Critique: « Kekkonen » par Matti Hagelberg

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Kekkonen, une oeuvre majeure du bédéiste finlandais d'expression suédoise Matti Hagelberg, vient de paraître il y a quelques mois en langue française grâce aux efforts des éditions L'association (Paris). Cet ouvrage dépeint de manière éclatée la vie du politicien le plus marquant de la vie politique finlandaise, Uhro Kaleva Kekkonen (alias UKK), premier ministre de 1950 à 1956, et président de la République de 1956 à 1982 (pour une durée incroyable de 32 ans au total !)

La Finlande, connue surtout pour ses champions de ski et la qualité de ses produits «design» (appareils Nokia, vodkas haut-de-gamme, articles de maison Marimekko, meubles signés Eero Saarinen), a aussi joué le rôle d'État tampon durant la guerre froide. Alors que le Canada était connu pour sa «diplomatie du Hockey» et que Trudeau frayait avec son ami Fidel, rares en effet étaient les autres politiciens occidentaux qui – à l'instar d'UKK – ont pu titiller le brochet en compagnie de Nikita Krouchtchev et Leonid Brejnev, mais également conseiller les présidents américains en matière de désarmement. Plutôt que de Rideau de fer, c'est plutôt d'équilibrisme sur le fil de fer Est-Ouest dont il faudrait parler.

Attention, cet oeuvre illustrée en noir et blanc n'a rien à voir avec une une biographie conventionnelle. Il s'agit plutôt d'un portrait onirique (dans le sens d'un rêve nocturne complètement décousu), qui pourrait avoir comme équivalent cinématographique le film I'm Not There (mettant en vedette Cate Blanchett et le défunt Heath Ledger et dépeignant les «multiples vies» du chanteur Bob Dylan). Ou alors l'hilarant Leningrad Cowboys Go America (1989) du cinéaste Aki Kaurismäki. Comment catégoriser en effet ce passage ou UKK se rend à Memphis en compagnie d'un Elvis obèse, afin d'éliminer le cartel des Nounours et remettre les Hippies de l'espace dans le droit chemin? Quoi, vous n'avez rien compris?

Dans l'ensemble, nul besoin d'être féru de politique pour apprécier ce livre déroutant. Il suffit d'accepter d'être... dérouté, le temps que l'imaginaire d'Hagelberg fasse son chemin dans notre subconscient et que s'assemblent d'elle-mêmes les pièces du casse-tête. Personnellement, c'est vers la fin de l'ouvrage, alors que le vieux président perd son épouse et commence à souffrir de sénilité (un fait véridique) que l'émotion a véritablement surgi.

Bref, le mode de vie scandinave, l'amour de la nature et du plein-air, l'esthétisme imbriqué dans le quotidien, une certaine «östalgie» qui ne s'appliquerait pas qu'à l'Allemagne de l'Est mais aussi aux pays voisins... Kekkonen symbolise un peu tout cela à la fois.

Pierre-Etienne Paradis

http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Association
http://fr.wikipedia.org/wiki/Matti_Hagelberg

Extrait de la BD Kekkonen de Matti Hagelberg

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