Le doux goût du risque de Pierre Hébert

crédit photo: Jean Michael Seminaro
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crédit photo: Jean Michael Seminaro

Débourser 20$ pour se procurer un billet de spectacle d'un humoriste mystère n'était pas le plus grand des risques, mais en représentait un tout de même. Les milliers d'amateurs d'humour qui ont choisi de prendre part à l'aventure à l'aveuglette ne seront assurément pas déçus. Car «Le goût du risque» du rusé et sympathique Pierre Hébert se veut un spectacle comique, bien senti et franchement amusant pour lequel je n'aurais pas hésité une seconde de régler une note nettement plus salée.

Sensible et efficace

C'était peut-être soir de première au théâtre St-Denis mercredi dernier, mais Pierre Hébert semblait déjà, sur scène, en pleine possession de ses moyens. Jolie thématique d'ailleurs que celle de ce goût du risque que l'on met souvent de côté avec le temps et lorsque vient l'âge adulte. «Bravo d'avoir pris le risque d'être ici ce soir», a lancé Pierre Hébert en début de représentation, précisant que 20$, c'est ce que lui demande sa gardienne de 12 ans pour garder sa fillette pendant deux petites heures…

Tout au long de ce spectacle d'une heure trente sans entracte, l'humoriste partage et décrit avec précision des moments de vie choisis où il a décidé de prendre des risques. Parfois petits, parfois plus grands, ces moments d'intrépidité se transforment en monologues souvent hilarants livrés avec grande sensibilité.

C'est en évoquant les maladies (il s'est avoué hypocondriaque) et ultimement la mort «J'ai toujours rêvé que quelqu'un meure de rire pendant un de mes spectacles, a-t-il lancé en riant. Imagine la belle publicité gratuite!», que Pierre Hébert nous invite à profiter de la vie.

Plus peureux que sa blonde (pour qui il semble porter un amour sans borne) lorsque vient le temps de regarder un film d'horreur, son premier numéro sur les films de peur s'avère aussi efficace que visuellement réussi. Il faut voir l'artiste, faux briquet à la main, imiter l'héroïne de film d'horreur prenant la «sage décision» de descendre au sous-sol en pleine nuit parce qu'y proviennent d'étranges rires d'enfants!

Aussi bon acteur qu'humoriste, Pierre Hébert se plaît à imiter et à caricaturer la mère de ses enfants tout au long de la soirée. Car l'humoriste semble un amoureux et un père dévoué pour qui ses numéros sont majoritairement de doux - ou moins doux - souvenirs partagés.

«L'amour, il n'y a pas de plus beau risque que l'amour», affirme-t-il d'ailleurs avant de raconter son mariage et, surtout, son enterrement de vie de garçon l'ayant mené dans ce fameux bar de danseuses de Cornwall… (lieu et personnages obscurs sur lesquels il reviendra souvent au fil de ses histoires.)

«Être qui on est à 100% est l'un des plus grands risques qui soit», ajoute Pierre Hébert en entamant son numéro portant sur ce voisin parfait prénommé Alex, qui le fait à tout coup sentir «moins beau et moins compétent.» (L'humoriste se dit d'ailleurs vexé de ne jamais retrouver son nom dans la liste des plus beaux artistes québécois publiée annuellement dans le magazine Échos Vedette).

Impossible de ne pas s'esclaffer lorsqu'il raconte ses tentatives de se montrer viril en voulant transporter sa blonde à l'étage, dans ses bras, pour lui faire l'amour. Ni de ne pas crier d'enthousiasme (du moins, pour nous, les filles), lorsqu'il prétend ne savoir danser qu'à la façon «Magic Mike».

L'importance de «faire des affaires dans lesquelles tu n'es pas bon puis finalement d'assumer qui tu n'es pas» mène à un numéro fort sympathique relatant les premiers cours de moto de l'humoriste. Lorsqu'il revient sur son expérience d'achat de vêtements de moto (en liquidation!, l'humoriste s'avoue lui-même très près de ses sous) au célèbre magasin Harley-Davidson, la scène fait autant rire de malaise que de bon coeur.

Mais c'est lorsqu'il raconte sa croisière et sa balade à dos d'âne lors d'un arrêt à Santorini que la salle tout entière perd son souffle et ne peut s'arrêter de rire. Car s'il est un numéro de ce spectacle qui pourrait devenir mythique, c'est bien celui où l'humoriste, pour faire plaisir à sa femme, accepte de monter sur le dos d'un vieil âne afin de descendre les centaines de marches du village. C'est lors de ce numéro que l'on saisit le talent de raconteur et l'aisance sur scène de Pierre Hébert. Un délicieux moment.

Être sensible, jamais vulgaire et encore moins méchant, Pierre Hébert livre un spectacle drôle et rafraîchissant. Si certains gags sont parfois prévisibles et certaines mimiques parfois un tantinet trop appuyées, rien ne pourrait gâcher cette série de bons moments qu'il réussit à nous faire passer. Et puis, lorsqu'il parle de sa petite puce, de ce risque immense et si beau d'avoir un bébé tout comme lorsqu'il s'adresse doucement à sa fille en fin de spectacle, on a tous un peu plus envie de prendre des risques qui nous rendraient aussi heureux que lui semble l'être.

-Le spectacle Le goût du risque de Pierre Hébert sera présenté le 15 février à Québec avant de prendre la route à travers le Québec. Horaire et achats de billets: http://pierrehebert.ca/

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