Critique du film "A touch of Sin" de Jia Zhangke

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A Touch Of Sin

Primé du Prix du scénario par le Festival de Cannes l’été dernier, A Touch of Sin de Jia Zhangke n’a pas fini de faire parler de lui et ce n’est pas seulement parce que les critiques l’adorent. Non, ce film parle de la Chine actuelle dans tout ce qu’il y a de plus bouleversant.

Le contenu de A Touch of Sin se campe autour de quatre personnages provenant de quatre régions différentes de la Chine. Ces personnages sont reliés de façon subtile, plus ou moins direct, mais ayant certaines répercussions sur la vie et l’avenir de chacun. Il s'agit donc de quatre récits : celui d’un mineur frustré par le manque de transparence des dirigeants de l’économie du village, celui d’un père d’une petite famille exalté par la puissance de l’arme à feu et les possibilités qu’elle lui offre, celui d’une jeune femme poussée à bout par des hommes qui cherchent des faveurs sexuelles en offrant leur richesse et celui d’un jeune travailleur épuisé de jongler entre les emplois où les employés sont des chiffres dont le décompte ne cesse.

Surpeuplée, corrompue et meurtrière, voilà telle que la Chine est dépeinte dans A touch of Sin. Rarement (voire jamais) un personnage n’est seul dans une pièce. Il est rapidement interrompu dans sa solitude par la présence d'autres individus. Il me semble pourtant que c’est la solitude et le renfermement sur soi qui poussent les quatre personnages à bout.

A touch of Sin est aussi un film de révolte, de soulèvement et de frustration. Car au-delà du portrait de la Chine que nous fait Jia Zhangke, il s’agit aussi d’un cri du cœur. Le film n’est pas que pure fiction, puisque les quatre personnages sont en fait inspiré de fait divers réels qui ont eu lieu en Chine au cours des dernières années (entre 2001 et 2012). Le film laisse donc entrevoir un côté très sombre de la société chinoise actuelle, mais laisse aussi une réflexion autour de la place qu’occupe la tradition dans la vie.

Que ce soit un chant d’opéra chinois, un théâtre de rue ou une fête familiale, le film est loin d’ignorer sa culture et pose également la question : quel lien entretenons-nous avec notre tradition? La rupture est à ce point marquante de nos jours, dans une société où les valeurs sont rapidement balayées à des fins de confort économique et personnel. Le film clôt sur une scène d’un opéra chinois très connu ("Su San qi jie") qui est interprété devant un public silencieux et sans expression. Ce public écoute-t-il seulement cet opéra et ce qu’il a à raconter? Qu'en retire-t-il?

Définitivement à ne pas manquer, A Touch of Sin de Jia Zhangke sort en salle ce vendredi à Montréal, et déjà les dates sont annoncées pour la sortie à Rouyn-Noranda (10 janvier), Baie-Comeau (17 janvier), Rimouski (26 janvier) et Québec également (10 janvier).

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