L'autre Halloween... la Nuit des Morts...!!

Début de l'événement: 

31 octobre 2010 - 22:20
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Nous vivons tous de moments plus ou moins intenses tout au long de notre vie. Parfois, il y a de ces moments qui bouleversent nos vies. Le déménagement dans une autre ville, dans un autre pays.

Le changement de boulot ou de métier.
Le voyage, l'aventure.
La rencontre d'une grande amitié.
La rencontre d'un grand amour.
L'arrivée d'un enfant...

Toutes ces expériences sont au bas mot, des moments qui changent notre vie. Nous redéfinissent, nous façonnent, nous métamorphosent.

Dans un tout autre endroit du cœur, un autre ordre de sentiments, tout aussi marquant, il y a les accidents, les conflits, la séparation, la maladie, la fatalité, la mort. La mort, mais pas comme vous la voyez en ce moment...une autre mort.

Il faut bien se l'avouer, il n'y a aucune société occidentale contemporaine qui sait bien VIVRE avec la mort. Je ne fais pas ici allusion au corps inanimé en tant que tel, mais bien à l'idée, au concept de la fin de notre existence. Notre mort. Je ne fait pas allusion non plus à la mort que nos médias exploitent en la faisant entrer dans nos revues, nos journaux, nos nouvelles télévisées, notre cinéma. Cette mort qui nous désavoue, nous mets dans tous nos états, nous travaille. Tristesse, mélancolie, peine, amertume, angoisse, désespoir, regrets, honte, ne sauraient décrire ce que nous ressentons face à cette Dame absolue. Pas un pays, pas une société occidentale ne sait vivre avec ses morts, sauf...les mexicains

Dans quelques jours, les 1er et 2 novembre, les Mexicains de toutes latitudes fêterons la Nuit des Morts. Cette fête propose quelque chose qui a changé la manière dont je vois la mort. La mort en général mais aussi la nôtre, la mienne.

Depuis bien avant l'arrivée des espagnols, les Mexicains d'aujourd'hui tout comme les tribus autochtones célèbrent leurs morts. Ils invitent littéralement les âmes des défunts à venir à leur rencontre durant deux nuits. Ils se réunissent et font la fête en se remémorant les aventures, expériences et anecdotes vécues avec leurs proches aujourd'hui partis. On y mange abondamment, on rit, on va de maison en maison, de voisin en voisin, en offrant quelque chose a partager. Fleurs et plantes, colliers et présents sont ô combien de la partie...! On est aussi visité. On partage, on se recueille. Le tout dans une extraordinaire spontanéité, et ce, une vie durant.

La Nuit des Morts.

C'est à dire qu'en grandissant au Mexique, on se souviendra d'une telle ou telle Nuit des Morts où on était chez un tel parent et que ceci ou cela est arrivé.

Ça me fait drôlement penser à nos réveillons SAUF que les sujets de conversations sont les défunts...!!

Comment m'extraire de mes matrices, de mon éducation, de ma formation, de mon héritage, de ma condition, de cette solennité qui doit supposément régner lorsque la mort est parmi nous. Je ne voulais, ni pouvais accepter qu'on célèbre un mort avec autant de joie, guirlandes et fanfares autour d'une pantagruélique table mise où, nourriture, vins, tequilas et sourires sont aux lèvres de tous.

C'est donc dans un certain inconfort que j'ai observé avec une attention particulière portée à chaque détail tout comme à l'ensemble du rituel, que j'ai compris que si j'étais né Mexicain, j'aurais grandi en me faisant raconter l'histoire d'un proche défunt; oncle, tente, cousin, frère, sœur, ami.

Cette personne aurais pris un espace réel dans ma conscience, dans mon cœur, dans ma vie.
On en parlerait de toutes manières, tous les ans, au moins à cette occasion.

Les bouches bées et yeux arrondis des enfants écoutant leurs proches faire le récit.

Les récits des paysans

Les fous rires surgissant des rencontres où l'un ajoute une partie d'histoire à l'anecdote l'autre
La façon dont le nom des absents sont écriés les fait littéralement être présents.
Les mimiques et les blagues nous font presque voir les Carlitos, Manuel et Ana Maria absents.
Ils reviendront plus tard dans d'autres conversations par d'autres membres de la famille ou amis.

En conséquence, lors de ma propre mort, mais surtout, longtemps après ma mort, les miens continueraient non seulement de penser à moi, mais à se réunir en pensant à moi, a nous les défunts...ce que j'ai été, ce que je faisais, comment je le faisait, combien drôle ou moins drôle j'étais, quel était mon métier, ce que j'ai laissé en héritage, matériel ou non, aussi petit soit-il.

Ils continueraient à commenter ce que j'ai fait de ma vie de mon vivant...

Je continuerais à vivre dans le cœurs et esprits de mes contemporains...wow...j'étais ému de mon constat.

...et plus fantastique encore, j'ai réalisé que j'en aurais été moi-même la preuve, puisque je l'aurais fait pour mes défunts ma propre vie durant.

Et oui...!! bravo mes amis les mexicains...je ne l'avais pas vu venir celle là...!!

La fête de la Nuit des Morts est un rituel païen, où nous offrons de la nourriture, décorons notre maison et voisinage, allons ensevelir de fleurs nos cimetières et même, passons physiquement nuits entières auprès des nôtres, pour attirer leurs esprits et leur prouver que même après tout ce temps, nous sommes là. Sans rien enlever à la Halloween, qui prend source dans la culture celte et qui avait une signification religieuse de renouveau, celle aujourd'hui connue en Amérique du Nord est passé à une fête disons commerciale qui veut qu'à travers les déguisements de toutes sortes nous effrayions les mauvais esprits pour retrouver un certain calme.

Enfin, quoique le concept mexicain est d'une désarmante beauté, il repose sur une pratique rigoureuse ritualisée. Cette tradition caractérise leur pays et définis leur comportements. Depuis, chaque année lorsqu'approche la Halloween, je retourne aux images de la Nuit des Morts, pense aux autochtones mexicains qui veillent et en savourant un Pisco, constate désormais ces nouveaux sentiments envers mes absents.

texte et photo: victor diaz lamich.com

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