Critique du film «Ressac» de Pascale Ferland

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Ressac

Ressac, c’est l’histoire de trois générations de femme vivant au fin fond de la Gaspésie, laissées à elles seules puisque l’homme de la maison doit partir travailler dans les grands centres. Malheureusement, le père ne rentrera jamais de son dernier contrat de construction puisqu’il s’enlève la vie. Secouées par le drame, ces trois femmes poursuivent leur chemin malgré les difficultés financières, amoureuses, familiales…

Si la jeune Chloé (Clémence Dufresne-Deslières) désire quitter la région pour la ville. De son côté, Gemma (Nico Lagarde) tente de travailler du mieux qu’elle peut pour subvenir aux besoins économiques entre le deuil de son mari et son amour coupable pour Philippe (Martin Dubreuil). Tandis que Dorine (Muriel Dutil) veille à coordonner le tout, elle incarne à mes yeux le pilier de la famille du haut de sa sagesse et de sa bienveillance. De loin le personnage le plus attachant du film à mon avis, elle permet de faire le pont entre les deux autres générations qui se succèdent.

On pourrait reprocher au film son manque d’originalité, puisqu’il rassemble plusieurs thèmes déjà vus dans le paysage cinématographique québécois. À titre d'exemple, le profil économique des régions éloignées rappelle "Le Vendeur" de Sébastien Pilote. De même que le désir d’exil de Chloé rappelle celui de Chantal dans "Une jeune fille" de Catherine Martin, et –à la limite- toute la filmographie de Bernard Émond pourrait englober la noirceur de la vie en région éloignée... Mais Ressac est d’abord et avant tout un témoignage. Il faut dire qu’il s’agit du premier long-métrage de fiction de Pascale Ferland. La réalisatrice et scénariste a principalement œuvré dans le domaine du documentaire, se classant finaliste pour le Jutra du meilleur documentaire en 2003 avec "L’immortalité en fin de compte". En 2008, son film "Adagio pour un gars de bicycle" a clôt le festival du Rendez-vous du cinéma québécois également.

À la lumière de son parcours, il n’est pas futile de comprendre sa démarche envers le film Ressac. En effet, il s’agit d’un témoignage, d’un portrait sur une réalité qu’elle a déjà côtoyer en 2008 alors qu’elle résidait Chandler, en Gaspésie. Pascale Ferland présente un milieu sauvage et éloigné, qu’il faut apprivoiser. Étrangement, l’environnement dans lequel les personnages baignent ne font que définir encore plus leur réalité. On peut dire que c’est un espace qui est complémentaire, puisqu’il présente les personnages avec une valeur ajoutée. Cette année aussi, la réalisatrice Catherine Martin a tourné en Gaspésie et c’est intéressant de constater que, même si pour "Une jeune fille" la nature était présentée de façon beaucoup plus contemplative, le territoire gaspésien est toujours présenté comme une vaste terre encore à conquérir et apprivoiser qui offre ses cruautés et ses beautés. Ressac est tourné dans des couleurs froides : si le soleil brille, il reste pâle sur le visage des personnages. Toutefois, à la toute fin, on voit plus de chaleur dans l’image laissant ainsi croire que l’espoir se pointe enfin.

Pour conclure, je veux aussi souligner une magnifique scène qui à mes yeux est la plus puissante du film : alors que sur les rives de la mer, la caméra s’attarde au paysage où une ile au loin supporte trois arbres côte à côte. Le vent souffle sur les arbres, isolés sur leur petit morceau de terre. C’est un fort symbole des trois générations de femmes : seules, laissées à elles-mêmes, elles tiennent le coup. On y revient à ce plan, alors qu’elles se retrouvent réunies sur la grève, après avoir traversées une gamme d’émotions contradictoires. L’île n’a pas bougée, les arbres non plus.

Vous pourrez voir le film Ressac de Pascale Ferland en salle dès ce vendredi 20 décembre.

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