Les Escales Improbables, c'est samedi et dimanche

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Les Escales Improbables (www.escalesimprobables.com) viennent de nouveau investir le quai King Edward du Vieux-Port de Montréal pour initier, deux jours durant de 14h à 19h, un voyage sans frontières parmi les arts. Cette édition 2006, comme les précédentes, se veut une croisière ouverte à tous les publics, proposant un autre rapport à la création. Une croisière initiée par une équipe d’amoureux non seulement de la création artistique sous toutes ses formes, mais aussi des ports et du grand large, désireux d’inventer une manière différente de les aborder et de les vivre : en se fondant sur la déambulation, la rencontre et l’échange, mais également sur une politique active de commandes aux artistes.

Ainsi les créateurs en présence – qu’ils soient vidéastes, comédiens, performers, musiciens, poètes ou sculpteurs – ont-ils élaboré leurs propositions artistiques en fonction du lieu – de ses espaces en bordure du fleuve comme de sa charge « émotionnelle » ou symbolique. Des propositions aux horaires… improbables, pour mieux permettre l’immersion dans des profondeurs inconnues. L’objectif de cet équipage bigarré et expérimenté – 25 Canadiens et 8 étrangers : inviter chaque spectateur à voyager dans un autre espace-temps, à s’abandonner, l’espace de quelques heures, aux joies de l’exploration et de la découverte. A se laisser déboussoler, dériver en douceur, pour mieux se laisser surprendre.

Les Escales Improbables mettent ainsi à profit la force d’évocation d’un lieu – le Vieux-Port de Montréal – pour porter sur l’art un regard différent ; et dans le même temps, par la grâce de propositions artistiques sans frontières, elles invitent en douceur à regarder autrement ce lieu et ces espaces.

Ainsi, à l’embouchure de la rue de la Commune, sur le Quai King Edward, on largue les amarres au fil d’un texte de Lise Vaillancourt : «Une étrange histoire d’amour » dont les mots traduisent poétiquement la saveur de ces Escales : « Cet été-là, face au fleuve, j'ai entendu une histoire aussi incroyable que la situation dans laquelle je l'écoutais… » Invitation à la rencontre et à un voyage jalonné de multiples étapes : d’abord, face à la marina du quai King Edward, une Escale Sonore, (première d’une série de quatre) propose à chaque spectateur-auditeur, assis sur son siège-vigie, de contempler le fleuve bercé par ses arômes sonores et ses petites voix surgies de nulle part qui chuchotent les réminiscences d’un fleuve… Puis commence l’installation des 90 cadres disposés en bordure de l’eau, qui nous accompagneront tout au long du parcours tels des focus photographiques tous différents, conduisant aux photos extérieures grands formats des cargos de Stéphane Estèves accostés au bout du quai… Face au fleuve, le « Salon du ne rien faire » nous ouvre ensuite ses portes : comme toutes les mises en espace conçues par Jean Bard et Geneviève Lizotte pour cette édition, celle-ci exprime l’envie de jouer avec notre regard sur le fleuve, de ponctuer la déambulation pour la faire rimer avec contemplation.

Déambulation qui nous mène sur trois étages, toujours le long de l’eau. Sur le pont central, arrivé au bout du quai, on pourra pénétrer dans les espaces intérieurs comme dans le ventre d’un cargo, pour y faire de mystérieuses rencontres : là, un « Homme Oiseau » (personnage de l’installation multimédia des Passagers), dans sa cage transparente, cherchant à se libérer de son quotidien ; ici, les courts-métrages oniriques sélectionnés par Sandro Forte, en forme de séance d’hypnose ; ailleurs, les « calentures » (quatre performances baptisées du nom de ces crises de folie qui, dans les zones tropicales, s’emparent des marins et les poussent à se jeter à la mer) impromptues de Jean Lambert-wild, l’un des metteurs en scène français les plus talentueux de sa génération, dont c’est la première venue au Québec.

Après avoir traversé Les Pas de l’eau, installation-concert de Marie A. Côté (sculpteur-céramiste), Ziya Tabassian (percussionniste) et Olivier Girouard (compositeur), on descendra sur le pont inférieur pour découvrir d’autres Escales Sonores (bandes-son composées par deux Québécois – Christian Calon et Michel Smith – et un Français, Philippe le Goff) et se laisser surprendre par les interventions libres de Geneviève Letarte (poète et chanteuse) ou de l’accordéoniste Pascal Contet. En même temps, sur le pont supérieur : escales de rêve en surplomb du Saint-Laurent sur la terrasse des Siestes Musicales, espace de découverte et d’écoute de toutes les musiques, avec notamment la Fanafre Pourpour et les DJ d’Espace Musique…

De retour à bon port, chacune de ces deux journées sera conclue en beauté par la Fanfare Pourpour et Jean Lambert-wild, qui proposeront ensemble une performance poétique et festive, aussi décoiffante que le vent du large.

Voilà un voyage, finalement, pour tous les sens, tous les âges, dans toutes les directions, chacun à son rythme. Car l’art, c’est peut-être aussi la meilleure façon d’apprendre à ne rien faire – ou plutôt, de réapprendre à ne rien faire d’autre que voir, écouter, sentir et vibrer, à l’unisson, dans des lieux où se rencontrent le rêve et la mémoire.

Inviter chacun à redécouvrir son environnement, à le regarder autrement – à percevoir comme jamais les mouvements et les irisations du fleuve Saint-Laurent – les Escales Improbables n’ont ainsi d’autre ambition que de défricher sensiblement de tels espaces de liberté.

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