Entrevue avec Simon Boulerice

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Depuis sa sortie de l'option Théâtre Lionel-Groulx en 2007, Simon Boulerice porte divers chapeaux : ceux de comédien, d'auteur, de danseur et de metteur en scène.

Sur les planches, on a pu le voir à plusieurs endroits, ici comme en Europe. Sa pièce “Qu'est-ce qui reste de Marie-Stella ? “, créée à la Petite Licorne en 2008, est publiée chez Dramaturges Éditeurs. Il a également publié aux Éditions Sémaphore son premier roman, Les Jérémiades, et son recueil de poèmes Saigner des dents a reçu le Prix Piché de poésie en 2009.

Il nous revient avec le tome 2 de sa série “M'as-tu-vu ? “ sous le titre “En contre-plongée“. Vous aurez bien du plaisir à retrouver certains personnages du tome 1 avec toujours autant d'humour avec un brin de sadisme. Il faut le souligner cette nouvelle aventure est plus corrosive que la première dans sa plongée dans le monde de la téléréalité.

JBH - Simon, on te décrit souvent comme un enfant adulte. Comment vois-tu le monde ?

SB - Je le vois à la fois avec une bonne dose de lucidité et de naïveté, ce qui me rend, je l’espère, équilibré. Il est vrai que je porte un regard près de l’enfant sur plusieurs aspects. Comme lui, j’ai (encore) le sentiment de commencer dans la vie et de constamment manœuvrer à tâtons, en autodidacte. Cela dit, je ne voudrais pas retourner en arrière. Je suis bien à 32 ans, avec mes responsabilités d'adulte (mais pas toutes, quand même).

JBH - Dans ce nouveau tome, la soif de reconnaissance de Cybèle par ses amis a-t-elle changé ?

SB - Cybèle s’émancipe de sa solitude, peu à peu. Se faire des amis, c’est nouveau et grisant pour elle. Elle voit sa popularité grimper en flèche, et ça lui procure un délicieux vertige. L’orgueil est un sentiment qu’elle découvre encore plus dans le tome 2. La caméra est braquée sur elle, et elle tentera d’étinceler le plus possible. En côtoyant sa nouvelle bande d’amis flamboyants et brillants, elle a l’impression de prendre un peu de leur brillance. Il y a un peu d'Icare dans la nouvelle Cybèle.

JBH - Souhaites-tu conscientiser les jeunes face aux dangers de la téléréalité ? Des médias sociaux ?

SB - Subtilement, oui. Car après tout, M’AS-TU VU ? est d’abord et avant tout une satire. C’est léger et humoristique, oui, mais ça recèle autre chose. Il y a une critique. Une critique de culte de l’image et du quinze minutes de gloire dont parlait Andy Warhol. Et Cybèle incarne bien tous mes propres paradoxes, par rapport à la téléréalité, elle qui la dénigre autant qu’elle la regarde en cachette. Dans le tome 2, par vengeance, elle finit par représenter tout ce qu’elle n’aime pas : vouloir plaire coûte que coûte, au risque de n’être pas tout à fait soi-même.

JBH - Te définis-tu comme un pédagogue ?

SB - Je n’ai pas reçu de formation de pédagogue, donc non. Je donne plein d’ateliers d’écriture dans des classes d’enfants, mais je procède à l’instinct avec le plus d’honnêteté possible. Par mes livres, je véhicule et transmets des valeurs, forcément, et on peut certainement y voir un type de pédagogie déguisée. Ça me rappelle qu’enfant, comme la plupart de mes amies, j’aimais jouer « à la maîtresse d’école ».

JBH - Quel regard portes-tu sur le marché du livre au Québec ?

SB - Un regard plutôt optimiste. Oui, il y a une offre effroyable, mais tant mieux, on a l’embarras du choix. Peut-être cet embarras est-il réellement embarrassant et étouffant ? C’est possible. Mais il y a tant de belles et nouvelles maisons d'édition qui s'ajoutent au paysage. Et je perçois une telle vitalité dans les librairies que je fréquente que je me sens entre bonnes mains, auprès d’elles. Plusieurs rivalisent d’ingéniosités et de projets déjantés. Raffin sur St-Hubert tente des soirées thématiques festives ou invente des résidences d’auteur, Monet organise des lectures de poésie… Je me sens en santé dans cette écologie-là tout en souhaitant que les lecteurs envahissent encore plus les librairies. Il faut s’enlever de la tête qu’une librairie est un lieu aseptisé à ne pas tacher avec nos gros sabots.

JBH - Quels sont tes prochains projets pour 2014 ? 2015 ?

SB - Beaucoup d’écriture encore. Je continue à mener de front plusieurs projets, en romans comme en poésie. En théâtre, à l’automne, deux créations m’attendent. Un de mes textes pour adultes est créé à Jonquière, et l’autre, pour les petits, à Beloeil, produit par l’Arrière Scène, compagnie où je débuterai un mandat d’assistant directeur artistique dès septembre 2014, aux côtés de Serge Marois.

Simon est un rêveur qui a la passion de l'écriture. Très actif dans sa production, il canalise son énergie pour vous offrir le meilleur de lui-même. Découvrir le monde de Simon Boulerice c'est aussi accepter de rentrer dans son univers, alors bon voyage cher lecteur.

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