opéra de Montréal (2005). Parmi ses réalisations : La bohème, L’élixir d’amour et Le médium. Il a été directeur de tournée et metteur en scène pour plusieurs séries de concerts classiques avec l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal et les Jeunesses musicales du Canada.

Éclairages Anne-Catherine Simard-Deraspe (Canada, Québec) est assistante au directeur technique de l’Opéra de Montréal depuis 2001. Elle signe les éclairages de plusieurs productions du Théâtre de l’Utopie et du Prospero : Isabelle trois caravelles et un charlatan (1999), Communications à une Académie (2000), Escurial (2000), Elle (2001), La folie sénile (2001), Jacques le fataliste (2002), Romania III (2003), Ce fou de Platonov (2004) et Molière en hiver (2006). En 2005, elle signe les éclairages et agit comme directrice technique pour trois opéras présentés par I Musici de Montréal. Depuis 2005, elle est chargée de projet au Théâtre du Rideau Vert. Débuts (éclairagiste) à l’Opéra de Montréal.

Il tabarro
Opéra en un acte de Giacomo Puccini (Lucques, 1858 – Bruxelles, 1924)
Livret de Giuseppe Adami, d’après la pièce La houppelande de Didier Gold; 1re partie du Triptyque
Créé au Metropolitan Opera, New York, 14 décembre 1918
Chanté en italien avec surtitres français et anglais
Première à la compagnie

Suor Angelica
Opéra en un acte de Giacomo Puccini
Livret de Giovacchino Forzano; 2e partie du Triptyque
Créé au Metropolitan Opera, New York, 14 décembre 1918
Dernière production à l’Opéra de Montréal : novembre 1996

Billets à l’unité à partir de 44 $
Abonnements à partir de 132 $
Prix spéciaux 18-30 ans : 35$ le premier opéra et 25$ les suivants OU 5 opéras : 27$ ch.
Billetterie : OdM (514) 985-2258 / PdA (514) 842-2112 / ou www.operademontreal.com

préOpéra
Avant chaque représentation, le musicologue Pierre Vachon présente l’¦uvre, son contexte, son livret et sa musique au Piano Nobile de la salle Wilfrid-Pelletier à 18 h 30 (gratuit pour les abonnés, 5 $ pour les non-abonnés). En français avec résumé en anglais.

Pour en savoir davantage ou pour recevoir la brochure de la nouvelle saison 2006-2007, composez le (514) 985-2258 ou visitez notre site au www.operademontreal.com.

Prochain rendez-vous
La traviata de Verdi
Les 4, 8, 11, 13, 16 novembre 2006 à 20 h et le 18 novembre 2006 à 14 h
Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts

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