La lente mort des derniers hammams d'Iran

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Photo © Christian Morin 2009

À Kerman, dans le sud-est de l'Iran, survit avec peine l'un des derniers bains publics traditionnels de la région, le hammam e Ebrahim Khan, âgé de deux siècles.

Tout en me faisant craquer les vertèbres, Hamid se remémore l'époque dorée des bains public. Celui-ci, hérité de son père, comptait jusqu'a la fin des années 1960 une dizaine d'employés en tout temps : laveurs, garcons de thé, masseurs et autres frotteurs aux gants de crin. Hamid me fait revivre les lieux tels qu'il les a connus. Ici, 12 personnes au bain vapeur. Là, 10 hommes attendant pour les massages. C'était il y a bien longtemps.

Depuis, les bains publics sont tombés en désuétude. D'abord délaissés par une société avide de modernisme, puis victimes du nouveau régime, qui obligea les propriétaires à fermer les établissements et détruire ou modifier certaines fresques centenaires en céramique, dont celles du hammam E Ebrahim Khan qui ont vu les poitrines de ses Vénus bienveillantes retournées « sans dessus-dessous ».

Les anciens employés de son père sont aujourd'hui cireurs de chaussures, vendeurs de bas, balayeurs.

Hamid ne se fait pas d'idées, son hammam ne survivra pas à sa postérité. Il est père de deux filles mais n'a aucune descendance mâle qui prendra en main l'entreprise. Pour l'heure, les principales raisons de l'agonie de son hammam sont toutefois ailleurs : le désinvestissement de ses lieux par la société iranienne puis l'absence de soutien de la part du régime pour les propriétaires-occupants de lieux historiques.

Hamid achève son travail en me versant un dernier seau d'eau chaude sur la tête. Je lui promets de raconter son histoire et de lui envoyer de nouveau clients.

Hammam-e Ebrahim Khan
Bazar-e Zargaran
Kerman, Iran

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