«L'enfant mascara»: le bouleversant nouveau roman de Simon Boulerice

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Poésie et douleur

«À l'école, mon maquillage crée
des crises d'épilepsie pour tous
profs et élèves unis dans le malaise...»

J'ai pris l'habitude de rabattre le coin des pages porteuses de phrases émouvantes des livres de ma vie. «L'enfant mascara», le dernier roman jeunesse de Simon Boulerice, s'est ainsi rapidement retrouvé truffé de ces petits triangles poétiques. Car si l'événement ayant inspiré le récit de cette histoire d'amour à sens unique glace le sang (le 12 février 2008, au collège E. O. Green Junior High School d'Oxnard, en Californie, Lawrence (Larry) Fobes King, 15 ans, est assassiné par un camarade de classe de 14 ans à qui il avait demandé d'être son Valentin), les pensées imaginées de cet enfant aujourd'hui disparu se font belles, souvent exquises.

Prodige de la plume, Simon Boulerice réussit ici l'impensable: faire sourire ses lecteurs pourtant témoins impuissants d'une tragédie annoncée. Disposer, à petites doses et respectueusement, un peu de joie et de poésie dans les dessous de cet amour d'adolescent qui tourne mal.

«Un jour, je cesserai de me sentir comme une carte routière désemparée dans un grand vent, qui déchire de partout et ne sait plus où est son nord», affirme ce Larry coincé dans une famille adoptive toxique, peu avant d'informer son entourage qu'il souhaite désormais qu'on l'appelle Leticia.

«De toute façon hier j'ai pris une décision. Je ne suis pas gai. Je suis une femme dans le mauvais corps. Je suis captif à l'intérieur. On s'est trompé en me fabriquant. Quand je serai réparé, que j'aurai le corps que je désire, que je mérite, tout rentrera dans l'ordre.»

Même si je sais pertinemment que «L'enfant mascara» est un roman inspiré d'un fait vécu, je ne peux m'empêcher de me questionner. Larry/Leticia a-t-il un jour prononcé ces paroles qui tour à tour m'émeuvent, me font sourire, me surprennent et me troublent? Était-il aussi flamboyant que ce personnage imaginé par Simon Boulerice? Coincé dans ce corps qu'il n'avait pas choisi et qu'il se plaisait à maquiller, s'est-il aussi donné le droit d'exprimer haut et fort son mal-être, sa détresse et la somme de ses désirs enfouis?

J'aime la plume toute simple et pourtant complexe de Simon Boulerice. Les petits moments banals qu'il parvient soudainement à transformer en puissantes métaphores de la vie. Et ce refus d'expliquer les choses, ce désir évident de laisser la liberté aux lecteurs de se forger leur propre opinion et de vivre leurs propres émotions.

«Ma journée a été catastrophique. Tu m'as ignoré toute la journée. Si au moins tu avais eu du dédain en me regardant. Mais non. Rien. J'ai été invisible pour toi et ça me tue. Si tu ne me parles pas à l'école, c'est une journée inachevée. Je me couche alors avec un manque.»

Simon Boulerice n'a pas peur du jugement des autres et je l'admire pour cela. Tout comme Leticia, il se doit de dire les choses telles qu'il les ressent et c'est tant mieux. Ses personnages sont beaux parce qu'ils sont vrais et entiers. Ce n'est certainement pas en faisant dans la demi-mesure que Larry est devenu Leticia.

«L'enfant mascara» est une ode aux jeunes qui, comme Larry, ont le courage de chanter sans retenue du Céline Dion et du Beyoncé dans les toilettes de leur école secondaire.

«Faites que les chansons défilent au rythme de ma joie», implorait d'ailleurs cet enfant qu'une touche de mascara a rendu heureux, le temps d'un amour impossible qui allait prendre sa vie le jour de la Saint-Valentin.

-Le roman "L'enfant mascara" de Simon Boulerice se retrouve en librairie.

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