« Le Roi se meurt » au TNM : un classique terni et magnifié (CRITIQUE)

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C’est avec une série d’impressions partagées que les spectateurs risquent de quitter le Théâtre du Nouveau Monde, après avoir assisté à la représentation du Roi se meurt, d’Eugène Ionesco. Dirigée par Frédéric Dubois et reposant en partie sur les épaules de Benoit McGinnis, la production nous éblouit autant qu’elle nous laisse indifférents.

Quelques minutes après l’ouverture de la pièce, le roi Béranger apprend que sa vie tire à sa fin. Repoussant cette idée avec l’énergie du désespoir et n’ayant visiblement jamais envisagé quitter le monde des vivants, le monarque voit ses forces l’abandonner au fur et à mesure que la pièce avance dans le temps. Critiquant les gouvernements qui sévissent depuis la nuit des temps, l’œuvre d’Ionesco met en scène un roi qui a laissé son royaume dépérir, occupé qu’il était à s’étourdir avec les petits plaisirs de la vie. Le texte laisse également place à une fascinante réflexion sur la mort, inévitable et imprévisible, que l’humain craint et repousse le plus longtemps possible, à défaut de s’y préparer, de l’imaginer et de l’accepter.

Utilisant les moindres recoins de la salle du TNM en demandant à ses acteurs de lancer certaines de leurs répliques au balcon, dans les allées ou depuis l’arrière-scène, Dubois apporte quelque chose de jouissif au spectacle. L’équipe de création a également eu la brillante idée d’installer sur scène un immense miroir qui plonge les spectateurs au cœur de l’histoire et du propos. Notons également l’originalité et la modernité des costumes imaginés par Linda Brunelle, et plus particulièrement ceux des reines Marie et Marguerite, qui ajoutent à l’éclat de ses interprètes, Violette Chauveau et Isabelle Vincent. Fidèles à leurs habitudes, leurs acolytes Émilien Néron, Patrice Dubois et Kathleen Fortin sont brillants, drôles, colorés et très solides.

Étonnamment, la présence de Benoit McGinnis en Béranger ne convainc pas comme on l’aurait cru. L’idée de lui confier le rôle habituellement joué par un acteur âgé entre 60 et 80 ans avait quelque chose de particulièrement intéressant : se faire annoncer dans la trentaine que l’on va mourir incessamment offre une richesse dramatique incontestable. Malheureusement, même si McGinnis s’efforce de jouer les étapes de décomposition de son personnage avec brio, quelque chose cloche dans son discours. Jamais le texte d’Ionesco ne précise l’âge avancé du roi Béranger, mais on sent dans les mots du souverain un vécu que ne peut avoir un homme de 34 ans, peu importe le talent de son interprète. Les modulations vocales et la profondeur du regard d'un vieillard n'ayant pas grand choses en commun avec ceux d'un homme dans la fleur de l'âge. Même si ces éléments peuvent sembler secondaires, ils ont un véritable impact sur la réception des spectateurs.

La façon dont Frédéric Dubois a dirigé ses acteurs et l’ensemble du projet laisse également un sentiment de grande distance avec ce qui se trame sur scène. Malgré la présence de passages d’une splendeur ahurissante dans le texte d’Ionesco, on ne peut faire autrement que d’observer le tout avec une certaine indifférence, un peu comme si on ne croyait pas au désarroi dans lequel baignent les personnages.

Bien qu’imparfaite, la proposition du TNM a tout de même le mérite de sortir des sentiers battus. Rien que pour cette raison (et parce que la finale est d’une beauté incandescente), elle vaut le détour.

TNM - 15 janvier au 9 février
http://www.tnm.qc.ca/saison-2012-2013/Le-roi-se-meurt/Le-roi-se-meurt.html

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