La reine Marleau

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Louise Marleau a l’étoffe d’une reine. Elle en a aussi la posture, la splendeur et la grâce. Louise Marleau est la reine Jocaste. Vive la reine !

Lorsque l’on quitte le Théâtre du Nouveau Monde, après avoir assisté à la pièce «Jocaste Reine», on n’a qu’une envie: remercier Nancy Huston pour son originalité et son génie. Car c’est elle qui a eu l’idée de revisiter le mythe d’Oedipe en laissant toute la place à Jocaste, en glorifiant sa pensée, son amour et ses convictions. C’est elle, écrivaine bien de son temps, qui rend accessible et actuelle une histoire d’oracles et de fatalité. Et c’est aussi elle qui donne, à travers le discours de cette reine, mère et amante, la parole à toutes les femmes.

Lorsque se referme le rideau sur la dernière scène écarlate de « Jocaste reine», on a bien sûr le désir de saluer l’inventivité de la mise en scène, simple, mais efficace, de Lorraine Pintal. Une scène épurée (trois chaises, un banc, une musicienne), de très beaux costumes aux couleurs lourdes de sens (du blanc en début d’histoire, du gris lorsque l’intrigue se corse, du noir venant avec les ténèbres et tout au long des pointes de rouge qui prennent de plus en plus de place) et un plancher quasi tectonique dont certaines plaques se détachent pour laisser entrevoir un bassin d’eau.

Mais on a aussi, et par-dessus tout, le besoin de vanter haut et fort le talent d’une Louise Marleau au sommet de son art. À travers elle, Jocaste n’est plus qu’une mère incestueuse; elle se transforme en amoureuse meurtrie. En empruntant ses traits, Jocaste redevient humaine, presque plus reine et totalement amante, puis mère, puis esclave de ce trop plein d’amour. En longue et vaporeuse robe blanche, Marleau est divine. En noir, elle attriste et attire le mauvais sort. Avec une touche d’écarlate, elle se fait légende.

Le reste de la distribution est aussi parfait. La grande Monique Mercure est touchante et drôle dans le rôle de la suivante, Jean-Sébastien Ouellette est un Œdipe aussi tourmenté que superbe, Marianne Marceau est aussi fonceuse et passionnée qu’Antigone et Maryse Lapierre fait une bien douce Ismène.

«Une journée qui commence si bien ne peut que mal tourner» annonce ce Coryphée moderne (quelle belle idée!) à peine le rideau levé. De connivence avec le public (qui connait cette histoire pour l’avoir lu ou entendu cent fois), c’est un peu nous, nos connaissances et notre logique bien actuelles qu’il représente, avec des pointes d’humour, de sarcasme et d’ironie.

Entre Thèbes et Montréal, jeudi soir, la malédiction annoncée par l’oracle de Delphes s’est abattue à nouveau, comme il était écrit, sur Oedipe et sa reine. Pourtant cette fois, «tu tueras ton père et épouseras ta mère» n’aura jamais eu autant la couleur de l’amour.

«Jocaste reine» est présenté au TNM du 5 au 30 mars 2013
Réservations : 514.866.8668 / tnm.qc.ca

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