Le témoignage de Mouawad sur l’affaire Cantat : une question de morale

Anne-Marie Dussault recevait aujourd'hui Wajdi Mouawad à l’émission 24h en 60 minutes. Le dramaturge réagissait pour la toute première fois à la polémique soulevée par l’affaire Bertrand Cantat et sa venue possible au Théâtre du Nouveau Monde en 2012.

Celui-ci était invité pour nous faire part de sa réaction face au scandale qu’à provoquer son choix de faire jouer le chanteur Bertrand Cantat dans sa pièce Le cycle des femmes de Sophocle. Rappelons que la controverse avait éclaté à l’annonce de la participation de Cantat à la production théâtrale du dramaturge lundi le 4 avril lors du dévoilement de la programmation de la prochaine saison du Théâtre du Nouveau Monde. Mouawad était alors resté silencieux face à l’affaire et c’est Lorraine Pintal, la directrice du théâtre, qui avait du défendre sa position artistique. Elle avait alors déclaré que Cantat ne viendra pas à Montréal.

Wajdi a d’abord affirmer ne pas ressentir de colère. Le chemin qu’il a fait par rapport à Cantat, il pensait que le public allait le faire aussi. Il se serait attendu à un questionnement de la part des gens plutôt qu’à une flambé de colère ou une réaction similaire.

Pour s’expliquer, le metteur en scène tenait avant tout à parler de la pièce de Sophocle.
Sophocle, dit-il, est un auteur de l’antiquité. Il comprend que l’humanité doit traiter la question de la douleur et de la souffrance. Les gens faisaient alors du théâtre tragique pour mettre en scène la souffrance. Le cycle des femmes met en scène des protagonistes et un choeur. Celui-ci a un rôle plus humble et ne fait que se questionner par rapport à la douleur. Le choeur serait à la base de tout, avant les personnages, prenant forme en tant que groupe de personne qui se rassemblent et font un chant. Mouawad voulait que ce choeur soit l’expression de la folie des hommes par la musique. Il se situe à l’arrière scène et se questionne sur les protagonistes.

Quel était le rôle de Bertrand Cantat dans le choeur?

Un homme qui a tué sa femme, peut on le placer devant les projecteurs et l’applaudir?

Selon le metteur en scène, ce choix nous transporte vers le terrain de la morale, et les jugements moraux, nous le savons bien, ne sont pas universels. Nous sommes devant un choix, que faut-il faire, comment appréhender l’idée d’applaudir un homme responsable de la mort de sa femme? Lui-même s’est évidemment questionné à ce propos, Cantat aussi. Les gens qui refusent avec colère la présence de Cantat sur scène peuvent avoir raison aussi, si leur morale va dans ce sens.

Mouawad explique son choix: un homme devient un symbole de la violence fait aux femmes à son corps défendant. À son corps défendant, parce qu’il a tué sans le vouloir la femme qu’il aimait. Si nous refusons qu’il monte sur scène, il importe de comprendre que nous sacrifions un peu l’idée de la justice puisqu’on lui inflige une deuxième peine. Le symbole est cependant ainsi préservé. Au contraire, si le symbole est sacrifié pour sauver la justice, il faut en être conscient. Un choix s’impose.

Selon Mouawad, il est important de savoir de quoi parle les pièces: il s’agit d’un individu qui tue quelqu’un sans le vouloir. Cet homme devient alors considéré dans la cité comme quelqu’un qui a commis un crime irréparable. L’histoire de Cantat est connue de tous: un homme qui a tué sans le vouloir, et qui a, aussi, commis un crime irréparable. Le public est donc confronter à se poser les mêmes questions que le choeur dans la pièce. Cantat, en ce sens, est un personnage tragique.

Sur sa prétention de ne pas avoir appréhendé la réaction du public, la journaliste mentionne l’avoir entendu en entrevue à Christianne Charest énoncer que ce serait un choc de réentendre et de revoir Cantat. Le metteur en scène affirme pourtant qu’il différenciait alors, naïvement peut-être, le Cantat au sein d’un groupe comme Noir Désir, et le Cantat parmi d’autres dans une pièce.

Comment applaudir quelqu’un sous les projecteurs qui a commis l’irréparable? Cantat sera à jamais celui qui a tué une femme. Mais de dire qu’il n’est que ça, selon Wajdi, entraine un rapport qui n’est pas juste à la vie. Du moment où l’on considère que nous ne sommes pas pour la peine de mort, nous sommes alors pour la vie. Prendre soin de celui qui est resté vivant, est ce que cela signifie oublier celle qui est morte? Certains diront que c’est banaliser le crime, que d’inviter les gens à applaudir. Lui ne le croit pas. Au contraire. Lorsque la loi ne s’applique pas, c’est la morale, et la diversité des opinions est importante.

Par rapport aux propos de Serges Denoncourt en entrevue à Tout le monde en parle qui lui repprochait entre autres de vouloir faire la morale aux gens, il affirme que ce n’est pas ce qu’il cherche. Il ne veut pas imposer le pardon, et ce n’était pas le but en créant cette pièce. Le pardon, d’ailleurs, ne peut être prononcé que par la famille de la victime. Ici, le pardon n’est pas la question, mais plutôt une idée de réconciliation. Il est d’avis qu’il est possible de penser qu’un homme qui a payé pour son crime peut, dans un projet juste, trouver une place qui lui convient.

Wajdi souligna ensuite que tout ce tollé relève d’un échec, sauf pour les médias. Il affirme cependant qu’il aurait pu prendre plus de précautions et énoncer sa décision à l’avance en l’expliquant et en discutant davantage à propos de la pièce.

Wajdi Mouawad doit annoncer, lundi, à Ottawa, s’il va de l’avant avec la production, sans Cantat.

Commentaires

Bla bla...

"le spectateur dans la salle allait nécessairement se retrouver face à un homme qui contemple le désastre de sa propre vie "
l'idée est puissante oui, mais le hic Mr Wajdi, c'est que vous avez oublié que nous avons un COEUR,
vous êtes peut-être habile dans votre métier, mais surtout n'allez pas devenir psychologue vos patients se suicideraient !
Vous avez vraiment pensé que le publique allait regarder Cantat en tant qu'assasin sur scène ?
NOUS N'AVONS PAS à faire abstraction de nos sentiments pour aller voir vos pièces !
vous manquez peut-être de coeur, ou vous vous emballez trop pour vos idées.

Que Cantant n'ait pas fait exprès ne change rien elle est MORTE et ça passe de travers désolée,
il y a beaucoup plus de femmes violentées que vous ne l'estimez, nous sommes habiles à le cacher, voila.
Je plaint les parents et les enfants de Marie Trintignant, vous venez de leur faire très mal, en ce sens vous êtes pour moi un sans coeur.

Je n’ai pas apprécié

Je n’ai pas apprécié l’approche suçoteuse, ni le ton lèchement doucereux, non plus que la parlure emprunté de l’hypnose et avec laquelle Wajdi Mouawad a si habilement emberlificoté et amené son intervieweuse obnubilée, Lady Anne-Marie Dussault, à s’aventurer si hasardeusement sur les œufs, treize à la douzaine, de son omelette moralisatrice si pompeusement pontifiante, alors qu’il ne cherchait désespérément qu’à livrer la levée de boucliers des Québécois, entre autres, à l’exercice manipulatoire et épuratoire d’un exorcisme pathétique. Canadien d’adoption, soit. Mais libanais avant tout, Wajdi Mouawad, a «un obus dans le cœur» et il laisse clairement entendre qu’il arrivera à venger les blessures à son orgueil, blessures exagérément amplifiées dont il tient responsables les colères des Canadiens et des Québécois, en tout point justifiées et liées à son manque de jugement, aux aveuglements de son arrogance, à l’impertinence de son ego démesuré et aux excès de sa théâtrale préciosité que nourrissent, entre autres, les Lorraine Pintal, celle que l’on surnomme la «générale» du TNM, les Anne-Marie Dussault et autres divas de l’instantanéité moderniste, des figurations maquillées et des prestations poudrées des parades médiatiques.

Morale Justice

Vos commentaires, M. Wajdi Mouawad sont très pertinents. B. Cantat était l'homme idéal pour camper ce personnage dans cette sublime pièce. Je comprends très bien votre point de vue. Bravo pour cette brillante entrevue qui a ouvert des portes à notre entendement. Votre culture est exceptionnelle et votre respect de l'autre est indéniable. C'est certain qu'il y aura toujours des gens qui porteront jugement sur votre choix. L'important est d'aller de l'avant. Je regrette que l'opinion publique vous ait fait décider du retrait de B. Cantat de la pièce, car c'était le choix idéal d'après vos commentaires. Il est dommage qu'il n'ait pas eu l'opportunité de la jouer, et je crois sincèrement que les gros perdants ce sont nous. Je trouvais ce personnage symbolique et très à sa place. Bravo à vous M. Mouawad et aussi à Mme Dussault pour votre professionnalisme.

Une crapaudine de clichés inutilement moralisateurs.

Une crapaudine de clichés inutilement moralisateurs.
Grand spécialiste des entourloupettes et des pirouettes de la belle parlure-chloroforme, à grands débits, Wajdi Mouawad s’est trop facilement déguisé en empourpré emberlificoteur, empruntant les dédales du discours moralisateur, tiré des nuages d’un Opus Dei libertaire quelconque, en s’adonnant ridiculement à des excès de pardons et à des théâtralités de canonisations artistiques risiblement opportunes, alors que Anne-Marie Dussault, par son époustouflante complaisance admirative, lui en fournissait toutes les munitions. À l’instar de Bertrand Cantat, Mouawad a joué au faiseux et au péteux de broue, ce qui n’a en rien, absolument en rien, calmé la colère tout à fait justifiée et largement majoritaire de ceux et surtout de celles que ces vaporeux pontifes de l’instantanéité ont pris pour ignares qu’ils souhaitaient cantatiser et/ou mouawadiser.

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